Gaétan Zurkinden: "L’action syndicale paie"
Réuni en assemblée mardi, le Syndicat des services publics (SSP) a fait le point. Entretien avec son secrétaire régional.

Radio Fribourg: L’assemblée des délégués et l’assemblée générale du SSP ont eu lieu hier soir. De juin 2025 à juin 2026, quel bilan tirez-vous de cette année?
Gaëtan Zurkinden: Ce mardi était l’occasion de se réjouir après cette victoire du 26 avril lors de la votation sur le plan d’austérité du Conseil d’État. Nous avons réussi à balayer ces mesures d’économie et avons été largement suivis par la population.
C’est l’aboutissement d’une année très riche en activités syndicales et en mobilisations. Deux manifestations ont réuni beaucoup de monde l’an dernier, ainsi qu’une journée d’action et de grève qui a rassemblé 4000 salariés. Ces mobilisations exceptionnelles débouchent aujourd’hui sur un résultat très concret. Cela montre que l’action syndicale paie.
Vous avez parlé d’aboutissement. Pourtant, ce n’est pas fini. Avec cette victoire, on imagine que de nouvelles responsabilités incombent aussi au SSP.
Ce que nous avons surtout voulu faire, c’est renvoyer la responsabilité au Conseil d’État. Lorsqu’un projet est soutenu par le Conseil d’État in corpore, par deux tiers des députés, par trois des quatre partis gouvernementaux, par les milieux économiques et patronaux, et qu’il ne récolte que 31 % des voix, c’est que ses promoteurs se sont totalement trompés. Ce n’est pas une défaite, c’est une déroute. Un gouvernement devrait en tirer les conclusions.
Le Conseil d’État continue avec le même logiciel et ne veut pas réellement appliquer la volonté populaire.
Aujourd’hui, le Conseil d’État a retiré les mesures de la LAFE, il n’avait pas le choix. Il indexera les salaires l’année prochaine, même s’il tentera probablement de limiter cette indexation au maximum. Mais il continue avec le même logiciel et ne veut pas réellement appliquer la volonté populaire.
Or, cette volonté populaire est claire : donner davantage de moyens au service public et mettre fin à un frein à l’endettement qui n’a pas de sens. La résolution votée hier soir demande donc au Conseil d’État d’appliquer le résultat du vote et de changer les règles du jeu en matière de gestion du service public.
Toute cette campagne contre la LAFE a fortement mis en lumière le SSP. Pourtant, lorsqu’on regarde l’évolution du nombre de membres, on ne constate pas de forte hausse en juin 2026 (1808 membres). Est-ce une déception?
Non. Nous constatons une stabilité du nombre de membres, mais nous ne sommes qu’au mois de juin et les statistiques sont généralement établies à la fin de l’année. Nous avons également connu une forte croissance ces dernières années.
Nous avons quasiment doublé notre nombre de membres entre 2010 et 2020. Nous sommes un syndicat qui gagne régulièrement des membres et qui continue de se développer. En parallèle, nous constatons aussi un renforcement de notre présence sur les lieux de travail.
Financièrement, une campagne comme celle-ci représente un coût important. La victoire contre la LAFE a-t-elle rapporté plus qu’elle n’a coûté?
Nos comptes sont serrés, équilibrés et légèrement bénéficiaires. Nous avons donc une situation financière stable. Nous avons engagé des moyens financiers conséquents dans cette campagne parce que c’était nécessaire. Notre budget annuel est de l’ordre de 400'000 francs.
Quelles seront les principales batailles des prochains mois?
Il y a deux échéances importantes. La première concerne les salaires. Cela fait deux ans que les salariés de la fonction publique et parapublique n’ont pas bénéficié d’une indexation, ce qui représente une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 3 à 4 %. L’année prochaine, le Conseil d’État devra indexer les salaires et nous voulons une indexation qui compense réellement cette perte, soit environ 3 %. Il faudra évidemment se battre pour l’obtenir.
Notre rôle est donc de pousser l'État de Fribourg à ouvrir les cordons de la bourse.
Le deuxième axe concerne la poursuite de la politique d’austérité du Conseil d’État à travers les mesures du PAF. La LAFE a été rejetée en votation populaire, mais certaines mesures d’économie sont maintenues, notamment le moratoire sur la revalorisation des fonctions de la santé. Nous allons nous mobiliser pour le faire supprimer et pour que les infirmières, sages-femmes, ASSC et autres professions de la santé bénéficient enfin d’une égalité salariale avec les autres fonctions de l’État de Fribourg.
Certains de vos opposants disent que les syndicats ne sont jamais satisfaits et qu’ils sont systématiquement dans l’opposition. Est-ce qu'un accord avec le Conseil d’État peut être trouvé?
Nous espérons que cela arrivera. Avec ce Conseil d’État-là, je ne crois pas que ce sera le cas, parce que même après avoir pris une veste avec seulement 31 % des voix, il n’a toujours pas compris le message. Mais nous espérons que cela change.
Nous sommes là pour faire avancer les choses, améliorer le service public et revaloriser des métiers essentiels. L’État de Fribourg dispose des moyens financiers nécessaires pour le faire.
Notre rôle est donc de le pousser à ouvrir les cordons de la bourse. Il faut aussi remettre en question les nombreux cadeaux fiscaux accordés aux plus riches, aux hauts revenus et aux grandes fortunes. Il est temps que cet argent revienne à celles et ceux qui disposent de moins de moyens financiers et qui peinent souvent à boucler leurs fins de mois.


