Guy Parmelin: "L'agriculture va devoir s'adapter"

Sécheresse, gestion de l'eau, soutien aux paysans. Interview du président de la Confédération à l'occasion de l'inauguration du bâtiment de l'Agroscope à Posieux.

Guy Parmelin a reçu un cadeau cocace de la part du président du gouvernement fribourgeois, Philippe Demierre. © KEYSTONE

Vendredi à Posieux, le canton de Fribourg a remis les clés d'un nouveau bâtiment de l'Agroscope à la Confédération. Guy Parmelin, ministre de l'agriculture et président de la Confédération, était présent. 

Nous avons profité de l'occasion pour le questionner sur les inquiétudes des agriculteurs qui sont frappés par l'une des pires sécheresses de l'histoire. 

L'Union suisse des paysans estime que les pertes subies par l'agriculture à cause de la canicule et de la sécheresse seront supérieures à celle de 2003, soit plus de 500 millions de francs. Est-ce que vous entendez l'inquiétude des milieux agricoles? 

Oui, bien sûr. Au mois de juin déjà, mon office a préparé des mesures particulières. Cet été, nous avons fait tout ce que l'on pouvait faire avec le droit actuel pour soulager les paysans. Il y a des problèmes de liquidité qui vont se poser. Nous avons aboli des droits de douane sur les importations de foin et de fourrage. Pour le maïs, cela va entrer en vigueur samedi. Il y a aussi des possibilités d'aider avec des prêts sans intérêt, d'avancer le versement des paiements directs pour aider les agriculteurs à passer ce mauvais cap. Et puis, il faudra voir: une des inquiétudes, c'est l'importation de fourrage parce que c'est une sécheresse qui touche toute l'Europe. Donc on verra comment cela va se passer, comment faire la soudure jusqu'à l'hiver et, surtout, espérer que la situation se rétablisse et qu'on n'ait pas un hiver sec. Sinon, on risque d'avoir des problèmes amplifiés encore au printemps prochain.

Pourquoi est-ce que le Conseil fédéral refuse de déclarer l'état d'urgence face à la sécheresse et la canicule? 

Parce qu'on peut gérer la situation dans le cadre législatif actuel. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne fait rien. Il y a d'autres aspects, d'autres départements qui se sont impliqués. Par exemple, on est dans le canton de Fribourg, l'armée a dû intervenir pour approvisionner les alpages en eau. Il y a une stratégie de l'eau en préparation. Pas depuis aujourd'hui, mais depuis quelques temps déjà, chez mon collègue Albert Rösti. Nous allons maintenant analyser la suite des opérations. Mais en l'état actuel, nous pouvons gérer avec les cantons. Parce que les cantons ont aussi un rôle à jouer dans cette situation. Si des mesures supplémentaires devaient être prises, qui sortent de l'ordinaire, le Conseil fédéral communiquera à ce moment-là.

Les climatologues le disent: "nous vivons l'été le moins chaud du reste de notre vie". La Confédération devra bien prendre des mesures pour soutenir l'agriculture avec cette nouvelle donne climatique, non? 

Je pense que les climatologues ont raison. Nous allons devoir nous adapter. Ce n'est pas aujourd'hui que l'on découvre ceci. C'est marqué cette année, mais j'ai déjà eu l'occasion de le dire plusieurs fois. On constate les effets de ce changement climatique depuis plusieurs années. En tant qu'ancien paysan vigneron, c'était impossible de cultiver du merlot dans notre région. C'était au sud des Alpes. Depuis 2009, on peut le faire. Et des cépages qui étaient réservés à l'Italie, voire au sud de la France, comme le malbec, peuvent y être cultivés. Maintenant, nous avons un problème de gestion de l'eau. Si ces phénomènes s'amplifient, se répètent, c'est toute une stratégie qui va devoir être mise en route. Nous avons déjà commencé. Nous investissons davantage pour la sélection de plantes plus résistantes, plus tolérantes à la sécheresse. Nous avons aussi des pistes d'amélioration de la gestion d'eau. Je viens d'en parler, avec des moyens pour financer de nouvelles infrastructures. Il y a eu des investissements ces dernières années. Et si je prends mon canton, il y a encore 4-5 ans, il avait dû recourir aussi à l'armée. Cette année, jusqu'ici, à ma connaissance, il n'a pas eu besoin. Parce qu'entre-temps, nous avons investi dans des nouvelles bassines, dans de l'adduction d'eau dans les alpages. Même si cela ne résout pas, malheureusement, le problème du fourrage.

