"On a pris quelques risques pour boucler ce budget"

Le canton de Fribourg présente un budget 2026 revu, après le refus de la loi d'assainissement des finances. Jean-Pierre Siggen, directeur cantonal des finances, en explique les arbitrages.

Jean-Pierre Siggen, ministre des finances, est revenu sur la préparation du budget 2026 bis. © La Télé

Ce budget est qualifié d'inédit. Était-il compliqué à ficeler?

Oui, c'était compliqué. D'abord, c'est un budget pour une année que l'on a déjà parcourue pour moitié. Ensuite, il manquait 94 millions — ceux des mesures d'assainissement que nous n'avons pas pu appliquer. Comment combler ce trou et parvenir à un budget équilibré? C'est à cela que le Conseil d'État s'est attelé le 27 au matin.

Comment avez-vous compensé ces 94 millions manquants?

Deux mesures du projet d'assainissement initial restent en vigueur, malgré le non populaire, car elles n'ont pas d'effet rétroactif: la non-indexation à l'inflation pour 2026 et la non-compensation de la progression à froid. Elles nécessitent des décisions du Grand Conseil, qui viendront cet automne, et seront appliquées conformément à la volonté populaire dès l'année prochaine. Ces deux mesures ramènent le déficit de 94 à 54 millions.

Et pour ces 54 millions restants?

On a joué sur plusieurs leviers. D'abord les recettes: les résultats de l'impôt sur le revenu des personnes physiques en 2025 ont été meilleurs que prévu, ce qui nous a permis de relever cette estimation de près de 21 millions. La Banque cantonale a également réalisé une bonne année 2025, nous versant un million et demi de plus que budgété. On a aussi puisé dans certains fonds, notamment dans le domaine des hautes écoles. Et puis, nous avons freiné certaines dépenses là où c'était possible — les enveloppes informatiques, l'entretien des routes — en ajustant les estimations à la réalité de l'année en cours.

Vous avez aussi pris quelques risques?

Oui. Par exemple, nous avons réduit le montant prévu pour l'avance AVS — cette avance accordée aux employés de l'État qui partent en retraite anticipée. C'est une estimation, on ne connaît pas à l'avance le nombre de personnes qui y auront recours. Mais on a pu réduire raisonnablement ce poste.

133 nouveaux postes équivalents plein temps sont tout de même créés. Où vont-ils?

La moitié va à l'enseignement — on n'a pas le choix, les classes sont ouvertes et les enseignants doivent être en place. Du côté de l'administration, l'accent a été mis sur la justice, suite aux discussions au Grand Conseil sur sa nouvelle organisation: 11 EPT supplémentaires y sont prévus. Trois postes viennent également renforcer le service de l'enfance et de la jeunesse, comme ces dernières années.

Les investissements atteignent 319 millions, ce qui peut surprendre dans un contexte tendu. Comment l'expliquer?

Les investissements ne se décident pas d'une année à l'autre. Ce sont de grands projets qui s'étendent sur plusieurs années, et nous connaissons en ce moment un cumul de chantiers importants. La bibliothèque cantonale universitaire se termine cette année — c'est donc l'année du solde à payer. Agroscope représente aussi un poste significatif. Le musée d'histoire naturelle est en plein travaux. Sans oublier la prison de Bellechasse, entièrement refaite. Tout cela se concentre sur 2026.

Pour 2027, beaucoup craignent une hausse d'impôts. La question est-elle déjà tranchée?

Non. Pour 2026, nous avons pu présenter un budget sans toucher à l'impôt, en partie grâce à la situation hybride de cette année. Mais 2027 sera le défi principal du Conseil d'État. Nous n'avons pas encore trouvé la clé. D'un côté, il ne faut pas toucher l'impôt. De l'autre, on nous demande de ne faire aucune coupe. Tout assumer sans rien changer, c'est impossible. Nous serons au travail ces prochains mois, avec beaucoup de discussions politiques en perspective. Le budget 2027 sera présenté en novembre prochain.

À titre personnel, vous ne vous représentez pas cet automne. Comment avez-vous vécu cet épisode?

C'est évidemment unique. Pour un directeur des finances, présenter deux budgets en plus des comptes, c'est une expérience rare. Mais c'était aussi très tendu. Un budget, ce n'est pas que le débat politique — c'est des milliers de rubriques à coordonner, réajuster, actualiser. Un travail titanesque accompli par toutes les équipes. Et là, on a conduit plusieurs budgets en parallèle. C'était très, très lourd.

Ce budget bis sera soumis au Grand Conseil en juin.

RadioFr. - Karin Baumgartner
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