Médecins, infirmières et ambulanciers contre la LAFE

Mardi matin, le secteur de la santé fribourgeois a martelé son opposition à la loi sur l'assainissement des finances de l'Etat (LAFE).

Infirmière, médecins, ambulanciers: tout le secteur des soins dit "non" à la loi sur l'assainissement des finances de l'Etat (LAFE). © RadioFr.

À un peu moins d'un mois du vote sur la loi sur l'assainissement des finances de l'Etat (LAFE), le milieu fribourgeois de la santé monte au créneau. Infirmières, ambulanciers, syndicalistes et autres représentants du personnel ont tenu une conférence de presse mardi matin pour dénoncer le manque de soutien et la pression que subissent les professionnels du secteur. 

"Derrière les chiffres et les tableaux budgétaires, il y a une réalité que nous devons ne pas perdre de vue", a réclamé Emilie Risse, responsable cantonale alliance care Fribourg et infirmière (ASI). "Chaque mesure d'économie dans le secteur aura des conséquences concrètes." 

On a des députés PLR qui parlent d'austérité, et le lendemain, on voit dans la presse que: 'non, ce ne sont surtout pas des mesures d'austérité...' Si! Clairement c'est une mesure d'austérité. Il faut appeler un chat un chat.

Parce que dans la salle du Bletz du Café des Arcades, les professionnels de la santé ont peint un secteur proche de la rupture: "Le système n'est plus à flux tendu", a soufflé Fabrice Corbat au nom des ambulanciers (Swiss Paramedic Association). "Il est au bord de l'implosion." (ndlr. Fabrice Corbat a été élu au mois de mars au Conseil communal de Romont pour le PS)

De très mauvais signaux vers le personnel soignant

Peu importe les explications du Conseil d'Etat - dont celles de Jean-Pierre Siggen, à la tête de la Direction des finances (DFIN) sur les ondes de RadioFr. - le milieu de la santé est persuadé d'être en partie la cible de la LAFE.

"Il va falloir qu'ils se décident très sérieusement", gronde l'ambulancier. "Le lundi on entend 'austérité', le lendemain on dit: 'non c'est surtout pas un plan d'austérité'. J'attends du Conseil d'Etat qu'il soit un peu plus franc que ce qu'il est aujourd'hui et surtout qu'ils accordent un peu leurs violons! On a des députés PLR qui parlent d'austérité, et le lendemain, on voit dans la presse que: 'non, ce ne sont surtout pas des mesures d'austérité...' Si! Clairement, c'est une mesure d'austérité. Il faut appeler un chat un chat."

Parmi les mesures dénoncées, la non-indexation des salaires et le report des paliers ont particulièrement été pointés du doigt par le personnel de santé. L'accentuation d'un malaise déjà existant dans un contexte de surcharge hospitalière et d'absentéisme. 

Les gens seront plus prêts à aller travailler ailleurs.

Au-delà du porte-monnaie, les soignants évoquent également le manque de reconnaissance du Conseil d'Etat et de la classe politique fribourgeoise en général: "Le message qui est donné au travers de la LAFE, c’est un manque de reconnaissance du travail du personnel soignant en général”, estime Emilie Risse.

Fribourg pas séduisant pour un (quelques) sous?

Le risque, selon les orateurs présents mardi? Un canton thésauriseur comme Fribourg séduit beaucoup moins que ses voisins. “Les gens seront plus prêts à aller travailler ailleurs”, explique Emilie Risse, en évoquant la concurrence des autres cantons.

Même inquiétude du côté des ambulanciers. Fabrice Corbat redoute une perte d’attractivité durable. Il parle au contraire d’un canton “en queue de peloton” sur le plan salarial et social. Et dans un secteur où la relève manque déjà, toute dégradation supplémentaire pourrait avoir des effets rapides.

Des soins dégradés, et parfois des morts

Les opposants à la LAFE insistent aussi sur un autre point: ce sont les patients qui risquent de payer la facture. Moins de personnel, disent-ils, signifie davantage de pression, davantage d’attente, et une qualité des soins plus difficile à garantir. “S’il y a moins de monde au lit du malade pour s’en occuper, explique Emilie Risse, la qualité des soins va être atteinte.”

Simon Zurich, vice-président de l'Organisation suisse des patients, abonde dans ce sens. Le député PS au Grand Conseil fribourgeois - s'appuyant sur des études - explique que, passé un certain ratio patients/personnel soignant, le risque de mortalité augmente pour chaque patient supplémentaire. 

Pour rappel, la gauche et les syndicats, qui ont lancé le référendum, appellent à son rejet. La LAFE prévoit d'économiser 405 millions du budget de l'Etat entre 2026 et 2028.



RadioFr. - Nathan Clément
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