Fribourg fait le point sur sa politique agricole

Deux ans après la présentation de son rapport agricole, Fribourg tire un bilan favorable. Dans un contexte de sécheresse, l’adaptation climatique reste une priorité.

Des vaches observent le ravitaillement d'eau sur un alpage au Lac Noir, début août. © KEYSTONE

"La sécheresse, cette année, c'est du jamais vu." Pour le vétérinaire cantonal Grégoire Seitert, la situation est exceptionnelle. Les bêtes de certains alpages fribourgeois devront redescendre, parfois deux à trois semaines plus tôt que prévu. Le manque de fourrage devrait continuer à peser cet automne. Les marchés enregistrent déjà 10 à 15% de bétail supplémentaire.

Ce contexte assombrit le bilan présenté jeudi à la ferme-école de Grangeneuve. Deux ans après le lancement du Rapport agricole 2024, feuille de route de la politique cantonale jusqu'en 2029, la majorité des mesures progressent conformément au calendrier. Les sept axes vont du renforcement des filières à la biodiversité, en passant par la santé animale, la formation, le revenu agricole ou encore l'adaptation au climat.

"Nous tirons un premier bilan positif. Néanmoins, l'agriculture souffre cet été particulièrement", nuance le conseiller d'Etat Didier Castella. "Les projets d'irrigation et d'approvisionnement en eau des alpages progressent, mais il faudra peut-être accélérer ces mesures." Certains projets d'approvisionnement en eau peuvent bénéficier de subventions allant jusqu'à 70%.

Liquidités sous pression

Dans les exploitations, les effets de la sécheresse sont déjà directs et visibles. "La récolte de patates ne sera pas bonne, la récolte de betteraves non plus, et ce ne sont que quelques exemples", prévient Pascal Toffel, directeur de Grangeneuve. A cela s'ajoutent les achats de fourrage. "Il manque des liquidités sur les exploitations."

Pour les fermes en difficulté, des prêts sans intérêts ou des reports de remboursement sont prévus sur demande. Le Canton examine également la possibilité d'avancer le versement des paiements directs. Les discussions se poursuivent avec la Confédération. "On devrait connaître les réponses la semaine prochaine", précise Pascal Toffel, directeur de Grangeneuve. 

Les autorités reconnaissent aussi les limites de ces réactions. "On est un peu démunis actuellement par rapport à cette situation extrême", admet le responsable de l'institut agricole fribourgeois. "On n'a pas de solution miracle."

La sécheresse rend plus pressant un chantier déjà central en 2024: la résilience des exploitations. Fribourg prévoit environ 69 millions de francs d'investissements dans sa stratégie d'irrigation d'ici 2035. Le Canton veut aussi renforcer le conseil sur les variétés, la gestion des sols et la rotation des cultures.

Prendre soin de la santé mentale

La viabilité de l'agriculture ne se résume toutefois pas à l'eau. Une étude a mis en évidence des situations de stress et de fragilité dans une partie des familles paysannes. Le Canton a notamment développé des cours consacrés à la vie de couple et organisera en novembre une première Journée des jeunes agricultrices et agriculteurs consacrée notamment aux reprises d'exploitations.

Autre dossier encore largement ouvert: la simplification des contrôles, revendiquée lors de la mobilisation agricole de 2024. Deux ans plus tard, leur diminution reste minime, reconnaît Pascal Toffel. Les autorités misent notamment sur une meilleure coordination et sur la future Politique agricole fédérale 2030+, dont la consultation doit débuter en septembre.

Le bilan définitif du Rapport agricole est attendu en 2029. D'ici là, l'été 2026 aura donné un caractère très concret à l'un de ses objectifs. "2025 était une excellente année. 2026, c'est une année très, très difficile", résume Didier Castella. "On doit augmenter cette résilience."

Frapp - Alexia Nichele
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