Ayana Abdulle: "Il n'y a pas besoin de créer de la richesse"

Portrait et convictions de cette infirmière de 36 ans, l'une des deux personnes à viser le Conseil d'Etat pour le nouveau parti de gauche DAS-WAS.

Elle est encore inconnue du grand public. Ayana Abdulle, 36 ans, est infirmière en pratique avancée. Elle travaille actuellement au sein du service de chirurgie viscérale dans une clinique privée du canton de Berne. Elle aime transmettre: elle enseigne aussi à la Haute Ecole de Santé de Fribourg.

Engagée dans les milieux associatifs de longue date - Grève féministe ou Grève du climat par exemple  - elle s'est lancée en politique depuis peu en rejoignant le nouveau parti de gauche radicale DAS-WAS.

Représenter des minorités

C'est la première fois qu'Ayana Abdulle se présente à une élection. Et pour cette première, elle a choisi l'élection au Conseil d'Etat. 

Ambitieux. Inaccessible? Ayana Abdulle est bien consciente qu'elle ne sera pas élue - sauf énorme surprise. Mais pour elle, l'essentiel est ailleurs.

Ayana Abdulle est arrivée en Somalie à l'âge de deux ans avec sa famille. Se présenter à l'élection au Conseil d'Etat, c'est d'abord rendre visible son profil. Une femme noire issue de la migration: un profil encore peu répandu en politique.

"Une candidature comme la mienne peut faire du bien à une partie de la population. La représentativité, cela compte. On sait à quel point c'est important pour les plus jeunes d'avoir des gens qui leur ressemblent."

Quel extrait sonore est marquant pour elle? Ayana Abdulle a choisi le morceau de 1969 "Revolution" de la chanteuse afro-américaine Nina Simone.

"C'était une femme très engagée, elle a beaucoup lutté pour les droits civiques, elle défendait un changement de modèle, une révolution. Ce morceau résonne beaucoup aujourd'hui."

Quant à ses loisirs, Ayana Abdulle aime la course à pied et fait partie de deux troupes d’improvisation théâtrale. Du théâtre d’impro, même si elle n'est pas extravertie.

Elle est plutôt réservée. Posée. Mais déterminée. "Un calme intérieur qui ne reflète pas sa rage de vouloir changer les choses", décrit un collègue de parti.

Changer quoi, exactement? DAS-WAS réclame plus de moyens pour les services publics, une politique fiscale plus équitable, une société plus inclusive. Le parti veut se battre contre les inégalités et pour la défense des plus précaires.

S'inviter dans les débats

Des revendications proches de celles des socialistes ou des Verts, même si l'approche se veut différente. "Nous, nous proposons de prendre les problèmes à la racine pour pouvoir les résoudre."

Avec cette candidature, l'objectif pour Ayana Abdulle est donc aussi de continuer à faire connaître ce parti de gauche radicale, DAS-WAS, lancé il y a moins d'un an et qui a fait son entrée au Conseil général de Fribourg ce printemps.

"C'est le jeu: avoir une candidature pour le Conseil d'Etat permet d'être présent dans les débats, d'amener nos idées, de parler du projet qu'on a pour la population."

Son interview politique

RadioFr. Si vous aviez une mesure prioritaire à prendre pour cette prochaine législature, ce serait laquelle ?

Ayana Abdulle: Une politique fiscale équitable, avec en particulier la fin des cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises pour financer ce qui manque aux services publics. On ne parle pas des petites et moyennes entreprises, mais vraiment des grandes entreprises.

Ces rabais fiscaux, souvent confidentiels, font partie de ce qui attire de grandes sociétés comme Nespresso et Rolex, qui créent de l'emploi et de la richesse. Comment y renoncer sans péjorer la population?

C'est souvent l'argument qui est avancé, que les entreprises pourraient partir, Mais cela s'est fait ailleurs, et les entreprises ne partent pas, parce que ça coûte. Et l'idée, c'est de réfléchir à quel type d'entreprise on veut. Il n'y a pas besoin de créer plus de richesses. Il y en a. Il s'agit juste de les répartir plus équitablement.

Mais cela risque de dissuader des entreprises de s'installer chez nous, non?

On part du principe que maintenant, à l'heure de la crise climatique, il faut aussi réfléchir au modèle de société que l'on veut. S'il y a une entreprise qui vient s'installer, mais que cette entreprise pollue par exemple, ou ne respecte pas ses employés, ce n'est peut-être pas une bonne idée.

Je pense à Nespresso, qui a été accueillie il y a quelques années à Romont, sur un terrain qui a été assaini par la commune de Romont. Mais les emplois créés n'étaient pas du tout à la hauteur.

Avec DAS-WAS, vous vous battez aussi pour valoriser les métiers dans l'agriculture, le nettoyage, la restauration. Les syndicats font déjà ce travail. Qu'est-ce que vous allez apporter de plus?

Dans le collectif, on est plusieurs personnes à être militants, militantes. On travaille aussi avec les syndicats. La politique institutionnelle, c'est un levier supplémentaire qu'on a envie d'utiliser. On a envie justement de pouvoir être à cette fameuse table, pour pouvoir décider.

Vous défendez les services publics, un salaire minimum cantonal, vous voulez supprimer le remboursement de l'aide sociale, rendre le versement des subsides systématique. Mais tout cela, ce sont des propositions déjà portées par la gauche, mais refusées, par la population, les députés ou le gouvernement. Comment ferez-vous mieux?

Oui, il y a des choses qui sont refusées, typiquement au niveau du Grand Conseil ou du Conseil d'État, parce que c'est une histoire de majorité. Nous, on souhaite renforcer cette gauche qui est déjà en place, qui a des bons arguments. Pour convaincre, on peut aussi parler des problèmes ou démontrer des choses différemment.

C'est vrai que c'est un processus. Les choses ne vont pas se faire du jour au lendemain. Parler de salaire minimum il y a dix ans pouvait paraître absurde,  aujourd'hui, l'idée fait son chemin.

RadioFr. - Maëlle Robert
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