Young Gods: "Le lien avec Fribourg est toujours fort"
Avant leur concert au Paléo mercredi, Franz Treichler (chant) et Bernard Trontin (batterie) des Young Gods se sont confiés à Radio Fribourg. Retour sur 41 ans de carrière.

Radio Fribourg: Vous revenez pour la cinquième fois au Paléo Festival. Vous étiez là en 1990 devant 10'000 personnes. Quels souvenirs gardez-vous de ce concert?
Franz Treichler: J'ai adoré. C'était la première fois que je jouais devant autant de gens. C'était au Chapiteau et l'album s'appelait L'eau rouge. J'ai revu tout dernièrement des archives filmées de ce concert et ça m'a fait un flashback. Comme les gens étaient avec nous, c'était incroyable. J'ai un très bon souvenir.
Bernard Trontin: Moi, je n'étais pas là à l'époque, j'ai rejoint le groupe en 1997. Ma première expérience du Paléo avec les Young Gods, c'était la grande scène en 2001. Je n'avais pas l'expérience de jouer devant autant de monde. Et ça m'avait bien impressionné, d'autant qu'il y avait eu un orage juste avant qu'on joue et un éclair qui est tombé derrière le public au début du concert. Ça a donné une espèce d'ambiance dramatique. C'était assez extraordinaire.
On aime bien dire que vous êtes des Fribourgeois, même si tout ça a commencé à Genève. Il est encore fort votre lien à Fribourg, ou maintenant vous êtes juste un groupe helvétique?
Franz Treichler: Non, le lien est encore fort. Moi je reviens très souvent à Fribourg ces temps. Heureusement, ce n'est pas loin, mais il y a quelque chose que j'apprécie.
Vous avez des choses prévues en fin d'année chez nous?
Franz Treichler: On essaie de mettre en place une expo sur les 40 ans du groupe, avec des archives, des objets, des films... On voulait faire ça l'année passée, mais c'était trop frais, vu que l'album venait de sortir. On vise ça, mais on n'en parle pas trop, parce que pour l'instant c'est encore en gestation.
Parlons-en de ce dernier album, Appear Disappear. Dans une de vos dernières interviews données à Radio Fribourg, vous aviez dit que c'est ce que les Young Gods font: ils apparaissent, ils disparaissent. Là vous êtes dans une phase d'apparition?
Franz Treichler: On a toujours été un peu comme ça, c'est-à-dire flux et reflux. On apparaît quand on a un nouvel album. Le concevoir nous prend du temps, on aime bien aller jusqu'au bout de nos idées. Et puis une fois qu'il est là, on le fait vivre le plus possible. Si la tournée se prolonge, on continue. On va retourner en septembre, et on lui donne une durée de vie jusqu'à ce que nous aussi, on se dise : bon là, ça serait bien de ne pas tomber dans une routine, de reprendre un moment pour composer.
Bernard Trontin: Oui, et puis dès que ce qu'on a vécu, ce qu'on a écouté, nous donne envie de tout à coup créer quelque chose de nouveau.
Celui-là, vous aviez quelque chose dans les tripes, à dire, à faire. Le message, c'est lequel ?
Franz Treichler: Il n'y a pas vraiment un message précis, mais plutôt l'envie de partager une énergie. Pour moi, le titre de travail, c'était "anti-capituliste": ne pas capituler par rapport à cet environnement qui est basé sur la peur. Ce qui se passe en Palestine, ce qui se passe en Ukraine, l'extrême-droite... Tous ces thèmes qui nous entourent en ce moment, qui font qu'on a des fois envie de mettre des œillères et ne pas trop lire les news parce que ça nous plombe. L'idée, c'est de donner une énergie aux gens pour qu'ils continuent à croire en leurs valeurs, les droits humains, tout ce qui est possible pour fédérer les gens plutôt que les diviser. De garder l'œil sur la technologie, de voir que c'est une bonne chose, mais que ce serait mieux si elle ne servait pas d'abord l'armement de pointe.
Ça fait déjà plus de 40 ans de carrière. Qu'est-ce qui maintient le feu sacré des Young Gods depuis toutes ces années?
Franz Treichler: Je dirais que c'est le rapport avec le public. L'envie aussi, on est des musiciens, on aime faire de la musique. Il y a un échange qui se passe toujours, il y a une bonne énergie qui circule, il y a beaucoup de joie sur les visages des gens après les concerts. C'est un peu le but de faire de la musique pour nous. La musique, c'est un peu un outil de guérison quand même. Personnellement, ça m'a accompagné en tant que pré-ado, à avoir une énergie que j'arrivais pas à avoir dans mon environnement conservateur fribourgeois. J'avais l'impression que j'avais des grands frères à l'étranger. Il y a un truc qui te nourrit, qui te soigne. C'est le langage de l'âme. Tout le monde la comprend, la musique.
Bernard Trontin: Il y a aussi la qualité du rapport entre nous trois. La notion de groupe, pour moi, est hyper importante. On s'aime beaucoup et on a une reconnaissance de la qualité de chacun et de ce que chacun apporte avec sa personnalité et sa manière de faire. C'est hyper précieux. Si tu perds ça, tu te retrouves seul à faire quelque chose, mais cette magie-là n'existe plus.


