Marine: “Le lâcher-prise, la confiance… C’est difficile”
Elle vit un rêve éveillé après avoir remporté la 12ème saison de la Star Academy. Rencontre avec Marine au Caribana Festival.
Radio Fribourg: On va tenter d’apprendre à mieux te connaître grâce aux titres de ce premier album, “Cœur maladroit”, et d’entrée, j’aimerais parler de “Dalida”. Cette chanson est d’une tendresse absolue. On peut dire que c’est un hommage à ta grand-maman, qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, lorsque tu écoutes ou chantes “Dalida”, est-ce que tu entends davantage la petite fille ou l’artiste?
Marine: C’est dur… Les deux, justement. Il y a vraiment un mélange de souvenirs passés, de quand j’allais chez elle. Je parle des feux d’artifice parce qu’elle habitait au cinquième étage d’un immeuble et que, de son balcon, on les voyait très bien. Ça mélange des souvenirs d’avant et de maintenant. C’est un peu les deux: l’évolution, la réussite entre guillemets, la progression. Et c’est vrai que j’ai voulu parler de la maladie d’Alzheimer. Comme c’est déjà un sujet très lourd et très profond, j’avais envie d’ajouter cette petite touche d’humour avec cette question assez évidente, un peu rhétorique: “Qu’est-ce qu’elle devient, Dalida ?”. Ce n’est pas une chanson triste. Ma mamie n’est pas triste non plus parce qu’elle ne s’en rend pas compte. C’est plus dur pour l’entourage. Mais parfois, on passe de bons moments, on rigole quand même, donc je n’avais pas envie de rendre ça trop déprimant.
Elle a aussi été assez libératrice pour toi, cette chanson. Je crois que vous n’en parliez pas tellement en famille?
Carrément. J’étais un peu dans le déni au début. Je ne pensais pas qu’elle faisait semblant, mais presque. J’étais là: “Oh, n’importe quoi!” C’était peut-être un mélange de colère. Je n’acceptais pas trop. Et puis, je n’avais pas du tout prévu d’en parler dans mon album. Je crois même que c’est la dernière chanson que j’ai écrite pour l’album. Finalement, j’ai simplement parlé de mes souvenirs d’enfance et de la vie que je vis aujourd’hui, dont elle ne pourra jamais vraiment être témoin puisqu’elle n’est plus très lucide. Quand on lui dit quelque chose, cinq minutes après, elle l’a oublié, donc c’est un peu délicat. Mais oui, c’était libérateur de pouvoir en parler en musique, plus qu’avec de simples mots.
Eddy de Pretto a coécrit “Restes d’averses” et a entièrement écrit “Fille ordinaire”. C’est un artiste que tu écoutais beaucoup avec tes parents. Tu écoutais aussi énormément son deuxième album pendant une période qui n’était pas forcément très agréable pour toi?
Oui, c’est vrai. C’était aussi un moment où je m’étais mise à faire beaucoup de sport. Je courais parfois cinq ou dix kilomètres et, quand j’allais courir, c’était pile le temps d’écouter son album en entier. Donc, souvent, dans mon casque ou mes écouteurs, je mettais son deuxième album. C’est un artiste que j’ai toujours aimé, pour sa voix mais aussi pour son écriture. J’ai eu la chance de le voir une fois en concert, dans un festival, et c’est vrai que je l’adorais. Alors je ne pensais pas avoir la chance de travailler avec lui un jour.
En t’écoutant parler de “Coeur Maladroit”, je me suis demandée si le plus dur pour toi, c’était de lâcher prise, de lâcher le contrôle, ou d’accepter qu’on n’a pas toujours les réponses aux questions qu’on peut se poser?
C’est exactement ça. Et pas seulement dans l’amour, d’ailleurs, mais dans la vie en général. J’ai beaucoup de mal dès que je n’ai pas le contrôle. Le lâcher-prise, la confiance… C’est difficile. J’essaie petit à petit, mais c’est vrai que j’aime bien tout savoir et tout comprendre. Je me pose beaucoup de questions, existentielles ou non. Ça fait partie de ma personnalité, j’ai un cerveau qui cogite beaucoup.
Je suis remontée tout en bas de ton feed Instagram. Ta première publication date du 21 avril 2017. C’était six secondes de toi au piano, dans une vidéo en noir et blanc où l’on voit tes mains jouer un morceau de Felix Mendelssohn.
Ah oui, Mendelssohn! C’est le “Rondo capriccioso”. C’était mon dernier examen de piano. En fait, avant de chanter, j’ai pris des cours de solfège et de piano. Je jouais beaucoup de morceaux classiques et, à chaque fin d’année, je passais des examens pour accéder à l’année suivante. Le tout dernier examen que j’ai passé, c’est celui-là. Le morceau fait huit ou neuf pages et il est très difficile. Aujourd’hui, je ne saurais plus le jouer, je crois. Ça fait plus ou moins dix ans, donc ça remonte un petit peu.
Le 27 juin 2025, tu écris: “Ça y est, mon premier album est à vous.” Tu dis aussi que tu n’aurais jamais imaginé pouvoir prononcer ces mots un jour. Tu remercies toutes les personnes qui ont croisé ta route depuis le début de cette aventure. J’aimerais justement qu’on parle un peu de ces rencontres. Quelle a été ta plus belle rencontre avant, pendant et après la Star Academy?
Oh, waouh… C’est dur! Avant, je pense forcément à mes amis et à ma famille. J’ai fait des études de chirurgie dentaire avant d’intégrer l’émission. Je pense donc à mes amis de dentaire, qui ont beaucoup compté pour moi, mais aussi aux relations amoureuses que j’ai eues. Mine de rien, même si elles se sont terminées, elles m’ont aidée à avancer et elles ont compté pour moi.
Pendant, forcément, je pense aux académiciens. On était quinze, tous très différents, mais en même temps tous liés par une même passion. On a partagé cette aventure ensemble, puis on est partis en tournée avec certains. Je pense vraiment à des amis qui le restent encore aujourd’hui: Ebony, Marguerite, Charles, Franck, Emma… Un peu tout le monde. Même les profs et toutes les personnes qu’on a pu rencontrer pendant la Star Ac’ et qui ont pu nous aider.
Et après, forcément, il y a les gens avec qui je travaille. Mes musiciens sur la tournée comptent beaucoup pour moi parce qu’on est devenus très amis. Maintenant, ce sont des gens que je rencontre grâce à la musique, à mon métier et à ma passion.
Le 9 février 2026, tu as posté un carrousel accompagné de la légende “Happiness Lately”. Parmi les photos, on découvre une page consacrée aux Quatre Accords Toltèques. Si tu devais n’en garder qu’un, ou simplement choisir celui qui te parle le plus, ça serait lequel? : “Que votre parole soit impeccable”, “Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle”, “Ne faites pas de suppositions” ou “Faites toujours de votre mieux”?
C’est dur… Je dirais quand même “Faites toujours de votre mieux.” Parce que c’est un peu le but de la vie, je crois: atteindre la meilleure version de soi-même. En tout cas, j’essaie toujours. Parfois, il y a des ratés, mais tant qu’on fait de son mieux, au moins, il n’y a pas de regrets.
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