Salaire minimum: Fribourg dit non

La population fribourgeoise refuse à plus de 53% d'instaurer un salaire minimum à 23 francs/heure. Autorités et milieux économiques s'y opposaient.

L'initiative populaire demandant l'introduction d'un salaire minimum obligatoire à 23 francs de l'heure – soit environ 4000 francs par mois – a été refusée par 53.5 % des votants fribourgeois. La participation s'élevait à 40.6 %.

Pour la gauche qui avait lancé l'initiative, ce montant représentait le strict minimum. Quelque 6500 personnes dans le canton auraient été concernées, principalement dans la restauration, les crèches ou les établissements médico-sociaux – des secteurs à forte présence féminine.

"46%, c'est un gros score"

Le président du Parti socialiste Fribourg parle d'un sentiment "mitigé", à l'issue du scrutin: "On fait quand même un gros score. Il y a dix ans, une initiative similaire faisait 20 %", estime Thomas Gremaud. "Il y a tout de même une certaine fierté de voir que cette initiative a porté bien au-delà des rangs de la gauche."

Une opposition des autorités

Le Conseil d'État, le Grand Conseil et les milieux économiques s'étaient opposés avec vigueur au projet. Le montant serait trop élevé, fragiliserait le partenariat social et découragerait les jeunes de se former, estimaient-ils. Ce clivage était déjà visible au Grand Conseil, qui avait rejeté l'initiative par 66 non contre 33 oui. 

Le Gouvernement fribourgeois prend note du signal: "On va renforcer encore une fois notre engagement pour que, d'ici quelques années, il n'y aura plus personne dans le canton qui gagne moins que 4 000 francs", réagit Olivier Curty, directeur de l'économie. Comment y arriver? "Encourager les salaires minimums dans les CCT. Malheureusement, on n'en a pas encore dans le commerce de détail, donc, ça, c'est le prochain chantier."

Carte des résultats

Le "non" a dominé tout au long du scrutin. Il a seulement perdu un peu de terrain lorsque les communes de l'Agglomération de Fribourg ce sont prononcées: Fribourg-ville dit oui à 63%, tout comme Villars-sur-Glâne et Marly qui approuvent l'initiative à plus de 55%. 

Dans les chefs-lieux des autres districts, les résultats sont serrés, voire au couteau. Estavayer accepte l'initiative à 51,3%, Romont de justesse à 50,13%. À Bulle, le non l'emporte à seulement 35 voix près, tandis qu'à Châtel-St-Denis, l'écart n'est que de 17 voix!

Morat prononce un refus marqué à plus de 64%. 

Pas de sixième canton

Avec ce refus, Fribourg ne rejoindra pas le club des cantons dotés d'un salaire minimum. Seuls Genève, Jura, Neuchâtel, Bâle-Ville et Tessin disposent actuellement d'une telle mesure. À Genève notamment, le salaire minimum avait été accepté en 2020 contre l'avis du gouvernement et du parlement.

Frapp / RadioFr. - Rédaction
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