Un tiers de la récolte attendue: c'est ce que certains producteurs de betteraves broyards pourraient ramasser cette année. Après un été marqué par la sécheresse, les cultures fribourgeoises sont mises à rude épreuve. Et les perspectives ne sont guère rassurantes: les épisodes météorologiques extrêmes devraient se multiplier avec le changement climatique.
Comment préparer l'agriculture à cette nouvelle réalité? Collaborateur scientifique dans le secteur de la production végétale à Grangeneuve, Jonathan Heyer accompagne plusieurs projets visant à adapter les cultures. Il évoque notamment la sélection de variétés plus résistantes, l'évolution des pratiques agricoles et les difficultés croissantes à lutter contre les ravageurs et les maladies.
L'interview de Jonathan Heyer
RadioFr.: Les producteurs de betteraves broyards s'attendent parfois à ne récolter qu'un tiers de ce qu'ils ont semé. Comment accueillez-vous ces témoignages?
Jonathan Heyer: C'est bien sûr une situation difficile pour ces exploitations, qui comptent sur ce revenu. Il faut ensuite faire une croix sur une partie de celui-ci. On constate aussi ces dernières années une certaine frustration: les récoltes sont vraiment moins bonnes qu'il y a dix ou quinze ans.
Le changement climatique est souvent associé à la sécheresse. Mais les agriculteurs doivent-ils se préparer à d'autres phénomènes?
Il faut se mettre dans la tête que les extrêmes seront plus fréquents. On pense tous à la sécheresse, mais si l'on écoute les climatologues, ils nous disent que les événements extrêmes vont se multiplier. Il y a deux ans, l'année était extrêmement humide et compliquée. L'année passée, c'était une très bonne année. Il faut donc se préparer à une plus grande variabilité.
Vous travaillez notamment sur la sélection de variétés de betteraves. Comment choisissez-vous celles qui sont adaptées aux conditions fribourgeoises?
Plusieurs facteurs entrent en compte: le rendement, le taux de sucre, son extractabilité, la résistance aux différentes maladies ou encore la vitesse de développement. Au début, la betterave est une toute petite plantule, sensible au gel, aux ravageurs et aux limaces. Tous ces éléments doivent être pris en considération.
Il existe un risque réel de frustration pour les agriculteurs qui doivent faire face aux difficultés dès maintenant.
Le Centre Betteravier suisse (CBS) travaille avec des entreprises européennes qui développent les variétés. Il les teste ensuite dans les conditions suisses. À Grangeneuve, nous sommes un site d'essai pour observer leur réaction face au charançon de la betterave, un ravageur qui profite aussi du changement climatique.
Combien de temps faut-il pour développer une variété plus résistante?
Cela prend énormément de temps. Entre le début de la sélection et le moment où une variété arrive réellement dans les champs, il faut compter au moins dix ans. Et il est illusoire de réunir toutes les caractéristiques souhaitées dans une seule variété. Aujourd'hui, le catalogue propose différents groupes, chacun avec ses forces et ses faiblesses. C'est vrai que c'est long. Pour certains critères, on a toutefois déjà pu constater des améliorations. Mais il existe un risque réel de frustration pour les agriculteurs qui doivent faire face aux difficultés dès maintenant.
En attendant de nouvelles variétés, quelles adaptations peuvent être mises en place à plus court terme?
Pour les pommes de terre non irriguées, on constate que planter plus tôt peut, dans certains cas, permettre de contourner les fortes chaleurs estivales. Les tubercules sont déjà davantage formés lorsque les températures augmentent. C'est une piste qui n'est toutefois pas sans difficulté à mettre en œuvre dans la pratique. Il faut également poursuivre les efforts en matière d'amélioration des sols et de techniques qui permettent de les préserver. Ces questions prennent encore plus d'importance face aux extrêmes climatiques.
La diminution des produits phytosanitaires complique-t-elle aussi le travail des agriculteurs?
On observe une disparition de certaines matières actives. Elles sont réévaluées à la lumière de nouvelles connaissances scientifiques et considérées comme plus toxiques qu'on ne le pensait auparavant. En parallèle, il y a très peu de nouvelles matières actives qui arrivent sur le marché. Avec le changement climatique, de nouveaux ravageurs et de nouvelles maladies apparaissent, alors qu'ils ne représentaient pas un problème auparavant. Et les moyens de lutte manquent parfois. Dans cette situation, on peut se retrouver dans une réelle impasse.
L'interview complète de Jonathan Heyer par Radio Fribourg:





