Michel Aebischer et le casse-tête des milieux de la Nati

Michel Aebischer est au centre du casse-tête de Murat Yakin: comment aligner sept milieux de classe mondiale dans un seul onze de départ?

Michel Aebischer a été aligné dans un rôle plus offensif face au Qatar (1-1), venant presser très haut. © KEYSTONE

Xhaka, Freuler, Zakaria, Jashari, Manzambi ou encore Aebischer: le point fort de l'équipe de Suisse est incontestablement son entrejeu. Mais cette abondance de milieux vire au casse-tête pour Murat Yakin.

Ce "problème de riche" vient du fait que la plupart des sélections nationales ne se composent pas comme un club, où les directeurs sportifs et a fortiori les entraîneurs construisent leur effectif précisément, poste par poste - en tout cas en théorie.

Regarder les effectifs du Mondial 2026, c'est constater certains déséquilibres: la France a une attaque prodigieuse (Mbappé, Dembélé, Olise, Doué, Cherki), le Portugal un milieu ultratechnique (Vitinha, Joao Neves, Bruno Fernandes, Bernardo Silva), l'Equateur une défense de fer (Pacho, Hincapié, Ordoñez).

Un vivier impressionnant

La Suisse n'est pas épargnée. Elle dispose de bien plus de milieux de terrains que d'attaquants brillants dans les grands championnats européens. Hormis Ardon Jashari, qui n'a pas encore confirmé toutes ses promesses à Milan, tous sont indiscutables: Granit Xhaka à Sunderland, Remo Freuler à Bologne, Denis Zakaria à Monaco, Johan Manzambi à Fribourg, Michel Aebischer à Pise et même Djibril Sow à Séville.

Le coeur du problème, c'est que les sept sont avant tout des joueurs d'axe. Or, il n'y a que trois places pour eux dans un 4-3-3 et seulement deux dans un 3-4-3, les deux systèmes principalement utilisés par Murat Yakin.

Cela n'empêche visiblement pas le sélectionneur de vouloir aligner ses meilleurs joueurs ensemble sur le terrain. Aebischer piston, Manzambi ailier et plus dernièrement Zakaria arrière droit: le Bâlois n'est pas avare en inventions pour tenter de résoudre cette insoluble équation. "Si on a un surplus de milieux centraux, alors on essaie de trouver des positions et des systèmes qui fonctionnent", avait-il argumenté en mars lorsqu'il avait lancé Zakaria à ce poste inhabituel pour lui.

Un duo indissociable

Dans l'esprit de Murat Yakin, Xhaka et Freuler sont indiscutables et indissociables. Le Bâlois, peut-être le meilleur joueur de l'histoire de la Suisse, est le premier nom couché sur la feuille de match. Et il faut un cas de force majeure (blessure, suspension) pour que Yakin l'aligne sans son lieutenant, comme en novembre, lorsque Freuler avait été suppléé par Aebischer.

Le Fribourgeois incarne plus que les autres ce dépassement de fonction qu'impose le sélectionneur aux viennent-ensuite. Acteur majeur du dernier Euro en tant que piston, il a été aligné dans un rôle plus offensif face au Qatar (1-1), venant presser très haut à côté de Breel Embolo lorsque la Suisse n'avait pas le ballon.

Mais lui-même l'a souvent rappelé, il est avant tout "un milieu défensif". Ici, l'adjectif a son importance: Aebischer n'est pas un joueur très créatif et encore moins un buteur. Difficile de lui en vouloir d'avoir raté la meilleure occasion de la Suisse samedi, juste avant la pause.

Deux Genevois délocalisés

La donne est différente pour Denis Zakaria. Le Genevois ne cache pas qu'il aimerait, lui aussi, jouer devant la défense. "On connaît tous ma position préférentielle au milieu", avait-il dit jeudi. Mais son replacement ponctuel à Monaco sur le côté d'une défense à trois a montré qu'il pouvait aussi briller à un poste plus reculé.

C'est aussi pour cette raison que Yakin a décidé de lui confier le couloir droit samedi. S'il n'a pas été irréprochable défensivement (c'est de son côté que provient le centre menant à l'autogoal de Muheim), son entente avec Dan Ndoye a donné lieu à plusieurs situations intéressantes.

Le cas Johan Manzambi est peut-être le plus intéressant des trois. Sa polyvalence naturelle l'a conduit à découvrir tous les postes de l'entrejeu avec le SC Fribourg, mais jamais celui d'ailier, qui est une pure invention de Yakin.

La liberté que lui avait enfin confiée le sélectionneur lors de la préparation, où il a joué comme électron libre en soutien de l'attaque, avait suscité bien des promesses. Mais le Genevois de 20 ans n'a pas été titularisé samedi. En panne d'efficacité, la Suisse aurait bien besoin de sa créativité et de son sens du but jeudi contre la Bosnie (21h00 en Suisse).

ATS
...