Nicole Niquille: une vie entre Charmey et Lukla

Elle est la première suissesse à être devenue guide de montagne. Nicole Niquille a aujourd'hui plein d'autres projets en tête. Interview.

En 2026, la guide de montagne fêtera ses 70 ans. © La Télé

La Télé: Pour vous, elle représente quoi la montagne?

Nicole Niquille: La montagne, j'en ai besoin pour vivre. Ça a été le fil conducteur de ma vie. Ça a été mon premier métier d'être guide de montagne. Quand j'ai eu mon accident, j'ai exploité une auberge de montagne pendant 14 ans en Valais, du côté de Taney. La montagne m'a appris la discipline nécessaire pour survivre à un accident qui m'a coûté ma mobilité. J'avais choisi de vivre à l'air, avec les éléments naturels. Tout à coup, je me retrouve, la plupart du temps, à l'intérieur en hiver.

La montagne vous a privé de vos jambes. En 1994, à 38 ans, une pierre vous est tombée sur la tête et vous a rendu partiellement tétraplégique. Vous ne lui en voulez pas un peu à la montagne ?

Non, je la remercie. C'est elle qui m'a aidé à m'en sortir, avec un peu d'humour et d'autodiscipline.

Dans cette exposition, il y a des images en noir et blanc et des haïkus, des poèmes japonais qui questionnent l'attrait de la montagne. Vous, qu'est-ce qui vous a attiré en premier lieu ?

Ce qui m'a attiré dans le métier de guide, c'est que l'on pouvait vivre toute l'année en montagne et vivre de la montagne. C'était ce que je recherchais. Gardienne de cabane ou professeure de ski étaient des métiers saisonniers. Je ne voyais pas d'autres métiers où je pouvais vivre de la montagne, et en montagne.

Après avoir perdu la mobilité, un projet fou est né : la construction d'un hôpital via la fondation Nicole Niquille sur le toit du monde, à Lukla, au Népal. Vous fêtez les 20 vingt ans. Est-ce le projet d'une vie ?

Si ça ne veut pas dire que je n'ai plus de projets, alors oui, c'est le projet d'une vie. J'ai plein de projets à côté. C'est vrai que c'est le projet qui a duré le plus longtemps. C'est le projet de ma vie.

C'était il y a 20 ans. En 2015, il y a un film qui est sorti, L'Everest de Nicole. Il y a eu un terrible tremblement de terre qui a détruit partiellement l'hôpital. Cela a-t-il été un obstacle sur votre chemin ?

Oui, ça a été un obstacle mais les chemins lisses ne sont pas intéressants. Les alpinistes aiment les obstacles et le relief. Il faut trouver une solution.

Vous avez sacrément bien franchi les obstacles puisque en 20 ans, quelque 300'000 personnes ont été soignées dans cet hôpital. En octobre dernier, vous étiez sur place pour célébrer ses 20 ans. Pour que l'hôpital tienne le coup, il faut 450'000 francs par année. C'est aussi un combat que vous menez ?

C'est un défi bien sûr, d'autant plus que cet argent ne vient pas du gouvernement népalais, mais de personnes. Tous les donateurs de l'hôpital, je connais leur nom.

Vous dites que l'argent ne vient pas du gouvernement népalais, mais l'hôpital est reconnu au Népal et le gouvernement agit pour vacciner les enfants ou soigner la tuberculose.

Oui, voilà. L'hôpital est reconnu par le gouvernement. Il a été élu meilleur hôpital du département en 2023. Le gouvernement donne à l'hôpital les médicaments pour le planning familial, contre la tuberculose et pour vacciner les enfants.

Vous avez vécu comment ce moment en octobre dernier, quand vous étiez sur place pour les 20 ans ?

C'était très émouvant. Il y avait une septantaine de personnes suisses qui étaient réunies le 23 octobre dernier à Lukla, sur les contreforts himalayens évidemment, car je n'aurais pas fait un hôpital en plaine. Il se trouve à 2800 mètres, où il faut mériter l'arrivée. C'est une piste d'atterrissage dangereuse.

En est sorti de ses 20 ans le livre "Déplacer les montagnes". Ça aussi, c'est un accomplissement?

Oui, "déplacer les montagnes", c'est un accomplissement. C'est fait avec la complicité de Rob Lewis et Lise Grossrieder et avec le soutien de Pierre Lenzlinger. Le soutien financier vient de lui.

En 2027, vous prévoyez un voyage du côté du Népal.

Oui, en 2027, deux voyages. Un trekking dans le Langtang et simultanément, un voyage dans les Tea Garden de Ilam, à l'est du Népal, à la frontière avec l'Inde. Là-bas, il y a des thés magnifiques et les plantations de thé en automne, c'est quelque chose.

La Télé - Camille Tissot
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