Un désaveu qui dépasse les clivages

Sa LAFE balayée, le Conseil d'État doit choisir entre un compromis politique courageux ou la facilité. Le commentaire de Loïc Schorderet, co-rédacteur en chef de Radio Fribourg.

Le Conseil d'État doit choisir entre un compromis politique courageux ou la facilité. © KEYSTONE

Ce devait être un match gauche-droite assez classique.

La gauche et les syndicats contre un projet soutenu par les partis bourgeois. Mais ce qui est sorti des urnes ressemble bien davantage à un désaveu de la politique menée par le gouvernement et le parlement fribourgeois.

Du Châtelard, dans la Glâne, à la ville de Fribourg, le non l'a largement emporté. À 69%. Bien plus, donc, que le seul électorat de gauche. Et sans fossé marqué entre ville et campagne. Personne ne s'attendait à un tel score.

Alors comment l'analyser?

Les explications officielles ne suffisent pas

Le Conseil d'État cite la faible participation, un paquet jugé trop complexe, et les bons comptes 2025 du canton, tombés au mauvais moment.

Certes. Mais c'est un peu court.

Ce dimanche, la population n'a sans doute pas voté sur les 18 mesures de la LAFE. Qui peut les citer?

Ce non sec et sonnant exprime plutôt une inquiétude pour les hôpitaux, les crèches, les EMS, le SEJ. Un refus de potentielles coupes. Et un attachement à des prestations publiques de qualité.

La droite dénonce les arguments simplistes des syndicats. Peut-être, mais il faut pourtant entendre une crainte bien réelle dans une partie de la population.

Un paquet mal construit, une carte mal jouée

Que faire maintenant?

Le Conseil d'État n'a voulu froisser personne avec son paquet. Un équilibre des sacrifices. Des économies partout… et nulle part. Pas de hausse d'impôts assumée comme telle.

La non adaptation de la progression à froid, c'était tentant: une hausse d'impôts, sans devoir l'assumer et ni la défendre. Une carte puissante — 30 millions par année — mais mal jouée.

Aujourd'hui, une hausse d'impôts, une vraie, semble difficilement évitable pour 2027.

Mais la majorité de droite du gouvernement et du parlement osera-t-elle l'assumer avant les élections? Et pourra-t-elle compter sur la gauche pour la soutenir avec conviction, elle qui refuse les coupes?

Facilité ou ambition?

Il reste désormais deux choix au Conseil d'État.

Soit réussir à construire un compromis ambitieux, capable de convaincre à droite, mais aussi à gauche… Quelques mesures fortes. Une vision politique claire. Et assumée.

Soit couper partout où il le peut, geler des postes, renoncer ou reporter des projets.

Ce n'est pas le message que la population a envoyé dimanche. Mais c'est la voie la plus simple. Tout en pouvant rejeter la faute sur la gauche.

Alors le Conseil d'État choisira-t-il la facilité… ou l'ambition?

RadioFr. - Loïc Schorderet
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