"200 francs ça suffit": la culture fribourgeoise inquiète

Les acteurs culturels du pays sont nombreux à s'opposer la baisse de la redevance radio-tv. Parmi eux, le FIFF et le Belluard Bollwerk.

Les régions périphériques, comme le canton de Fribourg, seraient les première perdantes en cas de baisse de la redevance, pour Elisa Liepsch et Thierry Jobin. © KEYSTONE / Belluard Bollwerk

Paléo, l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Joseph Gorgoni, le NIFF, le GIFF et le FIFF, Stress, Alexandre Kominek… Loin d’être exhaustive, cette liste regroupe certains des acteurs culturels helvétiques qui se sont prononcés contre l’initiative "200 francs ça suffit", en votation le 8 mars.

Radio Fribourg a rencontré deux acteurs de cette scène culturelle: le Festival international du film de Fribourg (FIFF) et le Belluard Bollwerk. Tous deux craignent un appauvrissement de la culture et une fragmentation du pays, en particulier dans un canton périphérique comme Fribourg.

Tout le monde y perdrait: le festival, mais surtout les artistes.

Quel serait l’impact réel pour ces deux festivals? Au Belluard Bollwerk, financièrement, il serait limité, répond Elisa Liepsch, directrice du festival d’arts vivants. Mais des conséquences, il y en aurait tout de même: "La SSR joue un rôle promotionnel essentiel pour nous. Si ces financements étaient réduits, il y aurait beaucoup moins d’opportunités pour les jeunes artistes d’obtenir une plateforme de visibilité. Tout le monde y perdrait: le festival, mais surtout les artistes."

Le son de cloche résonne pareil au festival d'en face. Le directeur artistique du FIFF, Thierry Jobin, évoque des conséquences budgétaires directes "pas énormes". Le bât blesse ailleurs. "Ce sont des soutiens qui essentiels sur le plan logistique, et c'est surtout des liens qui sont hyper importants pour se faire connaître au-delà de notre région. On remarque à quel point il y a un engouement du public dès que, comme l'année dernière par exemple, on fait venir des gens de la SSR. Crime Suisse est venu enregistrer en public un podcast autour d'un crime qui s'était passé dans la région. On a dû refuser du monde."

Connexion entre les régions 

Plus largement, tant Elisa Liepsch que Thierry Jobin insistent sur l'importance du lien créé par la SSR entre les régions linguistiques, d'autant plus dans un canton bilingue - et périphérique - comme Fribourg. "Un public romand découvre ainsi des artistes suisses alémaniques, et inversement, explique la directrice du Belluard Bollwerk. Cela joue un rôle très important dans la connexion et les échanges entre les régions linguistiques."

Quant aux acteurs privés, qui pourraient combler le vide laisser par une SSR amoindrie selon les initiants, Thierry Jobin n'y croit pas. Intéressés avant tout par la rentabilité, les "projets fragiles" boiraient la tasse. L'analyse est identique pour Elisa Liepsch qui parle de "relève artistique et thématique de niche" plutôt que de "projets fragiles". 

Mais est-ce que ces projets fragiles doivent-ils avoir leur place sur le service public? N'intéressent-ils pas qu'une frange très limitée et un peu bobo de la population? Pas selon Thierry Jobin: la SSR ne finance pas uniquement des productions dites "élitistes", mais soutient aussi la culture populaire, comme la Fête fédérale de lutte, les chorales ou encore des événements régionaux.

RadioFr. - Nathan Clément
...