Sanija Ameti condamnée avec sursis à Zurich

La co-présidente d'Opération Libero Sanija Ameti écope d'une peine pécuniaire avec sursis. La justice zurichoise l'a reconnue coupable d'atteinte à la liberté de croyance et des cultes. En 2024, elle avait tiré sur une image pieuse et publié des photos de son acte.

L'actuelle co-présidente d'Operation Libero, Sanija Ameti écope d'une peine pécuniaire avec sursis plus légère que ce qu'exigeait le procureur. © KEYSTONE/CLAUDIO THOMA

Le Tribunal de district de Zurich a condamné mercredi l'ex-membre de la direction cantonale des Vert'libéraux à une peine avec sursis de 60 jours-amende à 50 francs. Son avocat avait demandé l'acquittement. Le Ministère public avait exigé une peine de 100 jours-amende à 100 francs avec sursis ainsi que 2500 francs d'amende.

"Nous partons de l'idée que votre but n'était pas de rabaisser le christianisme", a déclaré le président du tribunal en s'adressant à Sanija Ameti lorsqu'il a prononcé le jugement. Il a expliqué ainsi la sanction plus légère que celle requise par l'accusation.

Durant le procès qui s'est déroulé en matinée, les juges ont renoncé à interroger l'accusée âgée de 34 ans. Celle-ci avait annoncé d'emblée qu'elle refusait de répondre aux questions et qu'elle ne souhaitait pas s'exprimer.

Post controversé sur Instagram

En septembre 2024, Sanija Ameti avait posté sur Instagram une photo montrant une image pieuse représentant Jésus et Marie, criblée de balles. Une autre photo publiée conjointement la montrait en train de viser cette image issue d'un catalogue de vente aux enchères. La publication était accompagnée du commentaire "Désactiver".

Durant l'enquête, Sanija Ameti avait déclaré qu'elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait tiré sur la photo d'une représentation de Jésus et de Marie. "Elle doit tout de même avoir vu les visages de Marie et de Jésus", s'est exclamé le procureur. Selon ce dernier, la politicienne avait prévu d'emblée de publier les photos de son acte. Une provocation flagrante et gratuite d'après lui.

Le représentant du Ministère public a dénoncé, tout autant, les attaques verbales haineuses que la prévenue a subies après son acte présumé, et qui ont nécessité une protection policière. Cependant, il a rappelé à Sanija Ameti qu'elle devait, elle aussi, respecter la loi.

Pas de réels regrets

La politicienne n'a montré aucun réel regret, a-t-il estimé. Selon lui, elle s'est seulement rendu compte qu'elle était allée trop loin et qu'elle avait ainsi mis en danger sa propre carrière politique.

Frappée d'une procédure d'expulsion des Vert'libéraux après son acte, elle a pris les devants en quittant le parti. Elue en 2022 au parlement communal de Zurich, elle ne se représente pas aux élections du 8 mars. Co-présidente du mouvement progressiste et pro-européen Opération Libero depuis quatre ans, elle quitte également cette fonction au printemps.

Les plaignants et leur "agenda politique"

Pour l'avocat des plaignants, parmi lesquels figurent le président des Jeunes UDC Nils Fiechter et son épouse, ainsi que le président du mouvement antivax Mass-Voll, Nicolas Rimoldi, Sanija Ameti "a insulté des millions de chrétiens" en tirant une vingtaine de coups de feu sur l'image pieuse. Il s'agit d'une moquerie grossière de symboles chrétiens, d'après lui. La Cour a refusé, cependant, d'accorder des réparations pour tort moral aux plaignants.

Selon le défenseur de Sanija Ameti il n'y a "aucune preuve qu'elle ait mis en danger la paix publique". Pour lui, il semble évident que les plaignants ont abusé de cette procédure pour leurs propres intérêts politiques.

Traumatisme de guerre

La défense a contesté, en vain, que les tirs de la politicienne constituent une attaque contre les convictions d'autres personnes ni un blasphème. Selon l'avocat, il s'agit d'une répercussion d'un traumatisme de guerre, vécu par Sanija Ameti en Bosnie lorsqu'elle était enfant en bas âge.

Son frère aîné a alors été tué sous ses yeux. Elle n'en a parlé à personne durant 30 ans. Ses tirs avaient pour but de se libérer de la voie sans issue de la douleur.

Après le jugement, Sanija Ameti a convoqué les médias devant le Kunsthaus, sans y apparaître. A sa place, une chaise vide, une assiette remplie de saucisses, accompagnée de l'inscription "Saucisses pour la liberté", et le texte écrit d'un discours rédigé par la politicienne attendaient les journalistes. Dans ce texte, elle déclare vouloir ainsi disparaître de l'espace public et retrouver l'anonymat.

ATS
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