Tchernobyl, 40 ans après: "En Suisse, un calme absolu"

Ancien journaliste au Blick en 1986, Isidore Raposo se souvient de la réaction de la Suisse face à la catastrophe. Il nous raconte.

Isidore Raposo a couvert la catastrophe en Suisse. © La Télé

La Télé: Le 26 avril 1986, un accident nucléaire majeur se produisait : un test de sécurité tournait à la catastrophe et conduisait à l'explosion d'un réacteur de la centrale de Tchernobyl. Cet événement fera la une des médias et vous, Isidore Raposo, vous étiez journaliste au Blick à cette époque. Comment l’information est-elle arrivée en Suisse ?

Isidore Raposo: L’information a mis passablement de temps à se répandre. Contrairement à la crise pétrolière de 1973, où il y avait eu des mouvements de panique, là, rien du tout. La vie continuait comme si de rien n’était.

En tant que journaliste, comment travailliez-vous pour obtenir des informations ?

Il fallait vraiment aller à la pêche aux informations. J’étais le correspondant romand du Blick, c’était Zurich qui pilotait. Au début, on disait qu'on ne risquait rien et que le nuage radioactif était parti vers la Suède et la Finlande. Puis on a réalisé que les vents l’avaient amené en Suisse. À partir de ce moment, nous avons commencé à prendre l’affaire plus au sérieux.

Quelle était l’atmosphère en Suisse ? Y avait-il de la paranoïa ?

Absolument pas. Si on regarde ce qui s’est passé avec le Covid, rien à voir. C’était un calme absolu. On pouvait aller au marché à la Riponne ou à Yverdon, les jeunes continuaient à acheter. La seule recommandation du Conseil fédéral était de laver les salades et les légumes hors de terre. Aucune interdiction.

Des images d'archives circulent ces jours-ci, où l'on voit des journalistes mesurer la radioactivité sur les produits alimentaires. Vous l'avez fait ?

Personnellement, je ne l’ai pas fait, mais des collègues de Saint-Gall, oui. On était un peu dans le cirque, le spectacle, car il n’y avait pas vraiment d’inquiétude. C’est venu plus tard, avec un effet retard, notamment quand on a constaté que les pluies du 30 avril ou du 1er mai avaient précipité les particules au sol et qu’au Tessin, le taux de césium était très élevé. Là, on a commencé à avoir quelques craintes.

Les autorités sont-elles intervenues rapidement ?

Pas rapidement, et en tout cas pas avec la solennité qu’on a vue lors du Covid. C’était tout à fait calme. Des recommandations, pas d’interdictions. Je me souviens seulement de l’interdiction de pêcher dans le lac de Lugano et d’une consigne sur la consommation de gibier, qui mangeait tout ce qui se trouvait dans la nature et donc était potentiellement touché. Mais ça n’allait pas au-delà.

Quand vous avez découvert l’ampleur de la catastrophe, quelle a été votre réaction ?

J’ai pensé aux marches antinucléaires depuis 1975, qui attiraient des milliers de personnes. On regardait ça à distance en se disant qu’ils évoluaient dans un monde théorique. Là, on a réalisé que l’accident nucléaire était du domaine du possible. On ne pouvait plus se moquer de leurs actions. Les autorités ont ensuite commencé à pratiquer la transparence pour rassurer, mais tout s’est fait avec un grand calme.

Si une telle catastrophe se produisait aujourd’hui, l’information circulerait-elle différemment ?

Malgré toutes les tentatives pour la bloquer, je pense que ça transpirerait très, très rapidement. Les réseaux sociaux diffuseraient l’information en quelques heures.

La Télé - Gaël Longchamp
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