Où va l’argent des Girons de jeunesse?
Les Girons de jeunesse réalisent d’importants bénéfices. De quel montant parle-t-on et à quoi sert cet argent?

Chaque été, le même rituel a lieu dans les districts du canton de Fribourg. Une tonnelle, des copeaux, des jeux, des jeunesses, des lotos, des soupers spectacles, des cortèges, et des chars. Les Girons de jeunesse font vibrer tout un village et des milliers de visiteurs.
Depuis une trentaine d’année, voire un peu plus pour les Rencontres des jeunesses gruériennes (RJG), les jeunesses organisent ces fêtes devenues de grosses machines, en témoigne l’affluence, mais aussi les budgets et les bénéfices réalisés, tendanciellement en hausse depuis la pandémie de Covid.
Alors que les jeunesses sont sur le pont pour organiser les prochains Girons, nous vous proposons un focus sur les éditions de l’été dernier: Torny, Châtel-St-Denis, Murist, Autigny et Broc. Avec cette question: à quoi sert le bénéfice de ces fêtes?
Des budgets qui donnent le vertige
Quand on regarde les chiffres de ces manifestations, ils donnent le tournis. 850’000 francs de budget pour Autigny, 665’000 pour Torny (un premier budget revu à la hausse par la suite), 1.2 million pour Châtels-St-Denis, 1.5 million pour Broc et 700’000 francs pour Murist. A titre de comparaison, le budget de la première équipe du Fribourg Olympic, le club de basket le plus titré de Suisse, s’élève à 1.4 million de francs.
Ensuite, parce que les organisateurs des Girons communiquent certains chiffres à l’issue des fêtes: visiteurs, litres de bières vendus, litres d’eau, portions de frites ou encore chicken nuggets. Et eux aussi impressionnent. En revanche, le grand public, celles et ceux qui ne font pas partie de l’entourage de la fête, en sait beaucoup moins sur les bénéfices réalisés et l’utilisation de cet argent.
Une communication très limitée sur les bénéfices
Les organisateurs des Girons d’Autigny, de Châtel-St-Denis et des RJG de Broc ne souhaitent pas communiquer les bénéfices à large échelle. Pourquoi? "Nous ne voulons pas participer à cette course de celui qui fait le plus grand bénéfice, explique Daniel Bovet, président du comité d’organisation d’Autigny 2025. Nous savons que les bénéfices des Girons est un sujet sensible. Les gens n’entendent souvent que les chiffres globaux à la fin. Mais c’est vrai que si cela se passe bien et que la météo est favorable, les chiffres peuvent être importants."
Daniel Bovet précise qu’il a communiqué le montant du bénéfice à "plus de 1000 personnes lors de diverses assemblées", mais pour lui, annoncer ce chiffre à large échelle ne rend pas service aux futurs organisateurs. "Cela peut les prétériter dans les négociations avec des sponsors. Ce n'est pas une compétition pour savoir qui fait le plus grand bénéfice." Il faut savoir qu’une grande partie des ressources de ces fêtes proviennent précisément de sponsorings, répartis entre des services et de l’argent liquide. Il est question de centaines de milliers de francs. Il s'agit donc d'un enjeu clé de ces fêtes.
A Châtel-St-Denis, Steve Grumser, président du comité d’organisation, ne souhaite pas non plus communiquer le bénéfice réalisé. "C’est plus important de faire une belle fête que de communiquer des chiffres", dit-il.
A Broc, les organisateurs des RJG 2025 affirment ne pas être encore en mesure de transmettre des chiffres. "Nous venons à peine de recevoir toutes les factures, nous ne sommes pas prêts à communiquer, mais nous le ferons prochainement", assure Bastien Postiguillo, président du comité d’organisation. Nous ne saurons donc rien de l’éventuel bénéfice, ni de son utilisation.
Les Girons de Torny et de Murist ont tous les deux bouclé sur un bénéfice estimé de plus de 200’000 francs. "Un chiffre exceptionnel", selon Guillaume Duruz, président du comité d’organisation de Murist 2025.
A quoi sert cet argent?
A Châtel-St-Denis, tout le bénéfice revient à la jeunesse. Le comité d’organisation va superviser l’utilisation de cet argent, mais laisse la jeunesse choisir. Ailleurs, il est réparti entre la jeunesse, différentes sociétés et projets pour le village.
A Autigny, les organisateurs ont prévu une clé de répartition avant la fête pour éviter toute mésentente et réclamation. "La Jeunesse d'Autigny a décidé d'acheter un châssis de char pour participer aux prochaines éditions, du matériel de sonorisation pour rénover leurs locaux et organiser un voyage, soit pour environ 50 personnes à un prix qui oscillent entre 1000 et 1500 francs, ce qui représente déjà de grandes sommes. Nous avons pris ce total, accordé ce qu'ils demandaient pour leurs projets et nous avons redistribué le reste. Nous avons ainsi distribué entre 200'000 et 220'000 francs", détaille Daniel Bovet.
En détails, la Jeunesse d’Autigny a reçu 150’000 francs, le reste du bénéfice a été assigné à un projet pour la population d’Autigny (93’000 francs), pour l’animation du home de Cottens (23’000 francs), la fanfare (12’000 francs), le ski club (12’000 francs), le choeur mixte (12’000 francs), ainsi que l’ARFEA – l’Association Romande des Familles d’Enfants atteints d’un cancer (23’000 francs).
A Murist dans la Broye, la jeunesse touche les deux tiers du bénéfice. Deux dons de 2’500 francs ont été effectués à la Ligue suisse contre le cancer et à l’association romande Flavie pour les victimes de brûlures. Toutes les société du village, plus d’une dizaine, ont reçu 1’000 francs chacune. "C’est nouveau pour la Broye de faire ces dons, explique Guillaume Duruz, président du comité d’organisation de Murist 2025, on s’est inspiré de ce qui se fait dans les autres districts."
A Torny, le comité d’organisation a décidé de reverser 150’000 francs à la jeunesse, 10’000 francs pour trois associations de lutte contre le cancer, 10’000 francs pour un projet qui sera mené en collaboration avec la commune et 15’000 francs pour les sociétés locales, proportionnellement au soutien qu’elles ont apporté à l’organisation de la fête.
Dans chaque Giron, une certaine somme est aussi attribuée au comité pour l’organisation d’une sortie et pour les différentes commissions. Un souper de remerciement est aussi offert aux bénévoles. Il coûte plusieurs milliers de francs aux organisateurs.
Pas sans risques
Face à ces gros chiffres, Daniel Bovet met en exergue les risques pris par les organisateurs: "Oui, nous avons très bien réussi, mais il faut quand même rappeler que nous sommes partis de zéro. Nous avons dû avancer 60'000 francs pour démarrer et assurer la liquidité. Nous avons commencé le premier jour du Giron avec moins 350’000 francs. Il faut donc réaliser que si nous avions eu deux ou trois jours de tempête, nous aurions perdu 350'000 francs, et personne ne couvre ces risques-là."
Toujours selon Daniel Bovet, le travail bénévole pour organiser un Giron est énorme et il faut mettre en perspective cet engagement avec le bénéfice réalisé: "Il y a entre deux et trois ans de travail bénévole. Il ne faut pas être non plus envieux du succès des autres. Mais il ne faut pas dégoûter les investisseurs. On a eu quelques remarques de gens qui trouvaient que ça prenait des grosses proportions. Alors, effectivement, ça prend de grosses proportions, mais le travail derrière est proportionnel aux bénéfices en cas de réussite."


