Un rassemblement patriote finalement bien solitaire

De vingt-trois à un seul candidat, le parti nationaliste paie les frais de sa réputation et de ses idées d'extrême droite.

Arthur Clerc est finalement le seul candidat de son parti nationaliste. © rassemblement-patriote.ch

Le scénario était tout autre, il y a encore quelques jours. Le Rassemblement patriote, parti nationaliste qui se présente aux élections fribourgeoises, annonçait une liste de 23 candidats pour le Grand Conseil en Sarine-Campagne (voir La Liberté du 13 août). Mais, lundi, quelques heures avant la fin du délai pour déposer les listes, le président du parti, Stepan Sishchikov, est convoqué à la Préfecture de la Sarine. Il y apprend que des candidats souhaitent se retirer. Au final, le Rassemblement patriote ne présentera qu'un seul nom sur sa liste.

Selon Stepan Sishchikov, contacté par téléphone, ce sont des proches des candidats qui les auraient poussés à se retirer. Ces derniers auraient notamment craint d'apparaître sur une liste identifiée à l'extrême droite. Le président affirme qu'une enquête interne est en cours afin de déterminer les raisons exactes de ces désistements. Pour lui, c'est un "choc", dit-il. Il estime qu'il devient de plus en plus difficile de s'engager dans des formations politiques non traditionnelles, les candidats risquant selon lui d'être considérés comme des "parias".

Un parti déjà au cœur de plusieurs controverses

Le Rassemblement patriote n'est toutefois pas un parti inconnu des polémiques. S'il se présente pour la première fois à une élection cantonale fribourgeoise, son parcours récent en Valais a déjà fait parler de lui. Lors des élections cantonales de 2025, la liste du parti avait été déclarée nulle par le canton, après l'oubli d'inscrire un candidat député suppléant.

Une enquête du Courrier, basée notamment sur des échanges WhatsApp de membres du parti, avait par ailleurs fait état de propos racistes, antisémites, misogynes et homophobes. Une enquête avait été ouverte pour discrimination et incitation à la haine.

Des propositions radicales au niveau national

Le parti défend néanmoins sa présence dans la course au Grand Conseil fribourgeois avec un candidat unique: Arthur Clerc. Âgé de 21 ans, employé de commerce et actuellement en service militaire, il était déjà la tête de liste du Rassemblement patriote en Sarine-Campagne, avant de se retrouver seul.

Sur le site du parti, son programme s'articule autour de quatre thèmes: l'indépendance des communes, l'accès au logement pour les jeunes, la promotion du local et la densification douce. Des propositions qui tranchent avec certaines mesures plus radicales défendues par le parti au niveau national, comme le fait de vouloir "renvoyer les sans-abris dans leur pays d'origine" ou encore de faire évoluer les prisons vers des "camps de travail".

Des partages pour le moins tendancieux

Mais ce sont surtout les réseaux sociaux du jeune candidat qui attirent l'attention. Le compte Instagram d'Arthur Clerc est public. Il ne contient aucun post personnel, mais plusieurs vidéos, dont il n'est pas l'auteur, ont été partagées sur son profil.

Parmi elles figurent notamment des contenus associés à Nick Fuentes, militant américain d'extrême droite connu pour ses positions néonazies et suprémacistes blanches. D'autres publications portent les mentions "Save Switzerland", "Save Europe" ou encore "Vril", des références utilisées dans certains milieux liés à des idéologies racialistes et suprémacistes.

Une vidéo, enregistrée par nos soins en août dernier avant d'être supprimée depuis par Arthur Clerc, tient notamment un discours alarmiste autour du prétendu remplacement de la population blanche. On y entend un homme déclarer, en anglais, qu'il se produit "quelque chose d'historique" pour "notre peuple", avant d'affirmer que les personnes blanches pourraient avoir disparu dans cent ans. Contacté, Arthur Clerc n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Des contenus à la limite de la légalité

La question se pose également sur le plan juridique. Après consultation d'une spécialiste du droit, les contenus examinés ne constituent pas, en l'état, une infraction pénale évidente. Selon cette analyse, les vidéos se situent plutôt dans la partie basse du seuil de la légalité. Elles ne contiennent pas concrètement, dans les extraits examinés, d'appel explicite à la haine ou à la discrimination susceptible de tomber sous le coup de la loi. Leur contenu peut toutefois laisser apparaître un sous-texte idéologique allant dans cette direction.

Cette distinction est importante: en Suisse, la liberté d'expression et la liberté d'opinion protègent également des propos politiques ou idéologiques controversés, tant que les limites fixées par la loi ne sont pas franchies.

La Télé - Cloé Pichonnat
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