Les légumes pourraient manquer cet hiver

En raison du manque de pluie, les rendements sont en baisse et les calibres de nombreux légumes sont plus petits. Reportage au marché.

Les étales des marchés pourraient être moins fournis cet hiver à cause de la sécheresse. © Frapp

La laitue est brûlée, le chou-fleur et le brocoli ne grandissent plus, le fenouil est bruni, le céleri-rave est plus petit que d'habitude. Les légumes souffrent de la sécheresse. Dans les champs, le constat est clair et il est amer pour les producteurs. Nous en avons rencontré mercredi au marché en ville de Fribourg.

"Pour certains légumes, nous avons une production réduite de moitié", explique Thierry Miauton, producteur à Oleyres et Faoug. Sur son stand installé à la rue de Romont, le maraîcher de 42 ans pointe ses poires à Botzi.

Il ne pourra pas vendre une partie de sa production. "Elles sont trop petites! On a toujours la possibilité de valoriser certains fruits en jus ou en confiture, mais cela a un coût." 

Des efforts considérables

Pour sauver les meubles, les maraîchers ont dû massivement arroser. Marlyse Messer travaille pour Bio Wäberhof à Anet. "Nous avons la chance d'avoir de bonnes installations d'irrigation et de pouvoir puiser l'eau du lac de Bienne. Par contre, nous avons dû nous coordonner avec nos collègues qui utilisent les mêmes pompes que nous." 

Il a aussi fallu fournir davantage de travail du côté de Sédeilles chez Urs Gfeller. Le maraîcher a pris une mesure inédite qui montre l'ampleur de la situation. "Une équipe a travaillé jour et nuit pendant onze semaines pour irriguer les cultures." Les années passées, ce travail de nuit était une exception chez le Broyard. 

Malgré ce travail supplémentaire, les prix n'ont pas augmenté. "Mais nous n'avons pas pu baisser nos prix comme nous le faisons normalement lors de la haute saison pour les courgettes et les tomates", explique Thierry Miauton. Les prix du printemps sont restés la norme.

Risque de manque pour l'hiver 

Les prix des légumes pourraient par contre augmenter cet hiver, selon Urs Gfeller. Il table sur une hausse de 20%. Le producteur est aussi pessimiste pour les légumes de garde : poireau, céleri-rave, chou, carotte, oignon. 

"Ils auraient dû prendre du volume en juillet et août, mais il n'a pas plu pendant cette période. Ils seront plus petits et de moins bonne qualité", regrette Urs Gfeller. Il mise sur une perte de production de 70% pour certains de ces légumes. 

A Anet, Bio Wäberhof cultive aussi des céréales, des légumineuses et du soja. Là aussi c'est l'incertitude sur le rendement. "On ne sait pas du tout ce que cela va donner", commente Marlyse Messer. 

Une sécheresse qui inquiète les maraîchers

Plus largement, cet été caniculaire et très sec interroge les pratiques actuelles. "On n'arrive pas à s'adapter aussi rapidement, à trouver de nouvelles variétés qui sont résilientes, qui arrivent à encaisser des grosses chaleurs. Cela va beaucoup trop vite", commente Urs Gfeller, impuissant. 

Pour Marlyse Messer, les inquiétudes sont multiples après cet été de tous les records. "Comment est-ce qu'on va continuer à travailler quand il fait 40 degrés dans les champs plusieurs semaines de suite? On a commencé plus tôt cette année, on a fait moins d'heures...  Mais comment est-ce qu'on peut travailler 10 heures dans les champs si on n'arrive pas à dormir tellement il fait chaud? Est-ce qu'on va pouvoir poursuivre notre activité telle qu'elle est? Certainement pas."

RadioFr. - Vincent Dousse
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