Une taxe pour le tourisme bientôt introduite à Gruyères
Les entreprises à but lucratif devront payer entre 100 et 5000 francs par année. Réactions de commerçants et explications du syndic.

Toutes les entreprises à but lucratif de la commune de Gruyères devront bientôt payer un montant compris entre 100 et 5000 francs par année. Cela concerne les restaurants, les hôtels, les buvettes, les remontées mécaniques, mais aussi les boutiques de souvenirs, les sociétés, les coiffeurs ou encore par exemple les agriculteurs.
Les commerces seront taxés en fonction de leur patente (nombre de lits ou de places assises pour les hôtels et restaurants) ou d'après leur superficie pour les boutiques.
Parmi celles qui paieront le tarif minimum de 100 francs figurent 80 à 90 entreprises, sans lien direct avec le tourisme. Les remontées mécaniques du Moléson paieront par contre le maximum de 5000 francs.
Compenser la fin des cotisations volontaires
Avec l'introduction de cette taxe, permise par la nouvelle loi sur le tourisme, la commune de Gruyères veut remplacer les cotisations versées volontairement par certains commerçants jusqu'à la fin 2023 et qui rapportaient 51'000 francs.
Un groupe de travail réunissant une dizaine d'acteurs du milieu touristique a cherché des solutions pour combler le manque à gagner, laissé par la dissolution de la société de développement. La taxe touristique permettrait de réunir 80'000 francs, selon la commune.
L'assemblée communale a validé cette proposition en décembre. La commune de Gruyères serait la première à introduire une telle taxe dans le canton de Fribourg.
Le Conseil d'Etat doit maintenant la valider. Elle pourrait entrer en vigueur ce printemps ou cet été.
Réactions mitigées des commerçants
Cette nouvelle taxe est accueillie plus ou moins bien par les commerçants et commerçantes de Gruyères. Philippe Girardon du restaurant Le Bonnet rouge se montre compréhensif.
J'ai le plus petit établissement de Gruyères, donc selon mes estimations cette taxe devrait me revenir à environ 200 francs. C'est supportable. Mais avec cet argent, j'aimerais que la commune améliore les parkings et organise à nouveau un feu d'artifice. Dans ce cas, je suis d'accord de mettre 20 francs en plus!

D'autres commerçants sont moins enthousiastes. Valéry Saurat tient la boutique Au filet de Gruyères. Pour lui, la taxation en fonction de la superficie est incohérente et surtout le tourisme dans la cité médiévale n'a pas besoin de plus de moyens.
Gruyères est connue mondialement. Ce n'est pas une bonne idée d'en rajouter une couche au niveau promotion. Il y a assez de visiteurs et assez d'événements et d'animations. L'Office du tourisme fait un très bon travail.
La commune répond que, pour des raisons de confidentialité notamment, il n'est pas possible de taxer les entreprises d'après leur chiffre d'affaires. Pour le syndic de Gruyères, c'est surtout la transition d'une cotisation volontaire à une taxe obligatoire qui pose problème auprès de la population et qui doit être bien expliquée.

Mais pourquoi ne pas exempter certaines catégories de commerces, ayant un lien plus ténu avec le tourisme, comme les salons de coiffure ou les agriculteurs? "Personne n'aime les taxes, moi le premier! Mais il s'agit en fait d'un impôt et tout le monde doit le payer, par solidarité. On ne peut pas faire d'exception. Dans une commune comme la nôtre, nous sommes toutes et tous influencés par le tourisme. Par contre, nous avons prévu des tarifs différenciés par zones, car ce n'est pas la même chose d'être en plein centre de Gruyères ou à Epagny par exemple", explique Jean-Pierre Doutaz.
Le syndic assure que l'argent récolté sera entièrement réinvesti dans la promotion du tourisme et l'événementiel à Gruyères, pour des animations déjà existantes comme le marché de Noël par exemple ou de nouveaux projets.
Concernant le flux de touristes, Jean-Pierre Doutaz estime que le mot "surtourisme" est exagéré pour parler de Gruyères, même s'il reconnaît qu'il y a a effectivement une surcharge certains week-ends.
On a clairement un problème de stationnement et d'accessiblité. Notre projet pour doubler les places de parc disponibles est bloqué au canton depuis 2017.

Pour améliorer la situation, la commune aimerait déjà dans un premier temps mettre en place une signalisation pour aiguiller les automobilistes vers les places de parc libres dans les différents parkings.


