Les transporteurs face à la flambée du prix du carburant

Les entreprises de transport ont les yeux rivés sur le détroit d'Ormuz. Son blocage fait grimper les prix du carburant et planer le doute sur l'approvisionnement.

Les entreprises de transport sont inquiètent à cause de la hausse du prix du pétrole. © KEYSTONE

Depuis les frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël sur l'Iran le 28 février, le prix du pétroles prend l'ascenseur. 

Il faut dire que la région compte un nombre important de pays producteurs: Arabie Saoudite, Irak, Iran, Emirats arabes unis. Mais surtout, la guerre empêche ces pays d'exporter leur production à cause du blocage du détroit d'Ormuz. Or, environ 20% du pétrole mondial passe par ce passe par ce bout de mer entre l’Iran et les Emirats arabes unis, soit 20 millions de barils par jour. 

Jeudi, le baril de Brent a franchi la barre des 100 dollars. Une première depuis l'été 2022. La conséquence est directe pour les automobilistes suisses: le prix de l'essence et du diesel affole les totems des stations-service. Selon le TCS, l'essence sans plomb a augmenté de 0,12 franc en deux semaines et le diesel de 0,20 francs. 

Entre attente, hausse des prix et préparation des stocks

Les entreprises de transport sont elles aussi directement touchées. "C'est cyclique", lance Jean-Daniel Chardonnens patron de Taxi étoile et de Jean-Louis Voyage dans la Broye fribourgeoise. "Dans l'immédiat, je ne vais pas augmenter les prix. La guerre a débuté il y a deux semaines, il faut voir si cela va durer." Jean-Daniel Chardonnens fixe le prix de deux francs le litre de carburant comme seuil à attendre avant de répercuter cette hausse sur sa clientèle. 

Du côté d'Emil Egger Romandie, on s'inquiète surtout pour l'approvisionnement, même si on ne croit pas en une pénurie. "Des clients nous ont contacté. Ils craignent qu'on manque de carburant et qu'on ne puisse plus leur fournir des prestations, explique Eric Collomb, directeur de l'entreprise pour la Suisse romande. "Nous les rassurons. Nous avons nos citernes de réserve qui sont pleines. Nous pouvons tenir cinq semaines en cas de non approvisionnement." 

On paiera le prix qu'il faut

Le prix n'est pas vraiment un problème. "On paiera le prix qu'il faut. C'est un peu triste à dire, mais à la fin c'est le consommateur qui paie. Cela se passe toujours ainsi lors d'une crise", résume Eric Collomb. L'entreprise adapte donc ses prix pour ses clients sur la base de l'indice indicatif fournit par l'Association suisse des transports routiers (Astag). 

Même son de cloche du côté de Von Bergen SA à Domdidier. "Nous répercutons les hausses des prix chaque mois à notre clientèle. Nous avons des clauses dans les contrats où figure le prix du transport. Il peut être majoré soit en positif soit en négatif par rapport au prix de référence du carburant qui est fixé par l'Astag", explique Marc von Bergen, directeur de l'entreprise dideraine. 

Miser sur l'électrique?

Les entreprise subissent les aléas de la géopolitique mondiale. Pour Jean-Daniel Chardonnens, ce sont surtout les spéculateurs qui profitent de la situation. "J'estime que les réserves de pétrole sont suffisantes. Le marché a surréagi et les spéculateurs profitent de la guerre pour faire davantage de profit."

Pour s'émanciper des fluctuations internationales, l'électrique apparaît comme une partie de la solution. C'est d'ailleurs un des leviers d'action activés par Von Bergen SA. "Nous pouvons utiliser nos véhicules électriques ou a hydrogène mais cela reste marginale, ce n'est que 10% de notre flotte", détaille Marc von Bergen. 

L'entreprise Von Bergen SA a l'objectif que la moitié de ses véhicules roule à l'électrique ou à l'hydrogène d'ici 2030. De quoi échapper en partie aux prochaines turbulences des marchés pétroliers. 

RadioFr. - Vincent Dousse
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