Trois cliniques privées recalées par Fribourg

La nouvelle planification hospitalière du Gouvernement écarte trois projets en cours. Promoteurs et députés expriment leur colère.

La clinique La Berra est en construction au Marly Innovation Center, mais elle n'a pas été intégrée dans la planification hospitalière. © Marly Innovation Center

Le canton de Fribourg porte un coup de massue à de futures cliniques privées. Sa nouvelle planification hospitalière, mise en consultation jusqu'au 11 mai, exclut trois projets d'établissements à Marly, Estavayer et Epagny. Cette planification fixe les mandats hospitaliers pour la période 2026-2035. L'inscription sur cette liste est indispensable pour obtenir le remboursement des soins par les assurances maladie.

La Direction de la santé justifie le refus de ces initiatives par l'offre existante, jugée suffisante pour couvrir les besoins de la population, et par la nécessité de contenir la hausse des coûts de santé. Une voie de recours reste toutefois ouverte aux porteurs de projets, dont deux avaient reçu les permis de construire.

Une clinique à 25 millions à Marly

La clinique La Berra, prévue pour proposer des prestations en orthopédie et ophtalmologie, dispose déjà d'un permis de construire et le chantier a démarré à Marly pour 25 millions de francs. Le projet prévoyait une quinzaine de cabinets médicaux et une permanence orthopédique.

"Les prestations qui ne sont pas entièrement couvertes et pour lesquelles la Clinique la Berra a postulé sont les reprises de prothèses de genoux et de hanche", explique Philippe Demierre, conseiller d'Etat en charge de la santé. "Il est difficile de justifier l’ouverture d’une clinique pour ces seules prestations, d’autant que le canton doit garantir une prise en charge selon des critères de qualité et d’économicité."

La couverture est considérée comme insuffisante en dessous de 80% des besoins de la population. Ce seuil reconnaît qu'il n'est pas nécessaire de couvrir la totalité des besoins puisque les patients peuvent aussi se faire soigner hors canton, rappelle le Conseil d'Etat.

"Nous sommes ébahis. On nous a dit que le projet répondait parfaitement aux besoins", s'indigne Damien Piller, président du Marly Innovation Center. Il compte déposer un recours. "Il restait 18 mois pour achever le bâtiment. Si l'opposition échoue, il faudra reconvertir le projet."

Déposer le bilan

Les promoteurs de la clinique Renaissance à Estavayer ainsi que ceux de la clinique de la Gruyère à Epagny avaient quant à eux soumis leur dossier respectif pour de la réadaptation psychosomatique. Les besoins étant également largement couverts selon le canton, ces deux cliniques ne se voient pas non plus attribuer de mandats.

À Epagny, le chantier de la clinique de La Gruyère dort depuis deux ans, attendant le feu vert cantonal. Contacté, le promoteur jette l'éponge: "écœuré", il compte déposer le bilan de sa société Epagnimmo. "J'attends depuis 17 ans, j'ai dépensé 12 millions de francs en travaux pour rien." Il renonce à tout recours.

Syndic de Gruyères, Jean-Pierre Doutaz avait soutenu le projet. La commune avait procédé à la requalification de la zone et vendu le terrain en vue de la création d'une clinique qui promettait une huitantaine emplois. "Je suis fâché contre le Conseil d'État, qui a octroyé le permis de construire en 2020, tout ça pour nous dire aujourd'hui que le projet est inutile", réagit le député centriste.

Pourquoi attribuer des autorisations de construire si le projet ne figure pas dans la planification hospitalière ? "La construction relève d’un risque entrepreneurial pris par une personne ou une entreprise privée", répond le ministre Philippe Demierre. L'analyse des dossiers a par ailleurs pris une année de retard. Les données permettant d'identifier les besoins ont notamment été recalculées pour éviter le biais des années Covid.

Des hospitalisations hors canton

À Estavayer, la clinique Renaissance devait accueillir 55 lits sur le site existant de La Corbière pour soigner quelque 750 patients souffrant de pathologies psychosomatiques. Le projet visait la création d'environ 70 emplois. Le canton, qui ne retient pas davantage le site staviacois de l'Hôpital intercantonal de la Broye, lui préfère des structures hors du territoire fribourgeois, comme l'hôpital du Noirmont (JU) et la clinique Montana (BE).

Le groupe porteur du projet prend acte de la décision du Conseil d'État. "Nous allons prendre le temps de réfléchir à la suite que nous donnerons", indique l'un de ses co-directeurs Cédric Bossart, qui maintient que les troubles de la santé mentale ont bondi et que le besoin de prise en charge est bien réel.

Les réactions en marge du Grand Conseil ce jeudi n'ont pas tardé. "Nous allons nous battre pour ramener ces prestations dans le canton", annonce la conseillère générale à Estavayer et députée centriste Anne Meyer Loetscher. Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, environ 34 % des hospitalisations totales ont été faites hors canton en 2024. Des cas qui coûtent environ 100 millions de francs à l'Etat. 

Et les établissements privés existants?

Déjà actifs, l'Hôpital Daler, la Clinique générale et la Maison de naissance Le Petit Prince à Villars-sur-Glâne conservent leurs missions, selon la nouvelle planification hospitalière prévue jusqu'en 2035.

Frapp - Alexia Nichele
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