Les physios fribourgeois veulent être mieux payés

Ils ont lancé une pétition en ligne qui a déjà été signée par 2'700 personnes. Le texte demande une revalorisation tarifaire d'au moins 30%.

Des physiothérapeutes indépendants peinent à payer les charges de leurs cabinets et à se dégager un salaire correct. Ils demandent au canton d'augmenter leurs tarifs. © Keystone

Les physiothérapeutes fribourgeois demandent à être mieux payés. Dans une pétition en ligne appelée "Soigner à 100%. Rémunéré à 70%. Vous trouvez ça juste?" ils demandent l'augmentation de leurs tarifs. Après trois semaines, elle a déjà été signée par plus de 2700 personnes.

Le texte sera déposé cet automne auprès du Conseil d'Etat pour lui demander de revaloriser la branche à hauteur de 30%. Des discussions similaires ont lieu au niveau fédéral avec les assureurs, mais après deux ans et demie, elles n'ont pour l'heure pas abouties.  

Les physios indépendants préviennent que cette faible rémunération ne permet pas de couvrir les charges liées à leurs cabinets. A plus long terme, ce phénomène risque de décourager des jeunes de se lancer dans cette branche. Interview de Marie-Pierre Bognuda, présidente de l'association Physiofribourg.

Radio Fribourg: Où en êtes-vous au niveau du nombre de signatures? 

Marie-Pierre Bognuda: Les signatures ont déjà dépassé la moitié des objectifs à atteindre. L'idée de cette pétition, c'est de tirer la sonnette d'alarme avant qu'il ne soit trop tard, dans le sens que les coûts d'exploitation des cabinets ont augmenté d'environ 30% sur les 30 dernières années, mais notre tarif n'a clairement pas suivi. Donc, cet écart menace clairement la capacité des cabinets à continuer à travailler. Cette pétition n'est pas une plainte de notre profession, c'est une proposition. L’objectif est de donner au canton les moyens de préserver un soin de proximité qui a fait ses preuves.

Aujourd'hui un physiothérapeute reçoit 68 francs pour une heure, c'est exact ?

Oui, c'est juste. Ce calcul est basé à la fois sur le prix de la prestation et sur toutes les prestations qui sont non rémunérées à l'heure actuelle. Le montant de 68 francs de l'heure ne représente pas une rémunération, mais le chiffre d'affaires brut d'un cabinet. Les charges d'exploitation ( loyer, matériel et nombreux équipements, charges sociales et administratives, formation continue obligatoire…) sont prélevées en premier ; le salaire du physiothérapeute ne vient qu'ensuite, sur ce qui subsiste.

Votre pétition court jusqu'en septembre, et après vous demanderez au gouvernement fribourgeois d'augmenter les tarifs?

Oui, notre demande a déjà été déposée depuis le printemps par Physioswiss. La démarche vise à montrer au directeur de la santé, au Conseil d'État, que le sujet préoccupe largement la population. Chaque signature, c'est une voix qui dit que cette profession compte, qu'elle doit rester accessible. C'est ce problème d'accessibilité, clairement, qui est en jeu à l'heure actuelle, parce que beaucoup de cabinets ont tendance à diversifier leurs activités pour pouvoir payer leurs charges en faisant des cours collectifs ou de l'enseignement, mais au détriment de nos capacités à recevoir des nouveaux patients. Donc nos délais d'attente s'allongent pouvant aller jusqu'à un mois, un mois et demi. Un temps d'attente incompatibles avec des prises en charge pour des rééducations post-opératoires ou des lombalgies aigues, par exemple.

Donc le risque, c'est de décourager certains futurs physiothérapeutes? 

C'est exactement ça, parce que la profession est déjà très peu attractive pour les jeunes aujourd'hui. Les horaires sont exigeants : tôt le matin pour recevoir les actifs avant leur travail, jusqu'à 20 heures pour les traiter en fin de journée. Associée à des rémunérations peu attractives, cette réalité pèse sur l'attractivité du métier et complique le recrutement de la relève.

Nos attentes sont claires : D'une part, un tarif qui couvre les coûts réels du cabinet et permette des salaires équitables. D'autre part, la reconnaissance de la physiothérapie comme levier d'économies pour le système de santé : en réduisant le nombre de chirurgies, en accélérant les retours au travail et en maintenant l'autonomie des aînés à domicile, elle évite des dépenses nettement supérieures à son coût. À l'heure du vieillissement démographique, différer les entrées en EMS représente à lui seul une économie majeure pour le canton.

Mais des discussions ont été lancées au niveau fédéral. Pourquoi est-ce que vous voulez une réponse au niveau cantonal? 

Oui, ce n'est pas facile à comprendre. Il y a deux éléments différents. Tout comme ça a été fait, par exemple, pour TARDOC, pour les médecins,  nous avons une structure qui correspond à la liste des actes que nous effectuons et qui est en train d’être validée après révision au niveau fédéral. D'autre part, la valeur du point : chaque acte vaut un certain nombre de points, et ce point correspond à un montant en francs. Dans le canton de Fribourg, il vaut d’ailleurs aujourd'hui moins d'un franc : 0,98 centime. C'est cette valeur du point qui se fixe au niveau cantonal, et c'est là que porte notre demande. Nous souhaitons simplement que les tarifs suivent l'évolution du coût de la vie, soit une hausse d'au moins 30 %.
Cette démarche n'est pas propre à Fribourg : tous les cantons avancent dans le même sens pour obtenir une revalorisation de la profession. Car la physiothérapie coûte peu et constitue un véritable levier d'économies pour le système de santé

Quel est le calendrier?

La récolte de signatures court jusqu'au 30 septembre. Ensuite la pétition sera adressée au directeur de la santé du canton de Fribourg.  Nous espérons que cette revalorisation intervienne le plus tôt possible, peut-être cet automne. Pour l'instant, aucune rencontre n'est encore fixée, mais nous restons ouverts au dialogue avec les assurances comme avec la Direction de la santé.

RadioFr. - Karin Baumgartner
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