Lula ou Bolsonaro: les Brésiliens aux urnes

La justice a ordonné dimanche de prolonger les opérations de vote au Brésil, au second tour de la présidentielle opposant le conservateur Flavio Bolsonaro et le président de gauche Lula, qui a affirmé que certains électeurs étaient empêchés de se rendre aux urnes.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva mène sa dernière bataille. Il espère arracher un retournement après son revers du premier tour (archives). © KEYSTONE/AP/NATACHA PISARENKO

Cette décision a été prise par un juge de la Cour suprême, saisie par l'équipe de campagne de Luiz Inacio Lula da Silva. Le camp Lula dénonce le fait que des bus aient été retirés de la circulation dans des villes comme Sao Paulo (sud-est), dirigée par un maire de droite, ou Salvador de Bahia (nord-est).

Le vétéran du camp progressiste, qui fêtera ses 81 ans la semaine prochaine, mène sa dernière bataille. Avec 45 % des voix contre 47 % pour son rival, il avait été devancé au premier tour par le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), condamné pour tentative de coup d'Etat.

Les quelque 160 millions d'électeurs doivent décider si le pays restera l'un des derniers bastions de gauche en Amérique latine ou rejoindra la vague de droite dans la région, encouragée par le président américain Donald Trump.

Confusion

Après le recours de la gauche et "au vu de la gravité des faits", le juge Cristiano Zanin a ordonné de prolonger le vote pour deux heures, jusqu'à 22h00 GMT (23h00 en Suisse) "dans tout le pays".

Mais cet ordre a été donné alors que les bureaux de vote étaient sur le point de fermer, créant une grande confusion. Le temps qu'il soit transmis à chaque bureau, certaines urnes électroniques avaient déjà été fermées et le dépouillement avait débuté.

Le juge Zanin, nommé par Lula à la Cour suprême, a dû préciser ultérieurement que la prolongation du vote ne s'applique que pour les urnes qui n'avaient pas été fermées au moment de sa décision.

Le camp Bolsonaro a lui aussi saisi la justice. Il a réclamé au Tribunal supérieur électoral la prolongation du vote dans deux Etats, le Minais Gerais (sud-est) et le Rio Grande do Sul (sud), en raison de fortes pluies dans ces régions.

Drapeaux

Les derniers sondages donnent 51 % d'intentions de vote au parlementaire, contre 49 % au président sortant. Un écart dans la marge d'erreur.

Les partisans du président de gauche espèrent un retournement après la gifle du premier tour. "Le Brésil a besoin de plus de temps avec Lula, principalement parce que le pays est sur le point de tomber entre les griffes du fascisme", a dit à l'AFP Maria Fernanda Elisbao, assistante d'édition de 21 ans. Elle vote à Sao Bernardo do Campo, fief du leader de gauche, près de Sao Paulo.

Dans l'entre-deux-tours, il a pu compter sur une mobilisation massive du camp progressiste dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Le président sortant, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, s'est posé en défenseur de la démocratie et en rempart contre les États-Unis et leurs pressions commerciales et diplomatiques.

Les électeurs doivent "choisir un pays où le drapeau est respecté", a-t-il dit d'une voix fatiguée après avoir voté, accusant son rival de vouloir "gouverner avec le drapeau américain".

"L'heure du véritable changement"

Flavio Bolsonaro, 45 ans, dont le père est un allié de Donald Trump, veut un rapprochement avec les Etats-Unis. Il promet aussi de durcir la lutte contre la criminalité et de tailler dans les dépenses publiques.

"L'heure du véritable changement est arrivée", a-t-il lancé, tout sourire, après avoir voté à Rio de Janeiro. "Le Brésil ne peut supporter quatre années de plus dans cet état", a-t-il ajouté.

"Nous sommes au fond du trou, la situation est mauvaise, le peuple n'a presque plus de quoi manger, acheter de la viande n'est même plus imaginable", a déploré Tereza Cristina Ramos, retraitée de 68 ans.

Flavio Bolsonaro s'est présenté comme "plus modéré" que son père, tout en revendiquant son héritage. Il a annoncé que, s'il est élu, son premier geste sera de le libérer. L'ancien chef de l'Etat purge en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison, pour avoir cherché à s'accrocher au pouvoir après sa réélection manquée en 2022.

Sous sa présidence, la destruction de la forêt amazonienne s'était accélérée. Sous Lula en revanche, le déboisement dans la plus grande forêt tropicale du monde a atteint son niveau le plus bas en quatre décennies.

Durant le troisième mandat du président sortant, le chômage a connu une baisse historique et l'inflation a été relativement maîtrisée. Mais les électeurs se plaignent du coût de la vie et sont exaspérés par la violence.

ATS
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