Vous avez parlé de la gestion de l'eau. Comment soutenir concrètement l'agriculture de manière supplémentaire dans ce domaine? Est-ce qu'il faut prioriser l'accès à l'eau pour l'agriculture ?

Non, je crois qu'il faut regarder l'aspect global. Il n'y a pas que l'agriculture. Vous avez aussi les personnes âgées qui souffrent de la chaleur. Cela pose tout le problème dans les homes, mais aussi dans des anciennes maisons, où, par exemple, une personne âgée reste dans cette maison parce qu'elle est parfaitement apte. Et pour l'agriculture, encore une fois, l'aide aux infrastructures existe. Elle va encore s'amplifier. Déjà cette année, 7,5 millions de francs supplémentaires par année sont prévus. Et pour la sélection de plantes résistantes, 1 million par année. Tout cela a été décidé avant cette année caniculaire.

La transformation de l'agriculture passe aussi par la recherche, par un nouveau bâtiment de recherche comme on le voit ici à Posieux? 

Bien sûr, c'est indispensable. Je viens de parler des plantes plus tolérantes à la sécheresse. Des plantes qui ont aussi besoin de moins d'intrants, donc moins d'engrais, qui sont plus tolérantes aux maladies ou aux ravageurs. Mieux gérer l'eau, c'est aussi une stratégie. C'est peut-être comment on travaille le sol. C'est aussi, je l'ai dit, améliorer les drainages, les autres infrastructures. Dans notre réseau d'approvisionnement en eau, il semble qu'il y a des pertes, il est vieux. Donc, quand vous avez un certain pourcentage de déperdition d'eau, c'est du gaspillage. Là, il y a des investissements à faire à tous les niveaux. 

L'agriculture de demain, à quoi doit-elle ressembler?

C'est difficile à dire, mais elle va devoir s'adapter, c'est clair. On le voit, si les sécheresses ou bien la chaleur augmentent, ça veut dire que certaines plantes ou certaines variétés ne seront probablement plus adaptées à notre climat. Ça veut dire qu'il faut en trouver d'autres qui vont mieux tenir le coup. Ce n'est pas seulement le rendement, c'est aussi la qualité de la plante. Ce sont des défis à la fois agronomiques et de recherche. Il faut ensuite transposer la recherche dans la pratique. Et cela demande du temps. Mais encore une fois, nous n'avons pas attendu pour nous y mettre. Nous avons des programmes pour innover depuis des années.

Dans le canton de Fribourg, la production laitière et de viande est importante.  Est-ce qu'il faut aussi passer peut-être à autre chose?

L'agriculteur est aussi un entrepreneur et il faut voir les goûts des consommateurs. Si tout à coup, une nouvelle culture ou un nouveau type de viande ou de production animale ou végétale devait trouver son marché, les agriculteurs vont s'adapter. Et le rôle de la recherche et des pouvoirs publics, ce n'est pas de subventionner, mais c'est de faire que les conditions-cadres soient données, que la recherche ait les moyens d'anticiper et de développer ceci. Mais après, c'est la recherche et les utilisateurs qui vont dire que c'est bon pour nous parce qu'on a un marché, parce que les consommateurs veulent consommer ceci, ou alors non, ce n'est pas adapté chez nous. Mais des évolutions, il va certainement y en avoir.

RadioFr. - Vincent Dousse
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