Maarten Bijleveld, un héritage qui donne des ailes
Son père a fondé le Papiliorama. Caspar Bijleveld raconte l’héritage de ce pionnier de la biodiversité et les combats qui l’animaient. Interview.

Il nous a mis des papillons dans le ventre. Des visiteurs émerveillés par des papillons qui virevoltent sous une immense serre tropicale et, derrière ce spectacle, une conviction profonde: la nature est aussi belle que fragile et mérite d’être protégée. Le biologiste néerlandais Maarten Bijleveld, fondateur du Papiliorama, est décédé le 14 octobre 2026, à l’âge de 89 ans, dans l’Hérault, en France, où il résidait.
Arrivé en Suisse dans les années 1970 pour travailler au sein du WWF, il a consacré sa vie à la préservation de la biodiversité. En 1987, il fonde le Papiliorama à Marin, dans le canton de Neuchâtel. Après un incendie dévastateur en 1995, puis un déménagement à Chiètres en 2003, le parc poursuit aujourd’hui sa mission. Son fils, Caspar Bijleveld, qui en a repris la direction, perpétue cet engagement.
En interview, il revient sur l’aventure familiale derrière le Papiliorama, le déménagement dans le canton, la résilience qui a permis de reconstruire le parc après l’incendie et les convictions de son père. Il évoque aussi un autre héritage, moins visible pour les visiteurs: une vaste réserve naturelle au Belize, en Amérique centrale, qui incarne la volonté de Maarten Bijleveld de ne pas seulement montrer la beauté de la nature, mais aussi de la protéger.
Interview de Caspar Bijleveld, directeur du Papiliorama
RadioFr.: Votre père, Maarten Bijleveld, a fondé le Papiliorama en 1987. Que représentait ce projet pour lui?
Caspar Bijleveld: Je crois que le Papiliorama était la continuation de son engagement pour la nature. Il avait commencé très tôt, avec son épouse, aux Pays-Bas, où il a participé à la création du WWF national. Il a ensuite travaillé pour le WWF international, puis pour l’Union internationale pour la conservation de la nature. Au milieu des années 1980, il a eu envie de faire quelque chose de différent, de concrétiser un projet à lui. Il avait d’abord imaginé une immense serre dans la vallée du Rhône, mais c’était trop ambitieux pour la Suisse. Puis il a entendu parler des fermes à papillons, un concept qui commençait à se développer. C’est ainsi qu’est né le Papiliorama.
Il y avait une véritable ambition derrière ce projet: sensibiliser le public à la biodiversité?
Absolument. Je pense même que l’idée était visionnaire. Quand on veut montrer la beauté de la nature, on ne peut pas faire beaucoup mieux qu’avec des papillons qui virevoltent. Ce sont des animaux que presque tout le monde aime. Ils symbolisent parfaitement la beauté et la fragilité du monde naturel. Si l’on arrive à susciter chez les visiteurs cette émotion, ce sentiment que la nature est belle, alors la moitié du travail est faite.
Vous voyez encore aujourd’hui cette émotion chez les visiteurs?
Oui, et cela me fait toujours immensément plaisir. Je ne suis pas très souvent dans le Papiliorama, car je travaille surtout dans les bureaux, mais lorsque j’entre dans le dôme et que je vois les gens ouvrir de grands yeux en découvrant les papillons, je trouve cela magnifique. C’est exactement ce que nous cherchons à provoquer: une émotion qui donne envie de s’intéresser à la nature et de la protéger.
Le Papiliorama était aussi une aventure familiale. Quel rôle chacun a-t-il joué?
Ma mère s’occupait de toute l’administration. Mon père était davantage le visage du projet, celui que l’on voyait à l’avant. Mais derrière, il y avait un énorme travail de fond réalisé par ma mère. De mon côté, j’étais encore au gymnase lorsque le Papiliorama a été lancé. J’y travaillais pendant toutes mes vacances et tous mes week-ends, souvent avec des amis qui venaient nous donner un coup de main. Nous avons construit les décors et participé à l’aménagement du lieu. Je crois que j’ai attrapé le virus à ce moment-là!
Quels souvenirs gardez-vous des débuts à Marin?
