Les apiculteurs à la rescousse des abeilles
Les associations d'apiculture de tout le pays lancent mardi une initiative populaire visant à inscrire la protection de la pollinisation dans la Constitution.

Les abeilles doivent être mieux protégées en Suisse. Les associations d'apiculture de tout le pays lancent mardi une initiative populaire pour inscrire la protection de la pollinisation dans la Constitution. Elles ont jusqu'au 19 novembre 2027 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires.
Les abeilles vont mal. Près de la moitié des quelque 600 espèces sauvages en Suisse sont menacées et 59 sont déjà éteintes, a déclaré Claudia Eyer, vice-présidente de BienenSchweiz (abeilles.ch en français), devant la presse.
La biomasse des insectes a diminué de plus de trois quarts en 30 ans, rappellent les initiants. Outre les apiculteurs, l'alliance se compose des Amis de la Nature et de la fondation Future 3.
Les mesures du gouvernement n'ont pas suffi. La situation actuelle est le résultat d'années d'inaction politique, a indiqué la conseillère nationale Delphine Klopfenstein (Vert-e-s/GE), également coprésidente de l'intergroupe parlementaire "Abeilles".
"Pourtant, nous savons exactement ce qu'il faut faire", preuve en est les différentes analyses des dernières années. "Le problème n'est plus le manque de connaissances mais le manque de volonté politique du côté de l'exécutif", a ajouté la Genevoise.
Fini les courgettes et les abricots
Le peuple doit désormais exercer la pression nécessaire à la préservation de ces êtres indispensables aux écosystèmes. Près de 90% des plantes cultivées en Europe dépend de la pollinisation. Environ un tiers de l'alimentation suisse dépend d'elle.
La disparition des abeilles priverait la population de fruits et légumes comme les courgettes, les abricots et les pommes, et bien entendu de miel, a expliqué Dr. Yves Gonseth, entomologiste et ancien directeur d'info fauna. Une perte sèche de 200 à 470 millions de francs par année au moins est aussi à craindre.
La Confédération et les cantons doivent garantir la pollinisation des plantes sauvages et cultivées par les insectes et mettre à disposition les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires à cet effet. L'initiative ne définit pas comment atteindre cet objectif.
Pas de chiffres
L'accélération de la restauration de l'habitat des pollinisateurs, la restauration des zones humides, la lutte contre les pesticides et la réduction de la pollution lumineuse sont autant d'actions possibles, a déclaré Mme Klopfenstein. Elles se basent sur un rapport de l'administration fédérale datant de 2019.
Les initiants n'avancent pas de chiffres précis pour financer les mesures. "Il faut en tout cas beaucoup plus que ce qui existe aujourd'hui", a avancé la conseillère nationale. Le plan d'action Biodiversité du gouvernement "ne prévoit que trois millions de francs sur six ans pour lutter contre la disparition des insectes".
CFF pointés du doigt
Questionnés sur l'absence de représentants de l'agriculture au sein du comité, les initiants balaient toute animosité. "On peut aujourd'hui dire que le discours est serein, même avec les milieux agricoles, ce qui est déjà beaucoup", a déclaré Samantha Bourgoin, présidente de l'Association tessinoise d'apiculture.
"On peut évidemment faire plus sur les pesticides, mais l'agriculture n'est pas la seule visée", a appuyé M. Gonseth. Les CFF, par exemple, ont un énorme rôle à jouer.
L'entomologiste déplore une mauvaise gestion des zones vertes autour des lignes ferroviaires. Les milieux nationaux sont aujourd'hui très dégradés parce que mal gérés.


