A Payerne, "on vit l’arrivée des F-35 avec appréhension"
Voisine de la base militaire, la famille Pillonel craint l'arrivée des futurs avions de l'armée et espère pouvoir toucher des indemnisations.

Juste avant l’interview, deux avions de combat survolent le champ voisin et se préparent à atterrir. On les entend de loin, même si les décibels à l'atterrissage sont bien moindres qu'au décollage. Le bruit de ces avions, c’est le quotidien de Fabrice Pillonel, agriculteur à Bussy. "Les soirs d’hiver, on sait que quand un avion décolle, on met la télé sur pause. On arrête un instant nos discussions. Au téléphone pareil."
Fabrice Pillonel a grandi dans cette ferme située à environ 800 mètres de la base aérienne de Payerne. Il explique qu’il vit aujourd’hui avec ces nuisances, qu'il "s’est acclimaté". Mais ce qui le préoccupe, c’est bien l’arrivée d’un nouveau modèle d’avions de combat à Payerne dès 2028, le F-35.
Un avion plus bruyant et qui provoque des vibrations différentes du F/A-18 actuel. "On vit cela avec appréhension. On a rénové notre ferme au niveau thermique, mais pas au niveau phonique. Nos fenêtres ont bien été changées à l’époque du F/A-18. Là, on ne devrait rien obtenir de plus. En a peur que le bruit passe par les murs, par le toit. Pour l’instant, il y a beaucoup d’inconnues, on espère des réponses."
Ces réponses, son épouse ira les chercher lors de la séance d’information organisée ce mercredi soir par le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et du sport (DDPS) à la salle de sport de la caserne de Payerne.
Pour compenser ce bruit supplémentaire, des contreparties ont bien été obtenues pour toutes celles et ceux qui vivent près de cet aérodrome. "Le nombre de mouvements a été réduit, à un peu plus de 4000 aujourd’hui par an. Les avions ne voleront pas ni le lundi matin ni le vendredi après-midi", détaille Cédric Péclard, président de l'Association pour la sauvegarde des intérêts des communes riveraines de l'aérodrome de Payerne (ASIC).
Autre nouveauté: pour plus de transparence, le bruit de ces avions, au décollage et à l'atterrissage, sera désormais mesuré et rendu public sur une plateforme en ligne, "quasiment en temps réel".
"C’est bien, mais cela ne change pas le problème de fond : les nuisances persistent. Sur le moment, le bruit est là", réagit Fabrice Pillonel, qui craint aussi une perte de valeur pour sa ferme et son habitation. "On aimerait être indemnisé pour ça."
Le Département de la défense, de la protection de la population et du sport (DDPS) a assuré cette semaine que des demandes d’indemnisation pourront être déposées. Mais la procédure s'annonce déjà longue et complexe.


