Grands projets: "Les gens ne sont pas plus individualistes"
Plusieurs projets d'infrastructures ont été récemment retoqués. Qu'est-ce que cela signifie? Décryptage de Yannick Schmutz, économiste à l'UniFr.

RadioFr. Le projet de nouvelle piscine à Planfayon a été refusé dimanche par 61% de la population et 8 communes singinoises sur 15. Avant cela, le passage au synthétique pour le stade de Lussy a été retoqué par le Conseil général de Châtel-Saint-Denis, la réalisation de nouveaux terrains de foot a été rejetée par les habitants et habitantes d'Estavayer. Est-on aujourd'hui moins prêt à payer pour des projets d'intérêt général?
Yannick Schmutz, économiste à l'Université de Fribourg: Pour moi, les gens ne sont pas devenus plus individualistes. Je pense que c'est plutôt une sorte de pragmatisme: la population n'a pas envie d'investir dans des choses qui n'en valent pas la peine. La situation change, la pression budgétaire s'est accrue au niveau du canton et de certaines communes, certains projets provoqueraient une hausse d'impôt. Ce qui fait que la population décide de choisir plus sagement dans quoi elle veut investir.
Les infrastructures sportives peinent à convaincre, mais d'autres projets également coûteux passent la rampe...
Dans le domaine de la santé et de l'école, qui répondent à une demande en hausse du nombre d'élèves, du nombre de personnes qui ont besoin de soins ou d'accompagnement, on voit que la population a toujours cette motivation à contribuer à ces projets. Typiquement, les Gruériens et les Broyards ont largement accepté la construction de nouveaux EMS ces dernières années. La population a aussi validé la création d'un nouveau Musée d'histoire naturelle de Fribourg en 2023, l'agrandissement du collège Sainte-Croix en 2018 ou l'assainissement du CO de Marly en 2021. Des projets que les habitants semblent considérer comme des investissements nécessaires.
La tendance est-elle la même partout? Dimanche, un crédit d'étude pour le Musée des Beaux-Arts de Berne a aussi été refusé.
Je me suis penché sur plusieurs projets débattus dans le canton de Vaud et de Genève. Je pense effectivement que la tendance est assez similaire partout au final. Ce n'est pas parce qu'on est suisse-allemand ou francophone qu'on ne veut pas contribuer au bien public et répondre à des besoins qui sont nécessaires. Maintenant, bien sûr, les contextes budgétaires sont différents entre certains cantons, certains districts, certaines régions: c'est surtout cela qui joue un rôle. Tout comme l'infrastructure existante, et la distance par rapport à ce qu'on doit financer.
Vous avez justement analysé ces données dans le vote pour une nouvelle piscine à Planfayon et vous dites que le facteur géographique est un facteur-clé pour comprendre les résultats de la votation.
Oui, toutes les communes du nord de la Singine ont refusé assez massivement le projet. D'autant plus que certaines communes font déjà partie de cette association de communes qui gère la piscine de Laupen. Et on voit que chez ces communes-là - Schmitten, Düdingen, Ueberstorf, Wünnewill-Flamatt et Bösingen -, le taux de refus est très élevé. Pour moi, l'explication est assez simple: elles ont déjà des alternatives qui sont à proximité, des piscines à Laupen, mais aussi à Marly ou Courtepin. Alors que les communes du bas du district ont moins d'alternatives et ont, du coup, plus de bénéfices à accepter ce projet. Ce qui a été le cas, notamment, dans le sud du district, à Planfayon, Rechthalten ou Brünisried.


