Un stress d"'ampleur inédite" pour les forêts fribourgeoises
La sécheresse marque les forêts fribourgeoises. Le point en huit questions avec le Service de la forêt et de la nature.
Hêtres brunis, épicéas fragilisés, prairies jaunies: la sécheresse de cet été a laissé des traces dans le canton de Fribourg. Si ces dégâts inquiètent, c'est que la forêt joue un rôle bien plus large qu'on ne l'imagine. Elle régule le climat, purifie l'air et l'eau, protège contre les dangers naturels et fournit du bois, tout en abritant près de 40% des espèces animales, végétales et fongiques indigènes de Suisse. Elle a aussi une influence directe sur notre santé physique et psychique.
1. Quelles traces la sécheresse a-t-elle laissées sur les forêts?
Les forêts fribourgeoises, comme la plupart des forêts suisses, font face à un stress d'une ampleur inédite, selon le SFN. Le phénomène touche particulièrement deux essences importantes dans le canton: le hêtre et l'épicéa.
Chez les hêtres, les conséquences sont très visibles: les couronnes brunissent et les arbres perdent leurs feuilles avec une précocité inégalée. Le SFN estime qu'environ 8% des forêts de feuillus sont brunies.
La situation des résineux est plus difficile à évaluer à l'œil nu. Les épicéas subissent pourtant eux aussi un stress important. De nombreux bouleaux, moins présents dans les forêts fribourgeoises, ont également totalement séché.
2. Le retour de la pluie suffira-t-il à régler le problème?
Pas nécessairement. Pour les épicéas notamment, les conséquences de la sécheresse pourraient se prolonger bien au-delà de cet été.
Le manque d'eau affaiblit les arbres et les rend plus vulnérables au bostryche. Le SFN s'attend ainsi à davantage de dégâts liés à cet insecte cette année, mais aussi au cours des années suivantes.
Ce phénomène avait déjà été observé après les périodes caniculaires de 2003 et 2018. Une partie du bilan de la sécheresse actuelle ne pourra donc être dressée qu'avec du recul.
3. Est-il plus dangereux de se promener en forêt?
Le risque a augmenté. Le SFN constate que, de manière générale, les chutes d'arbres et de branches sont devenues plus probables.
Des sentiers ont déjà été fermés en Gruyère et d'autres infrastructures de loisirs pourraient être provisoirement interdites au public pour des raisons de sécurité.
Le Service appelle donc les promeneurs à faire preuve d'une vigilance accrue, notamment à proximité d'arbres présentant des signes de dépérissement: couronne brunie, défoliation précoce ou grosses branches tombées au sol.
Il recommande également de ne pas se rendre en forêt, ou de la quitter, en cas de vents forts. Lorsqu'un sentier est fermé, la signalisation doit être respectée.
Le SFN rappelle néanmoins que la forêt reste un milieu naturel comportant des risques même en temps normal: le risque zéro n'y existe pas.
4. Les prairies jaunies vont-elles repousser?
En principe, oui. Selon le SFN, l'herbe repousse généralement lorsque les conditions hydriques sont rétablies. Un seul été caniculaire ne devrait pas entraîner de conséquences à long terme sur la composition botanique des prairies.
Impossible toutefois de dire combien de pluie sera nécessaire. Tout dépend du sol et de sa capacité à retenir l'eau. Quelques jours de précipitations pourront suffire à certaines prairies, tandis que d'autres pourraient avoir besoin de plusieurs semaines.
Dans certains cas, si la repousse ne se fait pas de manière optimale, un sursemis durant une période pluvieuse pourrait également être nécessaire.
5. Quelles conséquences pour les animaux sauvages?
Les changements de température ainsi que la disponibilité de l'eau et de la nourriture peuvent modifier leur dynamique, leurs déplacements et les interactions entre espèces.
Certaines espèces ont probablement déjà adapté leur comportement. Les cerfs et les autres ongulés ont par exemple pu chercher de la nourriture ou de l'eau dans des secteurs qu'ils fréquentent habituellement peu ou pas. Ces déplacements peuvent augmenter les interactions et la compétition entre espèces.
Les conditions difficiles pourraient également avoir entraîné une mortalité plus importante chez certains individus, en particulier les plus fragiles. Mais les conséquences sur les populations ne pourront être précisées que dans les prochains mois, voire les prochaines années.
6. Faut-il désormais replanter massivement les forêts?
Ce n'est pas la stratégie privilégiée. Pour régénérer les forêts fribourgeoises, le SFN s'appuie principalement sur le rajeunissement naturel.
Lors des soins aux jeunes peuplements, les essences plus adaptées sont systématiquement favorisées lorsqu'elles sont déjà présentes naturellement.
Des plantations peuvent néanmoins compléter ce processus. Les forêts fribourgeoises étant majoritairement composées de hêtres et d'épicéas, l'objectif est de les diversifier avec d'autres essences indigènes davantage résistantes à la sécheresse et à la chaleur. Parmi elles: le chêne sessile, l'érable plane et le tilleul.
Cette transformation prendra toutefois du temps. "On ne peut pas changer la composition d'une forêt en 1, 2 ni même 10 ans", souligne le SFN. En raison de la vitesse de croissance des arbres, plusieurs décennies seront nécessaires.
7. A quoi pourraient ressembler les forêts fribourgeoises à l'avenir?
A l'échelle d'une forêt, dix ou vingt ans représentent peu de temps. Les scénarios élaborés au niveau fédéral se projettent plutôt jusqu'en 2100.
Selon ces modèles, le Plateau fribourgeois pourrait à terme ressembler aux forêts que l'on trouve aujourd'hui dans le sud de la France, avec davantage de chênes, d'érables et de tilleuls. Dans les Préalpes, le SFN s'attend plutôt à une diversification des forêts et à une présence plus importante des feuillus.
8. Quel est finalement le principal risque pour la forêt?
Plus encore que le changement lui-même, c'est sa rapidité qui inquiète le SFN.
Si les températures observées cet été se répètent à des intervalles très courts, les forêts pourraient évoluer trop rapidement pour que les essences mieux adaptées aient le temps de s'installer et de remplacer les arbres dépérissants Dans ce cas, avertit le Service, une phase de dépérissement importante pourrait se produire.
Avec les propriétaires et les exploitants, le SFN cherche désormais à rendre les forêts du canton plus résilientes plus diversifiées, et mieux adaptées à l'évolution du climat.
Reportage dans la Broye fribourgeoise
Après des semaines de sécheresse exceptionnelle, la pluie est enfin revenue. Une bonne nouvelle pour la nature, mais qui arrive trop tard pour certains arbres, déjà marqués par les canicules à répétition. Reportage en compagnie du garde forestier Cédric Bachmann, au Bois des Chênes entre Payerne et Estavayer.




