Pourquoi les demandes à l’AI augmentent à Fribourg?

Nicolas Robert, directeur de l'OAI, revient sur la hausse du nombre de bénéficiaires de l'assurance invalidité et les mesures prises pour accompagner les jeunes.

Nicolas Robert, directeur de l'OAI et de l'ECAS © Nicolas Robert

Le nombre de personnes bénéficiant de l’assurance invalidité continue d’augmenter dans le canton de Fribourg. L’an dernier, plus de 11'500 personnes percevaient une rente AI, soit environ 400 de plus qu’un an auparavant. Mais au-delà de ces chiffres, c’est surtout la progression des demandes chez les jeunes qui interpelle: environ 1000 personnes de moins de 25 ans ont déposé une demande l’an dernier.

Directeur de l’Établissement cantonal des assurances sociales (ECAS) et de l’Office de l'assurance invalidité (OAI) du canton de Fribourg, Nicolas Robert refuse toutefois de parler d’une situation "apocalyptique". Il explique les raisons possibles de cette hausse, détaille l’accompagnement proposé aux jeunes et insiste sur l’importance d’intervenir rapidement. Avec un objectif: favoriser leur autonomie sans leur "coller une étiquette".

L'interview de Nicolas Robert

RadioFr: Les demandes à l’assurance invalidité augmentent en Suisse. Comment expliquez-vous cette tendance?

Nicolas Robert: Il n’y a pas aujourd’hui de consensus scientifique permettant d’identifier une cause précise. On estime plutôt que les raisons sont multifactorielles. Il y a certainement de meilleurs diagnostics médicaux, réalisés aussi beaucoup plus précocement. L’assurance invalidité intervient également plus rapidement, notamment de manière préventive. Il y a aussi la question de l’environnement, d’un climat anxiogène, ainsi que de nouveaux comportements liés aux technologies. Je pense que c’est un mélange de toutes ces causes.

Vous avez évoqué les jeunes. Environ 1000 d’entre eux ont déposé une demande dans le canton l’an dernier. Est-ce particulièrement inquiétant?

Je n’aimerais pas tomber dans un discours apocalyptique. Les jeunes, globalement, vont bien, ils vont même très bien. Par contre, une partie d’entre eux a besoin d’aide et de soutien. Il faut aussi mettre ces chiffres en perspective avec l’augmentation de la population fribourgeoise. Notre canton est jeune, avec une proportion de jeunes peut-être plus importante que dans d’autres cantons. Le phénomène est donc probablement un peu plus marqué ici.

On devrait d’ailleurs plutôt parler d’insertion que de réinsertion.

L’Office AI a justement mis en place une équipe spécialisée pour ces jeunes. Comment fonctionne-t-elle?

Nous avons des case managers et des spécialistes en réinsertion spécialisés dans l’accompagnement des jeunes. Le case manager est la colonne vertébrale du dossier. C’est l’interlocuteur unique qui suit le jeune du début de sa demande jusqu’à sa clôture. Il coordonne les différents partenaires, que ce soient nos médecins, nos juristes et nos spécialistes en réadaptation, mais aussi les psychiatres, les réseaux médicaux ou les hôpitaux.

Concrètement, comment accompagnez-vous ces jeunes vers la vie professionnelle?

On devrait d’ailleurs plutôt parler d’insertion que de réinsertion. Accompagner un jeune vers une activité lucrative n’est pas la même chose qu’accompagner un adulte qui a déjà connu le marché du travail. Nous intervenons rapidement grâce à la détection et à l’intervention précoces. Nous pouvons ensuite accompagner le jeune pour acquérir des habitudes de travail, définir un projet professionnel adapté à son état de santé et à ses intérêts, puis aller jusqu’à une formation professionnelle initiale.

Notre premier objectif est clairement de ne pas leur coller une étiquette.

N’y a-t-il pas un risque que ces jeunes portent ensuite une "étiquette AI" tout au long de leur parcours?

C’est justement ce que nous voulons éviter. Notre premier objectif est clairement de ne pas leur coller une étiquette. La mission de l’assurance invalidité est de renforcer l’autonomie. L’idée est de leur permettre de retrouver une activité professionnelle comme n’importe quelle autre personne, avec l’accompagnement nécessaire.

Les entreprises sont-elles suffisamment préparées pour accueillir ces jeunes?

Sans les entreprises, il n’y a pas de réinsertion possible. Nous avons de très bonnes expériences avec elles, mais il faut aussi pouvoir les accompagner. L’assurance invalidité peut intervenir avec ses collaborateurs ou avec des coachs, par exemple, pour faciliter l’adaptation entre les ressources du jeune et son environnement de travail.

Est-ce qu’une intervention de l’AI à un âge très précoce risque finalement d’installer le jeune dans ce système?

Nous faisons le pari inverse. Plus on intervient vite, plus on évite des situations qui pourraient devenir socialement très dégradées et pour lesquelles il n’y aurait plus de possibilités. Je pense donc que plus on intervient jeune, plus les possibilités de réinsertion sont élevées. Une intégration réussie, pour nous, c’est de trouver le meilleur équilibre entre les ressources du jeune, son état de santé et son autonomie, avec, dans la mesure du possible, une activité professionnelle rémunérée.

Ecoutez l'intégralité de l'interview de Nicolas Robert:

RadioFr. - Vincent Dousse
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