Matinée électorale: Philippe Demierre
L'actuel président du gouvernement fribourgeois est aussi ministre de la santé. L'UDC brigue un second mandat et défend sa vision de l'HFR.
Philippe Demierre brigue un nouveau mandat au Conseil d'Etat fribourgeois, après avoir fait son entrée en 2021. C'est sa femme, Nathalie Goumaz, qui l'a convaincu de se lancer en politique sur le tard. Le natif d'Esmonts entre au Grand conseil en 2017 pour l'UDC. Actuellement, le Glânois de 58 ans est à la tête de la direction de la santé et des affaires sociales, "des thèmes de gauche" dit-il qui le mettent souvent en porte-à-faux avec son parti.
De gauche à droite, les élus s'accordent à dire que c'est quelqu'un de "sympathique, accessible et pragmatique". Certains lui reprochent de ne pas maîtriser suffisamment ces dossiers ou de faire un peu trop confiance à ses chefs de service. Découvrez comment le candidat de l'alliance de droite se défend.
Philippe Demierre est aussi père de deux enfants, cinq fois grand-père. Côté professionnel, c'est un touche-à-tout, puisqu'il a été agriculteur, conseiller en assurance, agent de détention, a une formation dans le domaine du social et est devenu cadre dans le milieu hospitalier. C'est aussi un musicien passionné, chef d'orchestre, il joue de l'euphonium à la fanfare d'Ursy, et a déjà couru une dizaine de fois le Morat-Fribourg.
Un éternel optimiste
Le candidat UDC a choisi le son de la traditionnelle allocution du Nouvel an du président de la Confédération, Guy Parmelin, en 2021. "J'en ai les frissons d'entendre ce jingle" commente Philippe Demierre, sur un fond de cor des alpes. Pour lui, il s'agit d'un message d'espoir qui invite à foncer dans la nouvelle année. Il avoue attendre impatiemment chaque année ce moment "très suisse", souvent dit en trois langues.
L'HFR et ses défis
Sur la colline de Bertigny, l'hôpital cantonal est vieillissant, endetté, et confronté aux problèmes de surcharge et de fatigue du personnel soignant. Mais il faudra bien construire un nouvel hôpital, avec quel financement? Interview politique de Philippe Demierre.
Un hôpital qui affiche un déficit de 30 millions de francs l'an dernier, des suppressions de postes, des économies à faire un peu à tous les étages, une dette qui augmente, avouez, ça fait un peu chenil?
Alors, ça ne fait pas chenil du tout. Je pense que c'est un travail qui doit être fait de la part de la direction de l'hôpital, et il se fait. La DSAS a des rencontres régulières avec la direction de l'hôpital, avec le conseil d'administration, avec mes services. On discute beaucoup, on se rencontre régulièrement. On prévoit déjà un déficit moindre pour l'année prochaine, donc il y a vraiment un travail de fond qui est actuellement en marche. Je tiens à le dire, les économies ne doivent pas être faites au détriment du personnel soignant.
Où doivent être faites ces économies, si on ne les fait pas sur le dos du personnel ?
Sur les prestations, sur la manière de travailler, on a de l'efficience à gagner encore dans certains domaines. Une nouvelle planification hospitalière entrera en vigueur en 2027, qui permettra d'amener de nouvelles prestations, comme les cash cows. Il s'agit de spécialités médicales rentables, c'est-à-dire que ça amène de l'argent frais rapidement à l'hôpital. Il y a un travail de fond que mon département doit faire envers l'hôpital, pour lui permettre de fonctionner au mieux.
Autre problème, l'HFR paye des salaires élevés à certains médecins, parmi les mieux payés de Suisse romande (500 000 francs par an). C'est trop?
C'est vrai que c'est beaucoup plus que moi, mais je pense qu'on n'a pas le choix. Si on veut avoir des bons médecins à Fribourg, on doit pouvoir les payer. En tant que responsable de la santé, je pense qu'il faut attirer des personnes hautement qualifiées vers notre hôpital. Il faut rester attractif entre Berne et Lausanne, pour qu'elles ne se tournent pas vers d'autres cantons.
Aujourd'hui on sait que 40% des infirmiers quittent la profession prématurément. En 2021, la population a accepté l'initiative sur les soins infirmiers forts. Depuis, le canton de Fribourg a mis en place des mesurettes, qu'allez-vous faire d'autre ?
Non je ne pense pas qu'on peut parler de mesurettes, ce sont vraiment de réelles mesures. Pour l'initiative sur les soins infirmiers forts, on avait le volet 1, maintenant on traite le volet 2, qui concerne justement les conditions de travail du personnel. Selon une enquête récente, elle révèle que le salaire pour le personnel ne vient qu'en cinquième position des demandes que font les soignants. On écoute ce que les personnes sur le terrain ont à dire pour chercher des solutions. On prend en compte la pénibilité de leur travail, on crée des places en crèche pour leurs enfants.
Aujourd'hui les patients de l'HFR sont reçus dans un vieux bâtiment amianté, construit il y a 50 ans, le temps presse pour construire ce nouvel hôpital. Comment on va se le payer ?
Il s'agit du projet du siècle pour le canton de Fribourg. Nous avons plusieurs moyens de se le payer, on parle de plusieurs centaines de millions de francs (environ 700 millions de francs). Il y a plein de discussions qui ont lieu en ce moment. Que voulons-nous pour notre nouvel hôpital? Va-t-on rester dans le système actuel? On pourrait par exemple s'associer, comme l'a fait le canton de Thurgovie, avec des partenaires privés. Il y a plein de modèles financiers qui sont mis sur la table et étudiés. On prévoit l'ouverture du nouvel hôpital en 2036.
Pourquoi est-on l'un des derniers cantons de Suisse à refaire son hôpital cantonal ?
Nous ne sommes pas en retard, par exemple le CHUV a été construit dans les mêmes années, en 1970. Beaucoup d'hôpitaux doivent subir des rénovations. C'est vrai qu'on doit se mettre à l'ouvrage, le projet est déjà bien avancé. Personnellement, j'étais président du comité de pilotage pour le mandat d'études parallèles, qui concerne la zone où sera situé l'hôpital. On est dans les temps. Le concours d'architecture démarrera cet automne.


