Appartements avec accompagnement, une alternative aux EMS

Les appartements avec accompagnement séduisent de plus en plus de seniors. Dans le canton, ils affichent presque complet et les listes d’attente s’allongent.

A 91 ans, Willy Schafer vit depuis 4 ans dans un appartement du Foyer gruérien. © Frapp

Entre le maintien à domicile et l’entrée en EMS, une solution intermédiaire gagne toujours plus de terrain pour les personnes âgées: les appartements avec accompagnement. L’Association fribourgeoise des institutions pour personnes âgées et de l’aide à domicile (AFISA) et Pro Senectute Fribourg ont présenté mardi un rapport, fruit d’une analyse de terrain menée entre septembre 2025 et mars 2026. L’étude dresse pour la première fois un portrait complet de ce type d’habitat dans le canton.

Le constat est sans appel: avec 652 logements recensés sur cinq districts dans 22 structures, la plupart des établissements affichent un taux d’occupation de 100 % et disposent de listes d’attente. Pour la résidence du Marché à Bulle, par exemple, ils sont 25 personnes sur liste. La demande est là, mais l’offre est encore à la traîne.

"Il y a un besoin de ce genre de structure pour des gens qui sont encore indépendants, mais qui veulent vivre dans la sécurité, avec une certaine collectivité", résume Emmanuel Michielan, directeur de Pro Senectute Fribourg. L’offre reste aussi inégalement répartie sur le territoire cantonal, laissant certaines régions, notamment rurales, moins bien dotées.

Indépendance et sécurité

L’étude définit cinq critères pour qualifier un appartement avec accompagnement:

  1. Une architecture adaptée, par exemple des salles de bain accessibles, des couloirs larges, pas de seuils au sol.
  2. Un contrat de bail ordinaire: les résidents vivent dans des appartements dont ils sont locataires et sont indépendants.
  3. Un loyer abordable, compatible avec les prestations complémentaires.
  4. Des locaux communs favorisant la vie collective.
  5. Un accompagnement social assuré par une présence régulière ou continue.

Le Foyer gruérien, à Bulle, illustre parfaitement ce modèle. Fondation de droit privé reconnue d’utilité publique, il propose depuis des décennies plus de 90 logements où l’accompagnement social joue un rôle clé. "Nous avons un concierge qui habite sur place et qui est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7", explique Christian Repond, président du conseil de fondation.

C’est aussi – et surtout – l’indépendance offerte par cet accompagnement que les résidents apprécient. "C’est la sécurité d’avoir un couple qui est là comme concierge et qui tous les matins, aux environs de 9 heures, nous appelle pour prendre des nouvelles, si tout va bien, si on n’est pas tombé ou s’il n’y a pas un problème de santé", témoigne Georgette Vionnet, l’une des résidentes. "Je trouve que ça c’est très important."

"Ici, ce n’est pas un EMS. Les gens sont indépendants. Ils font ce qu’ils veulent, quand ils veulent", explique Willy Schafer. À 91 ans, il vit depuis quatre ans dans un appartement du Foyer gruérien. Pour lui, l’aspect communautaire est aussi essentiel. Il s’est fait un groupe d’une petite dizaine d’amis qui accompagnent son quotidien. "On se rejoint régulièrement chez l’un, chez l’autre, pour un apéritif ou pour discuter. Je ne pouvais pas imaginer une plus belle fin de vie qu’ici", sourit le Bullois.

Un modèle économique fragile

Les trois quarts des logements dans le canton appartiennent à des fondations, associations, coopératives ou communes. Il faut dire que le modèle n’est pas particulièrement rentable. "L’ensemble des prestations que nous proposons sont le résultat des rendements locatifs. Mais ils ne peuvent augmenter. C’est notre volonté d’avoir des loyers compatibles avec les prestations complémentaires", insiste Christian Repond. Il regrette un manque de soutien administratif de la part des communes et du canton.

Pourtant, les avantages pour la collectivité sont significatifs. Une étude vaudoise citée dans le rapport estime que ce type d’habitat permet de reporter de presque deux ans l’entrée en EMS pour les locataires. En termes de coûts, l’exploitation de ces immeubles coûterait de 4 à 5 fois moins cher qu’un EMS.

Face au vieillissement de la population, les auteurs du rapport appellent les autorités cantonales et communales à agir. Le rapport suggère notamment de soutenir l’accompagnement et la coordination via la prochaine réforme des prestations complémentaires et le programme Senior+. "La balle est dans le camp des autorités responsables de la politique de la vieillesse", conclut le communiqué de l’AFISA et de Pro Senectute.

Frapp - Mattia Pillonel
...