Les bactéries résistantes aux antibios sont plus pathogènes
Certains gènes de résistance à la pénicilline facilitent la production de flagelles sur les bactéries, ce qui leur permet de se déplacer plus rapidement, selon une étude de l'Unifr.

La résistance de certaines bactéries aux antibiotiques fait partie depuis longtemps des grandes priorités sanitaires internationales. Ce que l'on ignorait, jusqu'à présent, c'est que dans certains cas, cette résistance s'accompagne d'un pouvoir pathogène plus grand, selon une étude de l'Université de Fribourg (UNIFR), publiée jeudi.
Les travaux ont porté sur des gènes développés par des agents pathogènes pour résister aux antibiotiques. Les chercheurs du Centre national de référence pour la détection précoce des résistances émergentes aux antibiotiques (NARA) ont mené des expériences sur la bactérie Escherichia coli, très fréquente chez l'être humain.
Grâce à l'acquisition d'un gène nouveau, cette bactérie développe des enzymes AmpC lui permettant de devenir résistante à de nombreuses pénicillines. Pendant longtemps, les scientifiques ont pensé que l'acquisition de tels gènes était neutre ou désavantageux pour les bactéries, car elle les obligeait à une dépense énergétique.
Or, le directeur du NARA Laurent Poirel et ses collègues ont découvert que certaines versions de gènes sont capables de rendre les bactéries encore plus pathogènes. Il s'avère que ces gènes particuliers facilitent la production de flagelles, ces petites hélices qui permettent aux bactéries de se mouvoir.
Plus mobile
Munie de plus de flagelles grâce à son nouveau gène, la bactérie, devenue plus résistante aux antibiotiques, peut également se déplacer plus rapidement, ce qui la rend plus pathogène dans un organisme vivant, et donc possiblement dans le corps humain, explique l'UNIFR dans un communiqué.
"Nous avons découvert que certains gènes très spécifiques, mais très répandus, ne se contentent pas d'aider les bactéries à survivre aux antibiotiques, mais ils les rendent encore plus pathogènes, augmentant leur capacité à provoquer des infections", souligne le docteur Poirel, cité dans le communiqué.
La découverte que des bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent aussi être plus pathogènes est une "mauvaise nouvelle", comme la qualifie l'UNIFR. Cette résistance aux antibiotiques est en effet responsable, aujourd'hui, de millions de décès chaque année à travers le monde.
Les recherches doivent maintenant porter sur d'autres gènes de résistance aux antibiotiques, afin d'identifier ceux qui ont ou non un impact sur le pouvoir pathogène des bactéries. Il s'agira ensuite de mieux comprendre les mécanismes à cibler au sein de ces bactéries, pour diminuer leur capacité de nuisance.


