On débarque chez vous: Echarlens

Un Fribourgeois disparu avec le Titanic, un chêne magique et un pont de la Poya (pas celui de Fribourg, donc): le résumé de Simon Gumy et Nathan Clément.

Au pied de l'une des trois chapelles de la commune, avec la vue sur le village d'Echarlens, et, en fond, le Moléson. © Frapp

La commune en 30 secondes

  • Habitants: environ 850
  • District: Gruyère
  • Particularité: un chêne réputé au-delà des frontières pour ses bienfaits, grâce à un croisement d'ondes telluriques. 
  • Fierté locale: les trois chapelles, deux églises et les ruines d'un château. 
  • Ce que les habitants adorent: la douceur et le calme d'un village, pourtant à deux pas de Bulle. Le sentier des légendes de la Gruyère qui offre une balade rafraichissante à travers les bois.
  • Ce qui manque: depuis peu la boulangerie et la boucherie ont fermé. Le commerce de viande a trouvé un repreneur, mais pour le pain, on attend encore.
  • Le truc qu'on ne sait pas sur votre village: Echarlens possède SON pont de la Poya. 

Le visage du jour 

"Vous traversez la cantonale, continuez sur la petite route et prenez la deuxième à droite. C'est la petite ferme sur le côté." La porte de la maison déjà ouverte, nous n'avons pas le temps de poser le pied à terre que Marcel Gremaud nous invite déjà à l'intérieur.

Une fois passé le hall d'entrée typique des fermes fribourgeoises, on s'attable avec le Gruérien dans la cuisine, elle aussi ouverte sur les champs et le Moléson. Appuyés contre un meuble, ses dernières créations: deux scènes où des troupeaux paissent autour de leur chalets. Des "herbées", comme les appelle Marcel, à ne pas confondre avec les poyas, qui montrent la montée à l'alpage.

"Je crois bien que je suis l'un des derniers en Gruyère", lance celui qui, en plus d'avoir été paysan, peint depuis 1970. "À raison de trois... quatre pièces par année, vous voyez le nombre que ça en fait!" 

À 80 ans passés, Marcel Gremaud est l'un des derniers grands peintres de poyas dans le canton. Une passion découverte un soir de Noël, seul. "J'avais un demi de dôle pour la soirée. Je ne l'ai pas touché. J'ai passé la nuit entière à dessiner des chamois. Il faut dire que ma mère dessinait déjà... 'C'était une solide!'" 

Marcel, petite photo pour la route? "Prenez plutôt cette herbée. C'est plus agréable à contempler!"

Juste avant de partir, le Gruérien nous révèle une autre anecdote ahurissante. Il sort une lettre qui dort dans un classeur, caché dans un tiroir de la cuisine. "Mon grand-père était cuisinier sur le Titanic! On a reçu cette lettre... Regardez."

L'endroit à connaître

"Il y a cet arbre en haut du village..", "des gens font des câlins à un chêne, pour se recharger", "j'y vais de temps en temps, ça fait un petit moment d'ailleurs", ... En prenant la petite route entre Echarlens et Vuippens, on bifurque en direction de la forêt et on longe la lisière jusqu'à apercevoir un grand chêne planté entre deux champs. Un quercus robur (chêne pédonculé) aux propriétés mystiques qui attire des pèlerins au-delà des frontières: Français, Belges, Allemands, ... 

C'est l'arrière grand-père de Gilbert Dupont qui a planté cet arbre: "Il y a quelque chose comme 150 ans... Mais je ne sais pas exactement". La plante est juchée au croisement d'ondes telluriques explique celui qui est aujourd'hui l'employé communal d'Echarlens. D'où son rayonnement de bonnes ondes.

Esseulé au milieu d'un champ, sur une butte, le chêne n'a jamais attrapé la foudre. "C'est quand même qu'il y a quelque chose..." Et pour les plus sceptiques en matière d'ésotérisme et de géobiologie, la vue sur le Gibloux suffit à faire le déplacement. La balade peut même être prolongée en passant par les deux chapelles sur le haut du village. 

Parole aux habitantes et habitants...

"Marcel Gremaud? Ah le Marcel à Milon!" Particularisme linguistique de la commune d'Echarlens: la désignation des habitants du village. Parce que les Gremaud et les Pugin ont été (et sont encore) particulièrement nombreux dans le village - et que certains prénoms se répétaient - on y accole le prénom d'un parent.

"Mon papa s'appelait Charly. On l'appelait le Charly à Colin. Le voisin: Claudes à Max", nous enseigne Albin Gremaud, le petit cousin de Marcel. Dans sa ferme pas loin du pont de Corbières, le paysan retraité recrée des monuments chez lui: "Dans dix ans, quand je ne pourrai plus aller en montagne, je pourrai au moins venir ici, contempler ce que j'aimais avec ma canne. Je le fais pour plus tard."

Après avoir construit le pont de la Poya, un refuge de montagne, un chalet en tavillon, Albin Gremaud prévoit de recréer le château d'Everdes. Bâti entre 1268 et 1272 par Guillaume I, il ne reste aujourd'hui que des ruines. Le Gruérien fouille dans les archives pour le reproduire le plus fidèlement possible.

Ce que nous retenons de notre journée

Pour contacter un Tserlin ou une Tserline (en patois), rangez soigneusement votre téléphone dans votre poche, il ne servira à rien. Ici, on vient encore à l'ancienne. Se présenter sur le pas de la porte semble être la seule manière sûre de tomber sur les personnes que l'on recherche. Heureusement, celles-ci accueillent à bras ouverts les visiteurs inattendus. L'hospitalité des râteaux - sobriquet des habitants à qui on prête anciennement une grande radinerie - met à mal la légende. 

RadioFr. - Nathan Clément / Simon Gumy
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