Vers un "non" à l'initiative de l'UDC, impasse sur le civil
Si les Suisses avaient dû voter à la fin mai, ils auraient rejeté l'initiative "Pas de Suisse à 10 millions". Selon les sondages SSR et 20 Minutes/Tamedia publiés mercredi, ils auraient dit non à 52% au texte de l'UDC. La réforme du service civil, elle, est encore dans l'impasse.

Sur l'"initiative sur la durabilité" de l'UDC, une tendance au non s'est formée depuis la première vague de sondages, indique la SSR dans son deuxième sondage réalisé par l'institut gfs.bern. Le taux de refus a progressé de 47% à 52%, alors que celui du "oui" est passé de 47% à 45%.
L'enquête de l'institut LeeWas pour 20 Minutes et Tamedia montre la même évolution, avec un refus à 52% (contre 46% dans la précédente enquête) et un camp du "oui" qui recule de 52% à 47%. Un troisième sondage, réalisé par l'institut YouGov, parle quant à lui de 55% de non (une hausse de 9 points par rapport à début mai) contre 38% de oui.
L'UDC seule contre tous
Avec son texte, l'UDC souhaite que la population suisse croisse plus lentement qu'au cours des dernières années. Elle demande un contrôle strict de l'immigration pour que la population résidante permanente de la Suisse ne dépasse pas 10 millions d'ici 2050. Le Conseil fédéral et le Parlement devraient prendre des mesures dès que la population dépasse les 9,5 millions.
Sans surprise, les sympathisants de l'UDC font bloc derrière l'initiative, alors que la gauche et les Vert'libéraux disent clairement non. Au centre de l'échiquier, le refus est devenu plus net au Centre et au PLR. Les électeurs libéraux-radicaux ont rejoint le camp du "non" (52% selon le sondage Tamedia, 55% selon celui de la SSR).
Les électeurs alémaniques disent non du bout des lèvres au texte de l'UDC, alors que la Suisse romande lui oppose un non résolu (56% à 61%). On observe également un fossé villes-campagnes, avec des électeurs urbains vent debout contre l'initiative face aux régions rurales qui accepteraient le projet. Le rejet est également plus clair chez les femmes que chez les hommes.
Mobilisation importante
Selon gfs.bern, on assiste à l'évolution classique des intentions de vote pour une initiative, avec une progression du non. "A l'heure actuelle, rien n'indique l'existence d'une dynamique protestataire inhabituelle en faveur de l'initiative", souligne l'institut.
Les opinions sont déjà bien formées et c'est surtout la mobilisation qui fera la différence. A ce titre, l'impact de l'attaque au couteau de Winterthour (ZH) sur les intentions de vote n'est pas connu, précisent gfs.bern et LeeWas.
Match nul sur le service civil
Sur la réforme du service civil, le suspense règne. Le sondage 20 Minutes/Tamedia donne les deux camps à égalité à 48%. Celui de la SSR donne une légère avance au camp du "oui" (48% contre 46%), mais l'écart se resserre. Le précédent sondage publié le 8 mai prévoyait que la réforme serait acceptée à 52% et refusé à 40%. Il s'agit d'un cas "exceptionnel" pour un projet des autorités, selon gfs.bern.
Le sondage YouGov donne quant à lui le non à 49%, contre 37% pour le oui. La probabilité que la loi soit rejetée a là aussi augmenté, mais, en raison notamment de la proportion relativement élevée d'indécis (14%), la situation est moins claire que pour l'initiative de l'UDC. L'institut note que la réforme ne dépasse dans aucun canton la barre des 50%.
La gauche et des Vert'libéraux refusent le projet, qui vise à rendre plus difficile le passage de l'armée au service civil, alors que le camp bourgeois la soutient. A noter que l'approbation recule chez les personnes disant faire confiance au Conseil fédéral, tandis qu'elle se maintient chez les personnes critiques à l'égard du gouvernement, une "constellation atypique", selon gfs.bern.
Un non se dessine chez les femmes, alors que les hommes soutiennent majoritairement le projet. Les campagnes acceptent le texte, alors que les villes le rejettent (avec toutefois une majorité relative selon le sondage SSR).
"Tout est ouvert"
La Suisse alémanique reste la plus encline à approuver, même si la part de oui s'érode. La Suisse romande est plus critique, avec un petit non (50% selon le sondage Tamedia/20 Minutes, 51% selon la SSR).
"L'issue (du vote) demeure ouverte", note gfs.bern. "Dans l'ensemble, la structure continue de pencher vers le camp approbateur mais la dynamique, elle, vers le camp adverse".
Le sondage SSR a été réalisé entre le 19 et le 27 mai auprès de 19'400 titulaires du droit de vote. La marge d'erreur est de +/- 2.8 points de pourcentage. L'enquête 20 Minutes/Tamedia a quant à elle été menée les 27 et 28 mai auprès de 14'818 personnes. La marge d'erreur est de +/- 1,1 point de pourcentage.


