Redevance à 200 chf: quel impact sur les radios régionales?
La population vote le 8 mars sur l'initiative SSR pour baisser la redevance radio-tv. Interview de Markus Baumer, directeur général de Radio Fribourg.

Concrètement, est-ce que l'initiative "200 francs, ça suffit" changerait quelque chose pour les radios régionales, comme Radio Fribourg ?
Oui, bien sûr. Bien que les initiants affirment que la redevance pour les radios et télévisions privées ne sera pas touchée, il y aurait des effets collatéraux négatifs pour nous.
Quels seraient ces effets si le texte passe le 8 mars ?
Il faut savoir que la SSR participe à de nombreux coûts partagés entre le public et le privé : la formation, les mesures d'audience, l'agence de presse Keystone ATS. Ce sont des coûts qui, inévitablement, augmenteraient pour les privés si la SSR se retirait. Et d'autre part, notre part de redevance, si elle ne baisse probablement pas, ne montera plus jamais. Sur dix ans de concession, c'est une diminution réelle. Nous sommes donc clairement opposés à cette initiative.
Mais on pourrait aussi dire que c'est moins de concurrence. Si la SSR devait supprimer certaines chaînes, cela ne ferait-il pas plus d'audience et plus de revenus publicitaires pour Radio Fribourg ?
La SSR doit de toute façon diminuer ses charges et économiser sur ses structures, avec la décision du Conseil fédéral de passer la redevance de 335 à 300 francs d'ici 2027 — soit environ 17% d'économies à réaliser. Nous souhaitons évidemment que ces économies se fassent sur les domaines où ils marchent sur nos plates-bandes. Mais concrètement, Radio Fribourg fait une radio locale pour les habitants du canton de Fribourg, ce que la SSR ne pourra jamais faire. Nous sommes complémentaires, et non concurrents.
Quand on tue le grand poisson, les petits ne survivent pas longtemps
Les radios privées ne pourraient pas supporter les coûts supplémentaires?
Nous sommes déjà dans une situation très délicate. Nous sommes en pleine révolution numérique et avons investi des montants colossaux ces cinq dernières années dans la numérisation de nos contenus (ndlr: Radio Fribourg SA est propriétaire de Frapp), avec un marché linéaire qui diminue et un marché numérique qui ne décolle pas encore, notamment à cause de la concurrence des GAFA. Nous réinventons notre modèle pratiquement tous les jours. Tout ce qui peut éviter une aggravation de notre situation sera le bienvenu pour que nous puissions enfin faire notre travail correctement.
Avez-vous peur en vue de cette votation ?
Bien sûr, cela remet en question notre existence. Quand on tue le grand poisson, les petits ne survivent pas longtemps — nous sommes les prochains sur la liste. C'est le service public en tant que tel qui est remis en question, pas uniquement la SSR. Nous avons une importante mission de service public régional. Le vrai débat de société posé par cette initiative est : sommes-nous pour un service public fort dans notre démocratie suisse, ou non ? Il faut répondre oui à la démocratie — donc non à l'initiative.
Philippe Zahno: "L'écosystème des médias en Suisse romande est un équilibre"
Les structures de formation figureraient aussi parmi les victimes de l'initiative SSR, alerte Philippe Zahno, président des radios régionales de Suisse romande. "Je pense au Centre de formation au journalisme et aux médias de Lausanne (CFJM): si la RTS retire la moitié de ses stagiaires, le centre est mort."
Au-delà de la formation, c'est toute la production d'information qui serait remise en cause. "Le résultat, c'est une centralisation à l'extrême: l'essentiel de l'information sera produit à Zurich, puis traduit pour les Romands et les Tessinois. Et pour les médias privés, perdre 50 % de la participation de la RTS à diverses prestations entraînera également une centralisation."
Les partisans de l'initiative imaginent que les radios régionales pourraient tirer profit d'une SSR affaiblie. "L'écosystème des médias en Suisse romande est un équilibre. Si la RTS perd de sa puissance, ce ne sont pas les radios régionales qui en bénéficieront principalement, ce sont les radios françaises."
Ecoutez aussi le débat de Radio Fribourg sur l'initiative SSR:


