SEJ surchargé: "On rate des situations"

La cheffe du Service de l'enfance et de la jeunesse s'inquiète d'un manque de moyens, provoquant des retards de prise en charge.

Fribourg compte 4,2% d'enfants encadrés par des mandats de protection (Image d'illustration). © Envato

L'État de Fribourg ne parvient pas à protéger tous les enfants qui en ont besoin. C'est le rude constat porté par la cheffe du Service de l'enfance et de la jeunesse (SEJ), qui affirme que sa structure est "complètement sous l'eau".

Estelle Papaux relève que son service "doit suivre 50% d'enfants de plus que les recommandations intercantonales en la matière". Chaque agent du SEJ est ainsi en charge d'une septantaine de dossiers simultanément, contre une cinquantaine dans les autres cantons romands, ce qui entraîne des lacunes dans le suivi ainsi que des retards de prise en charge. Dans de tels cas, là où le SEJ aurait pu se contenter de mettre en place des mesures socio-éducatives ambulatoires, la situation est parfois si dégradée que des dispositifs plus lourds finissent par s'avérer nécessaires.

Renoncement à signaler

Les conséquences de cette surcharge se répercutent au-delà du SEJ. "Nos partenaires savent que sommes surchargés, tout comme la Justice. Dès lors, ils hésitent à nous faire part de certaines situations, estimant qu'elles ne sont pas assez grave, alors que ça serait le moment idéal pour intervenir", constate Estelle Papaux.

Le Syndicat des services publics (SSP) alertait déjà sur ce climat de travail tendu début octobre. Il s'inquiétait également d'une détection insuffisante des situations d'inceste et de violences sexuelles intrafamiliales, malgré l'engagement de renforts ces dernières années.

Le SEJ a en effet été doté d'une vingtaine de postes supplémentaires (fixes ou temporaires) depuis 2020. Mais sa cheffe estime toujours manquer de 23 postes pour assurer ses tâches. Le Conseil d'État vise, pour sa part, un retour à une situation plus saine d’ici à 2032.

Des chiffres trompeurs

Pourtant, sur le papier, le Canton de Fribourg accompagne moins d'enfants que d'autres cantons romands. Le Canton de Vaud, par exemple, s'occupe de 5,2% des enfants vaudois. À Genève, c'est environ 7%. Quant à Fribourg, la proportion est de 4,2%, tous types d'accompagnements confondus.

Par ailleurs, la géographie fribourgeoise, comprenant une part importante de campagne, complique la détection des cas. "Dans un milieu urbain, avec de grands immeubles, les voisins vont plus rapidement appeler la police ou faire des signalements, considère Estelle Papaux. Alors que, lorsqu'on habite en zone rurale, dans une ferme, une maison ou une villa isolée, on n'a pas de voisin direct qui entend les cris ou la souffrance."

La cheffe du SEJ remet également en contexte certains chiffres de la COPMA (la Conférence des cantons en matière de protection des mineurs et des adultes) parus récemment, qui affirmaient que Fribourg affiche l'un des taux de protection de l'enfance les plus élevés de Suisse. Ces derniers ne tiennent compte que des mesures prononcées dans un cadre judiciaire (qui sont privilégiées à Fribourg) et ne sont donc pas représentatifs de l'ensemble des mesures prises, clarifie Estelle Papaux.

RadioFr. - Julien Tinner
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