Nous avions peu d’argent et nous avons beaucoup improvisé. Tout s’est construit progressivement, avec beaucoup d’énergie et l’aide de nos proches. En 1994, nous avons ajouté le premier Nocturama. J’ai coordonné ce chantier pendant mes études. Puis nous avons fini par manquer de place. Le propriétaire du terrain souhaitait le récupérer, et nous avons dû chercher un nouveau site. C’est ce qui nous a conduits à Chiètres. Mais le déménagement et le développement du nouveau site représentaient énormément de travail pour une seule personne. Je lui ai demandé de revenir pendant quelques mois, car j’étais un peu dépassé. Il est donc sorti de sa retraite pour nous donner un coup de main.
Le Papiliorama a également traversé une épreuve majeure avec l’incendie du 1er janvier 1995. Comment votre famille a-t-elle trouvé la force de reconstruire?
Après le choc initial, nous nous sommes dit qu’il fallait reconstruire. Je me souviens surtout de l’élan de solidarité qui a suivi. Des personnes de toute la Suisse ont commencé à nous envoyer des dons. Il y avait même des enfants qui cassaient leur tirelire pour nous aider à reconstruire le Papiliorama. C’était extrêmement émouvant. Nous avons pris conscience de la place que ce lieu occupait dans le cœur des gens. Une fois la décision de reconstruire prise, il fallait se remettre au travail et avancer.
Le Papiliorama était-il le grand projet de sa vie?
C’était un chapitre important, mais il faut se rappeler qu’il n’y a consacré qu’environ quinze ans de sa vie professionnelle. Il avait déjà mené de nombreux projets auparavant et il en a développé d’autres ensuite. Je pense que le Papiliorama était surtout un outil pour lui. Il lui permettait de parler de la beauté du monde naturel et de sensibiliser le public, mais sa motivation profonde restait la conservation de la nature. C’était d’ailleurs un engagement partagé avec ma mère, avec qui il a travaillé en équipe pendant de très nombreuses années.
Il est resté très actif jusqu’au bout. Lorsqu’il se lançait dans quelque chose, il le faisait à fond.
Votre père a-t-il continué à s’investir dans le Papiliorama jusqu’à la fin de sa vie?
Il s’en est progressivement éloigné. Il a été très impliqué pendant les premières années, puis il m’a laissé davantage de responsabilités. Il a continué à siéger au conseil de fondation, mais ces dernières années, il s’intéressait surtout à d’autres projets, notamment autour de la problématique des pesticides dans le monde. Il est resté très actif jusqu’au bout. Lorsqu’il se lançait dans quelque chose, il le faisait à fond.
Cette volonté de protéger la nature s’est aussi concrétisée au Belize, en Amérique centrale. Pourquoi ce projet était-il si important pour lui?
Il disait en quelque sorte que l’on ne pouvait pas seulement parler de la beauté de la nature: il fallait aussi agir concrètement pour la protéger. Le projet est né d’une occasion qui s’est présentée il y a plus de trente ans. Un terrain d’environ 8’800 hectares était à vendre au Belize. Mon père a décidé de l’acquérir pour en faire une réserve naturelle. Et la réserve de Shipstern s’est agrandie au fil des années et protège aujourd’hui environ 42’000 hectares de nature, soit une superficie équivalant à environ deux fois et demie celle du parc national suisse.
Quand vous retourniez au Papiliorama avec votre père, quel regard portait-il sur ce lieu?
Je crois qu’il aimait beaucoup cet endroit. Mais, encore une fois, les papillons étaient surtout pour lui les ambassadeurs de quelque chose de plus vaste. J’aime toujours entrer dans le dôme, voir les papillons virevolter parmi les fleurs et les arbres, sentir cette humidité tropicale. Je pense qu’il avait le même réflexe. Cette émotion devant la beauté du lieu était aussi le point de départ de son engagement pour protéger des espaces naturels, comme au Belize.
Comment le Papiliorama entend-il lui rendre hommage?
Nous allons certainement lui rendre hommage, mais je n’ai pas encore eu le temps de réfléchir à la manière de le faire. Je rentre de ses obsèques et ces derniers jours ont été difficiles. L’annonce de son décès a précipité les choses et je dois encore transmettre des messages à différentes personnes. Nous allons prendre le temps de réfléchir à un hommage qui lui corresponde.


