10 ans après, la pisciculture d'Estavayer repart, mais...

La pisciculture d'Estavayer a enfin été rénovée. Mais est-ce vraiment la solution face à la chute de certaines populations de poissons dans le lac de Neuchâtel?

La pisciculture d'Estavayer-le-Lac est une bonne nouvelle, mais ne sera pas une solution "miracle" face au déclin des populations de poissons. © KEYSTONE / Radio Fribourg
La pisciculture d'Estavayer-le-Lac est une bonne nouvelle, mais ne sera pas une solution "miracle" face au déclin des populations de poissons. © KEYSTONE / Radio Fribourg
La pisciculture d'Estavayer-le-Lac est une bonne nouvelle, mais ne sera pas une solution "miracle" face au déclin des populations de poissons. © KEYSTONE / Radio Fribourg
La pisciculture d'Estavayer-le-Lac est une bonne nouvelle, mais ne sera pas une solution "miracle" face au déclin des populations de poissons. © KEYSTONE / Radio Fribourg
La pisciculture d'Estavayer-le-Lac est une bonne nouvelle, mais ne sera pas une solution "miracle" face au déclin des populations de poissons. © KEYSTONE / Radio Fribourg
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"Quand on est venu m'expliquer la situation du projet et tous les problèmes qui étaient liés, je n'y ai pas cru", souffle Didier Castella, Conseiller d’Etat, Directeur des institutions, de l'agriculture et des forêts. "C'était au tout début de ma fonction. J'ai cru qu'on me testait et qu'il y avait une caméra cachée. Les problèmes étaient énormes, conséquents. C'était un cauchemar. Mais aujourd'hui, on espère qu'on commence un beau rêve."

Lundi, la remise officielle des installations de la pisciculture d'Estavayer-le-Lac à ses exploitants sonnait comme un soulagement après la débâcle à plusieurs millions subie à la suite de sa première inauguration en 2016. Pour marquer le coup, les conseillers d’Etat fribourgeois Jean‐François Steiert, directeur des infrastructures, et Didier Castella ont remis lundi l’ouvrage rénové lors d'une cérémonie officielle.

J'ai cru qu'on me testait et qu'il y avait une caméra cachée. Les problèmes étaient énormes, conséquents. C'était un cauchemar.

"L’histoire de l'infrastructure n’a pas suivi une ligne droite", a relevé devant la presse Jean-François Steiert, en évoquant les difficultés rencontrées depuis dix ans. Il a simultanément salué "la persévérance des personnes qui ont continué à chercher des solutions" au fil du temps. Le chantier a démarré en 2024.

"Un dossier qui a déchiré pendant trop d'années"

Les travaux ont porté sur la correction des défauts de conception, le renouvellement des installations techniques, la réorganisation des espaces, la création d’un nouveau système d’alimentation en eau du lac ainsi que la mise en place d’équipements de production adaptés aux exigences de l’aquaculture moderne.

Le site repose sur "une gouvernance renforcée, des standards modernes, et une conception centrée sur la robustesse, la biosécurité et les besoins des utilisateurs", a dit Didier Castella qui regrette "un dossier qui a déchiré pendant trop d'années". La montée en puissance de la production surviendra progressivement jusqu’en 2027, avec des phases de test selon les différentes espèces.

A terme, la pisciculture pourra produire jusqu’à 25 millions d’alevins de palées, 10 millions de bondelles, 200'000 brochets et 200'000 truites lacustres par année. La production effective dépendra toutefois de la disponibilité des œufs. Prélevés par les pêcheurs directement dans la nature, leur taux de survie est ensuite plus élevé en pisciculture. Et les exemples sont parfois grands... Cette année, trois décilitres d'œufs de bondelle ont été produit pour le lac de Neuchâtel. Environ 25'000 œufs qui tiennent dans un verre de coca. 

Une solution, vraiment?

Thomas Janssens a cependant rappelé que, "malgré des objectifs de production ambitieux, la pisciculture dépend des populations naturelles et ne peut pas compenser à elle seule les défis environnementaux affectant les poissons". Elle constitue un "levier parmi d’autres", a souligné le spécialiste. Didier Castella prévient également: "ça n'est pas la solution miracle". 

Même son de cloche pour Manuel Pompini, Inspecteur cantonal de la pêche au Service des forêts et de la nature (SFN), qui tempère l'enthousiasme ambiant. Il explique que la chute livre des populations de palées et de bondelles depuis 2016 ne va pas s'arrêter avec seulement cette pisciculture. 

"Ce coup de pouce, ce n'est pas la solution, regrette Manuel Pompini. C'est le problème réel qu'il faudrait traiter, mais c'est beaucoup plus compliqué à traiter. On a la température de l'eau, la qualité de l'eau, il y a de nombreux paramètres dans le lac qui font que la situation est moins bonne. Pour ce qui est des cours d'eau, c'est encore pire. Les cours d'eau tombent à sec, la Broye est actuellement à 28 degrés. Ce n'est pas avec des mesures de rempoissonnement qu'on résout ces problèmes-là.

Ce coup de pouce, ce n'est pas la solution. C'est le problème réel qu'il faudrait traiter, mais c'est beaucoup plus compliqué.

Long feuilleton

"Il faut ne pas donner des budgets trop bas, et dont on sait qu'ils vont être dépassés", a insisté Jean-François Steiert à propos du feuilleton de la pisciculture. "Les conditions ne sont pas toutes simples, avec la température de l'eau qui monte", a ajouté le ministre à propos de l'exploitation proprement dite.

Les députés avaient accepté en juin 2024 un crédit de 3,56 millions de francs pour la réhabilitation de l'installation, après un très vif débat. De quoi rappeler celui de 2020 qui avait conduit à l'instauration d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur une pisciculture inaugurée en 2016 pour 2,4 millions.

Ensuite, le Grand Conseil avait accepté en novembre 2021 la remise en état par 87 voix contre 10 et 9 abstentions, donnant un mandat "clair" au Conseil d'Etat de rendre la pisciculture fonctionnelle. Il a fallu constituer un comité de pilotage, avec la reprise complète des études pour un ouvrage décrit comme "très particulier".

ATS / RadioFr. - Nathan Clément
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