Des récoltes de tabac très mauvaises dans la Broye
Entre sécheresse et canicule, le début d'été est très compliqué pour les agriculteurs. La quantité et la qualité du tabac sont mises à mal.

Dans un champ de tabac à Frasses, près d'Estavayer, des feuilles blanches jonchent la terre. Pourtant, la récolte a débuté il y a une semaine seulement. Ce sont toutes les feuilles qui ne sont pas utilisables, car elles sont déjà trop sèches et leur texture est mauvaise. "Ça n'intéresse pas les acheteurs d'avoir une feuille qui ressemble presque à du papier", soupire Patrick Maendly, le propriétaire de cette parcelle.
Autre détail qui saute aux yeux dans ce champ: la taille des plants. À cette période de l'année, ils devraient atteindre plus ou moins les hanches d'un adulte. Or, là, ils dépassent à peine les genoux. "On récolte ce qu'on peut pour sauver les meubles dans les feuilles du bas", poursuit le producteur broyard.
Il estime que les feuilles sont jusqu'à deux fois plus petites que d'habitude. "Ce qui nous inquiète, ce sont les quantités que l'on va récolter. Ça va être un vrai souci s'il n'y a pas d'eau." En temps normal, le tabac continue de pousser pendant les récoltes, ce qui permet de faire plusieurs passages sur chaque plante. Toutefois, quand il manque d'eau, il ne pousse plus du tout.
Patrick Maendly livre son tabac à Payerne. Un contrat lui indique quelle quantité il doit fournir. Pour l'heure, impossible de dire s'il y parviendra. Avec un peu de chance, la météo sera clémente et permettra d'étendre les récoltes jusqu'à fin septembre, voire début octobre.
Arrosage interdit
Si la situation est à ce point critique dans les champs broyards, c'est à cause des très faibles précipitations des dernières semaines. La dernière fois qu'il a plu dans la région, trois litres d'eau par m² sont tombés. Cela représente environ 0,5 litre par plante, une quantité largement insuffisante. "Ça sert juste à la rafraîchir pendant un petit moment, même si chaque litre qui tombe compte."
Et pour ne rien arranger, les agriculteurs de la région n'ont plus le droit d'arroser leurs champs depuis environ un mois. Le niveau de la Petite Gâne, le ruisseau dans lequel ils puisent leur eau, est trop bas. Pour protéger la faune aquatique, le Service de l'environnement du canton de Fribourg leur refuse des dérogations depuis plusieurs semaines. "Je comprends tout à fait la décision, mais c'est cruel de voir notre champ en train de crever et de ne pas pouvoir arroser", déclare Patrick Maendly, résigné.
ArroBroye comme sauveur
Il ne cache pas son impatience de voir le projet ArroBroye se concrétiser. Ce système d'irrigation géant pompera l'eau dans le lac de Neuchâtel et permettra d'arroser les champs de la Broye vaudoise et fribourgeoise grâce à 144 kilomètres de conduites, soulageant ainsi les cours d'eau alentours.
Le coût du projet est estimé à environ 62 millions de francs. Il sera réparti entre les 170 exploitants agricoles qui y prennent part, les cantons de Vaud et de Fribourg, et la Confédération. Mais les travaux devraient débuter en 2029 seulement. D'ici là, les agriculteurs vont continuer à scruter le ciel à la recherche de la moindre goutte de pluie.


