Printemps noir pour les rivières du canton de Fribourg

Depuis le début de l'année, les cas de pollution des cours d'eau s'enchaînent. Inquiet, le canton rappelle les bons gestes à adopter.

Les pollutions de cours sont en hausse en Suisse, alertent Eric Mennel et Christophe Joerin. © La Télé

Dans le canton de Fribourg, le Service de l'environnement (SEn) intervient en moyenne une fois par semaine pour des cas de pollution des cours d'eau ou des sols. 76 cas ont été signalés en 2025. 59 depuis le début de l'année 2026. Il y a eu le Tiguelet (Corminboeuf), le Dybach (Greng) et les Nillettes (Villarsel) en avril, le Dion (Vuadens) en mai, la Jogne (Broc) en juin. La liste n'est pas exhaustive, mais la tendance est bien réelle: les pollutions sont en hausse.

"La situation nous inquiète parce que les deux dernières années étaient relativement stables. Et puis là, tout à coup, on a quasiment la même quantité de pollution sur six mois que sur trois trimestres", constate Eric Mennel, chef de la section protection des eaux au service de l'environnement.

Le SEn a donc décidé d'organiser une conférence de presse lundi après-midi, au bord du Tiguelet à Corminboeuf. Le but: rappeler les bonnes pratiques pour les privés et éviter les nouvelles pollutions.

Explications difficiles

Pourquoi faire cette prévention maintenant? "Il y a une explosion des cas de pollution des cours d'eau depuis le début de l'année", alerte Christophe Joerin, chef du SEn. Le constat est clair, mais donner une explication à cette augmentation est plus compliqué. Christophe Joerin parle "de hasard".

"Certaines pollutions dépendent des conditions météorologiques", explique de son côté Eric Mennel. "Quand on parle d'épandage sur sol gelé, par exemple, ou sur sol très humide. Est-ce que la météo a été plus favorable à certains types de pollution? C'est une des explications. Autrement, on n'a pas d'explication particulière", regrette-t-il.

Des contrôles suffisants?

Les causes de ces pollutions sont multiples. "On a des pollutions qui viennent du milieu industriel par des accidents, des erreurs de manipulation dans les exploitations agricoles, ou des privés dans l'entretien des terrasses qui utilisent de l'eau de Javel qui peut s'écouler directement dans les canalisations en direction des cours d'eau", liste Christophe Joerin.

Mais alors, est-ce qu'il y a assez de contrôles? "Oui", répond Eric Mennel. "On a un rythme de contrôle de toutes les exploitations agricoles qui se fait sur 4 ans. En général, il n'y a pas de changement rapide dans une exploitation. Si on découvre une défaillance, on répète le contrôle l'année suivante pour s'assurer que l'assainissement est fait. On fonctionne de la même manière pour les entreprises. On a aussi des contrôles sur les chantiers. On peut toujours faire plus, mais il faut aussi se rendre compte que dans la plupart des cas, ça fonctionne bien."

Des rivières meurtries 

Ces pollutions, dans les cas les plus graves, causent des morts de poissons, comme cela a été le cas à Heitenried au mois de mars ou à Galmiz en avril dernier. Cela arrive dans un cas sur quatre. Dans ces cas-là, la rivière aura besoin de plusieurs années, jusqu'à six ans, pour se renouveler.

Heureusement, ces cas ne sont pas la norme. "Pour les trois quarts des pollutions constatées, les effets sont limités ou sont relativement faibles", rassure Eric Mennel.

En cas de pollutions, ce sont les petits ruisseaux, avec peu d'écoulement, qui sont les plus fortement touchés. Les cours d'eau en milieu urbain, à l'instar de l'Ondine à Bulle ou du Tiguelet à Corminboeuf, sont les plus à risque.

Rappel des bons gestes

Le retour des beaux jours marque le retour de nombreuses pratiques à risques : désherbages, nettoyage de terrasse, vidange et entretien de piscine, travaux de bricolage.

"On fait appel à la vigilance des personnes pour qu'elles soient prudentes dans leurs gestes, surtout au moment d'entretenir leur jardin, pour ne pas déverser des herbicides, des produits polluants dans les canalisations et ainsi vraiment protéger les cours d'eau", explique Christophe Joerin.

  • Les grilles de route et les caniveaux ne doivent jamais être utilisés pour évacuer des déchet ou des eaux sales. 
  • Les piscines privés sont régulièrement à l'origine de pollutions. Avant la vidange, il est impératif de cesser l'utilisation de produits (chlore, brome, électrolyse) au minimum 48 heures à l'avance. Les eaux doivent être évacuées vers une station d'épuration. 
  • l'utilisation d'herbicides, eau de javel, vinaigre, sel est interdite pour le nettoyage des toitures, terrasses, places. 

Si vous êtes témoin d'une pollution, vous devez appeler la police au 117. Les auteurs de pollutions sont dénoncés aux autorités pénales. L'auteur risque 180 jours-amende s'il a agi par négligence; une peine de prison de trois ans au plus ou d'une amende s'il a agi intentionnellement.

RadioFr. - Vincent Dousse
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