"Nous avons interdit l'utilisation d'engins à feu"
Après le drame de Crans-Montana, Gilles Ancion, administrateur de Globull, du Cotton Club et des Grand-Places notamment, témoigne des mesures prises dans ses établissements fribourgeois.

Frapp: Quelle a été votre première réaction en apprenant la nouvelle de Crans-Montana ?
Gilles Ancion: Un choc terrible. Comme beaucoup, en Suisse et au-delà, j’ai été profondément marqué. Plus les informations arrivaient, plus la douleur augmentait. Toute la branche et le canton de Fribourg, notre personnel, notre groupe, on est de tout cœur en pensée avec les victimes et leurs familles.
Vous gérez plusieurs établissements fribourgeois: Globull, Le Buro, le Cotton Club et le café des Grand-Places entre autres. En tant que gérant d’établissements de nuit, ce drame vous touche-t-il différemment ?
Oui, forcément. C’est arrivé dans notre cœur de métier, avec un public qui est aussi le nôtre. On a immédiatement pensé à nos établissements, à notre personnel, à nos clients. Et on s’est dit que ça aurait pu arriver chez nous.
Malgré le choc, vous avez décidé de maintenir les soirées prévues ce week-end. Pourquoi ?
Nous avons tenu hier (ndlr: vendredi) une séance de crise avec mes associés. Annuler ne nous a pas semblé être la bonne solution : la vie doit continuer. Fermer peut aussi pousser une partie de la clientèle vers des comportements moins encadrés. En revanche, nous avons clairement appelé nos clients à faire la fête avec respect et dignité, sans excès. Nous avons aussi fait un tour de tous nos établissements, ce qu'on fait régulièrement, mais on l'a refait hier pour le principe, de vérifier que tous les dispositifs soient bien en place.
L’enquête évoque l’usage de bougies-fontaines près d’un plafond inflammable. Faut-il les interdire ?
A titre immédiat, nous avons décidé d’interdire tout ce qui est lié au feu dans nos établissements : bougies, fontaines à gâteau, spectacles avec flammes. C’est une mesure de précaution. Ces objets sont utilisés depuis des décennies sans incident majeur, mais le feu reste le feu. S’il y a une interdiction officielle, nous nous y conformerons sans difficulté.
Quelles sont les principales normes de sécurité imposées aux établissements nocturnes ?
Tout commence au moment du permis de construire ou du changement d’affectation. Le service cantonal du feu impose des règles très strictes : nombre et largeur des sorties de secours, chemins de fuite, signalétique lumineuse autonome en cas de coupure de courant, extincteurs, parfois sprinklers. Tout est calculé précisément en fonction de la capacité d’accueil.
À quelle fréquence avez-vous des contrôles de la part des autorités ?
Dans les gros établissements comme Globull, on a des contrôles qui sont assez réguliers. Et puis, on a tout un système de contrôle interne. On souscrit des abonnements de maintenance pour tous nos dispositifs de sécurité auprès de sociétés qui viennent, dans le cas de Globull, en tout cas une fois par mois, faire sauter les plombs, vérifier que toutes les sorties de secours fonctionnent, que tous les éclairages de secours fonctionnent. C'est vraiment très régulier.
Le personnel est-il formé à la gestion d’un incident ?
Les responsables, oui. Ils savent comment réagir et organiser une évacuation. Nous organisons régulièrement des formations et des simulations, parfois même avec la police et les pompiers.
Craignez-vous que les gens aient désormais peur de sortir en boîte de nuit ou dans des bars après ce drame ?
Je pense qu'il y aura très certainement des conséquences à moyen long terme. Soit les clients, soit les parents des clients qui pourraient, et on le comprend tout à fait, par inquiétude, interdire à leurs enfants de sortir ou de se rendre dans certains endroits.
Les normes actuelles sont-elles suffisantes selon vous ?
Dans le canton de Fribourg, les procédures sont très sérieuses. Je ne peux pas parler pour les autres cantons. Ce drame est un accident épouvantable, mais il va certainement entraîner des réflexions politiques : une harmonisation au niveau suisse, une certification, ou l’interdiction de certains dispositifs pyrotechniques.
Au Crapule Club aussi
Contacté samedi, Jean-Christophe Jaton, gérant du Crapule Club à Fribourg, affirme lui aussi que des mesures immédiates ont été prises. "Nous allons retirer les bougies pyrotechniques", annonce-t-il, précisant que ces articles sont pourtant en vente libre dans les commerces spécialisés, sans réglementation particulière. "Dans notre cas, le plafond n’est pas inflammable, il est même anti-feu. Nous privilégierons uniquement des matériaux ignifuges."

Situé en sous-sol avec un accès par escalier - comme le Cotton Club - l'établissement dispose d'un système de sécurité complet : détection incendie sonore et visuelle, lumières de secours alimentées par batteries, signalisation permanente des sorties, et boutons-poussoirs d'alarme reliés directement aux pompiers et à la police. Une configuration similaire au Constellation de Crans-Montana, qui rend la question de l’évacuation particulièrement sensible. Le Crapule Club compte trois sorties de secours depuis le sous-sol. Par ailleurs, le personnel reçoit dès son arrivée une formation sur l’emplacement des sorties de secours et des extincteurs, avec des rappels réguliers.
"Nous faisions déjà très attention à ces questions, mais voir ces images et la rapidité de propagation des flammes nous rappelle à quel point le risque est réel", commente encore l'exploitant, lui aussi profondément choqué par le drame de Crans-Montana.
Directeur du Mythic Club à Fribourg, Olivier Rodi a pris la décision de ne pas commander un nouveau stock de bougies pyrotechniques, bien avant la tragédie. "C’est un produit relativement dangereux avec lequel les gens ont tendance à s’amuser en les agitant dans les mains, minimisant les risques de brûlures. C’est également un produit anti-écologique, onéreux et qui dégage une forte odeur de soufre." Le responsable du club de 300 places assure aussi: "Nous sommes parfaitement aux normes, avec des matériaux ignifugés, extincteurs, borne incendie et sorties de secours adaptées et réglementaires."



