Veronica Vancardo sur les JO: "je me permets d'y rêver"
Finaliste aux championnats d'Europe, placée en Diamond League, Veronica Vancardo revient sur une saison qu'elle n'avait pas osé imaginer et sur des ambitions olympiques. Interview.

Veronica Vancardo était aux premières loges de ce 92e Morat-Fribourg, en tant que consultante pour nos confrères de La Télé. Une collaboration née presque par hasard l'année dernière, quand la Fribourgeoise était venue parler de sa saison et s'était retrouvée à commenter toute la course en direct.
Après avoir évoqué les performances de Marie Sansonnens et Rémi Bonnet (qui a fait deux séances à plat avant de battre le record de Suisse sur la course), Veronica Vancardo est revenu sur sa propre saison: l'une des plus folles de l'histoire du 800 mètres féminin suisse.
Finaliste des championnats d'Europe du 800 mètres à Birmingham, quatrième à Athletissima avec un 58'60, vous attendiez-vous à une saison aussi forte?
Non, absolument pas. Elle n'a pas commencé de la meilleure des manières: j'avais du mal à rentrer dans des courses rapides, à bien me placer. J'ai un peu paniqué, parce que je me disais que si je voulais être performante aux championnats d'Europe, il fallait que ça décolle. Et finalement, ça s'est délié au championnat suisse. Aux championnats d'Europe, je fais mon record en qualification, je passe en demi, puis en finale, c'était complètement fou. Et après Birmingham, mes premières Diamond League, tout s'enchaîne très vite. Il y a des courses où je n'étais même pas censée courir et je me retrouve en finale de Diamond League, aux Ultimate. Une fin de saison vraiment super.
On se souvient du "c'est lunaire" après votre qualification en finale des championnats d'Europe. Deux mois après, vous réalisez ce qui s'est passé?
Le "c'est lunaire" va rester encore longtemps, parce que toute la fin de saison je n'arrêtais pas de le dire. J'ai encore du mal à réaliser, même en en reparlant comme ça. Mais je commence gentiment à me dire: "ok, t'as fait 8ème aux championnats d'Europe, t'as fait des Diamond League"... donc l'année prochaine, il faudra encore plus s'amuser et être présente sur ce genre de course.
J'espère pouvoir me professionnaliser davantage pour partir en camp d'entraînement dans de meilleures conditions, et avoir mon coach à mes côtés sur les compétitions.
Vous avez déclaré à la presse: "la fille sans sponsor dans cette finale, c'était moi." Qu'est-ce que ça veut dire concrètement?
Je n'ai pas d'équipementier. Toutes les filles de ces finales, que ce soit en Diamond League ou aux championnats d'Europe, sont soutenues financièrement et en équipement par une marque, pas moi. J'ai la chance d'être soutenue par mon club le CA Fribourg, ma fédération, mon université, et j'en suis énormément reconnaissante. Mais j'espère pouvoir me professionnaliser davantage pour partir en camp d'entraînement dans de meilleures conditions, et avoir mon coach à mes côtés sur les compétitions.
C'est aussi l'opportunité de progresser sans avoir ces questions financières en tête?
Exactement. Les années passées, je me demandais toujours si je pouvais me permettre tel camp ou telle compétition. J'ai la chance d'être soutenue par mes parents aussi, mais j'aimerais être plus autonome. Cette année, je vais m'entourer de filles plus fortes à l'entraînement, ce qui implique des camps à l'étranger, en novembre je pars normalement en Afrique du Sud.
Je n'ai pas réussi à me concentrer une seule seconde tellement les oreilles bourdonnaient. Athletissima, c'était mon rêve de petite fille, courir un jour dans le programme principal sur ma discipline.
Un mot sur Athletissima: qu'est-ce que vous retenez, la quatrième place ou le fait de courir devant votre public?
Tout, finalement. Courir devant mon public, c'était une expérience complètement folle, je n'ai pas réussi à me concentrer une seule seconde tellement les oreilles bourdonnaient. Athletissima, c'était mon rêve de petite fille, courir un jour dans le programme principal sur ma discipline. C'est chose faite. Et ma troisième place en finale de Diamond League, c'était complètement inattendu. Des souvenirs gravés à vie.
C'est quoi la suite, votre programme pour les prochaines saisons?
Les deux prochaines années sont hyper importantes. L'année prochaine, c'est une année de construction: d'abord les championnats d'Europe en salle cet hiver, l'année dernière j'avais volontairement fait l'impasse, cette fois j'ai vraiment envie de les faire. Ensuite, le focus principal sera les championnats du monde en Chine fin septembre. Et dans deux ans, il y a les Jeux Olympiques, je me permets d'y rêver vraiment cette fois. On touche du bois!
Le 800 mètres, c'est presque devenu la course la plus attendue des grands rendez-vous.
Ces résultats, c'est une source de pression ou ça vous met plus à l'aise?
J'essaie de ne pas me mettre de pression. Si je suis là aujourd'hui, c'est parce que j'ai beaucoup travaillé, donc je vais continuer dans la même direction. Les meilleures mondiales sont encore un peu loin, j'ai clairement pas fini ma progression. Une saison n'est jamais linéaire, mais si on continue sur la même longueur d'onde avec mon coach, ça ira très bien.
Vous progressez dans une discipline où la concurrence est particulièrement forte, voire démesurée?
On est vraiment dans une era du 800 mètres féminin complètement folle! Avec Audrey qui peut battre le record du monde quasiment à chaque course, mais aussi Keely Hodgkinson, Femke Broeders-Bol et plein d'autres. Le 800 mètres, c'est presque devenu la course la plus attendue des grands rendez-vous, ce qui n'était pas forcément le cas avant. Faire partie des huit meilleures Européennes dans une finale comme ça, ça fait vraiment rêver.


