Oscars: duel entre "Sinners" et "Une bataille après l'autre"

Avec un duel serré entre "Sinners" et "Une bataille après l'autre", et la plupart des catégories d'acteurs impossibles à prédire, la 98e cérémonie des Oscars prévue dimanche s'annonce comme la plus imprévisible depuis des années.

Ryan Coogler, réalisateur de "Sinners", et Paul Thomas Anderson, réalisateur de "Une bataille après l'autre". © KEYSTONE

"Tant que l'enveloppe finale du meilleur film n'aura pas été ouverte, nous ne saurons pas qui va gagner", résume auprès de l'AFP Clayton Davis, chroniqueur du magazine Variety. "Sinners" et "Une bataille après l'autre" ont chacun "une énorme opportunité de battre plusieurs records aux Oscars", rappelle-t-il.

"Sinners" est déjà le film le plus nommé de l'histoire: il concourt dans 16 catégories, et a une chance de battre le record de statuettes (11), détenu conjointement par "Ben-Hur", "Titanic" et le troisième volet du "Seigneur des Anneaux". A la fois film d'époque, conte de vampires et comédie musicale, ce long-métrage rythmé par le blues aborde le vague à l'âme des personnes noires dans l'Amérique ségrégationniste des années 1930. Son créateur Ryan Coogler, déjà connu pour "Black Panther", pourrait devenir le premier Afro-Américain à remporter l'Oscar du meilleur réalisateur.

"L'amour pour Coogler est indéniable", parmi les nombreux votants sondés par M. Davis. Mais le favori reste "Une bataille après l'autre".

Nommée dans 13 catégories, la fresque de Paul Thomas Anderson sur les dérives extrémistes des Etats-Unis a dominé la quasi-totalité des prix précurseurs cette saison. Il peut aussi prétendre au record historique de statuettes.

Ce thriller loufoque, où Leonardo DiCaprio incarne un ex-révolutionnaire gauchiste maladroit forcé de secourir sa fille des griffes d'un suprémaciste blanc, est plébiscité pour sa capacité à saisir les fractures politiques d'une Amérique irréconciliable, où tout se résout par les armes.

Maintes fois nommé, jamais récompensé, Paul Thomas Anderson ("There Will Be Blood", "Magnolia", "Licorice Pizza") a l'expérience de son côté pour enfin rafler l'Oscar du meilleur réalisateur.

Chez les acteurs, la seule garantie semble être l'Oscar de la meilleure actrice pour Jessie Buckley, magistrale dans "Hamnet", où elle incarne l'épouse de William Shakespeare, bouleversée par la mort de son fils.

"C'est le rouleau compresseur de la saison", constate M. Davis, en rappelant qu'elle a raflé tous les prix depuis janvier.

Timothy Chalamet en chute libre

Les autres courses sont à couteaux tirés.

Timothée Chalamet semblait destiné au prix du meilleur acteur, grâce à son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans "Marty Supreme".

Mais le Franco-Américain est en chute libre ces dernières semaines, notamment à cause de déclarations polémiques sur l'opéra et le ballet, qu'il considère comme des "trucs" dont "plus personne n'a rien à faire".

Une aubaine pour la star de "Sinners" Michael B. Jordan, qui vient de remporter l'Actor Award pour son double rôle de jumeaux mafieux épris de liberté.

"Il est vraiment à deux pas de la ligne d'arrivée", juge M. Davis, sans pour autant exclure DiCaprio de la course.

Les Oscars pour les meilleurs seconds rôles sont également disputés.

Chez les hommes, Sean Penn pourrait décrocher un troisième Oscar d'interprétation pour son rôle de militaire caricatural et torturé par son racisme dans "Une bataille après l'autre".

Mais il est concurrencé par la coqueluche du cinéma d'auteur Stellan Skarsgard ("Valeur Sentimentale"), et le vétéran américain Delroy Lindo ("Sinners").

Chez les femmes, Wunmi Mosaku, magnétique en guérisseuse vaudou dans "Sinners", pourrait l'emporter. Mais Amy Madigan ("Evanouis") et Teyana Taylor ("Une bataille après l'autre") ont également leurs chances.

Quant à la catégorie meilleur film international, c'est "la plus difficile à prédire cette année", juge M. Davis.

Les deux favoris sont "Valeur Sentimentale", récit du Dano-Norvégien Joachim Trier sur l'amour imparfait entre un père réalisateur et ses filles, et "L'Agent Secret", du Brésilien Kleber Mendonça Filho, chronique de l'atmosphère poisseuse sous la dictature auriverde des années 70.

Ils semblent mieux positionnés que la Palme d'or cannoise, "Un simple accident", du dissident iranien Jafar Panahi, choisi pour représenter la France aux Oscars.

Pour l'Oscar du meilleur film d'animation, les productions françaises "Arco" et "Amélie et la métaphysique des tubes" semblent également devoir s'incliner face au favori, "KPop Demon Hunters".

"Golden", le tube de ce phénomène Netflix, fait partie des numéros musicaux qui rythmeront la cérémonie, présentée par l'humoriste Conan O'Brien.

ATS
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