"L’écart entre élèves ne doit plus se creuser"

Les résultats des élèves fribourgeois de 4H dans une vaste enquête intercantonale sont globalement encourageants, estiment les autorités fribourgeoises, qui appellent à mieux soutenir les élèves.

Plus de 1500 élèves de 4H ont été testés dans le canton de Fribourg, rappelle Hugo Stern. © envato, RadioFr.

Les élèves fribourgeois de 4e primaire obtiennent des résultats globalement solides dans la première grande enquête nationale sur les compétences fondamentales menée auprès de 20’000 enfants en Suisse. En mathématiques, Fribourg fait même mieux que la moyenne nationale: 79% des élèves atteignent les objectifs fixés, contre 76% en Suisse. Dans la partie germanophone du canton, ce taux s’élève à 74%.

Les résultats sont un peu plus contrastés en langue de scolarisation. En compréhension orale, 84% des élèves fribourgeois atteignent les objectifs, contre 87% au niveau suisse. En compréhension écrite, le canton affiche 75%, alors que la moyenne nationale atteint 79%. Dans les deux domaines, les élèves germanophones fribourgeois obtiennent des résultats légèrement supérieurs aux francophones du canton.

Hugo Stern, chef du Service de l’enseignement obligatoire de langue française, estime que ces résultats sont encourageants, tout en rappelant que le principal défi reste de réduire les écarts entre les élèves les plus à l’aise et ceux qui rencontrent davantage de difficultés.

Frapp: Les élèves fribourgeois de 4H obtiennent de bons résultats dans cette enquête nationale. Êtes-vous satisfait?

Hugo Stern: Oui. Les résultats sont encourageants et montrent surtout que les cantons suisses se situent globalement dans un mouchoir de poche. Cela confirme que l’harmonisation scolaire fonctionne plutôt bien à l’échelle du pays. Mais au-delà des chiffres, cette enquête met surtout en lumière les facteurs qui influencent le plus les apprentissages.

Quels sont justement ces facteurs?

Le principal facteur reste l’origine sociale. Ensuite vient la langue parlée à la maison. Beaucoup d’enfants ne parlent pas la langue de scolarisation avant leur entrée à l’école, et cela a un impact important sur leurs résultats. En revanche, le genre n’a pas d’influence significative dans cette enquête.

Ces résultats nous rappellent surtout que l’école ne peut pas tout résoudre seule. Il faut aussi travailler avec les familles et d’autres partenaires de l’État pour réduire les écarts entre élèves.

Les élèves francophones et germanophones du canton affichent quelques différences. Faut-il s’en inquiéter?

Non. On parle de différences de quelques pourcents seulement. Les experts eux-mêmes expliquent qu’elles ne sont pas significatives scientifiquement. Les résultats restent bons des deux côtés. Ce qui nous intéresse davantage, c’est l’écart entre les élèves les plus à l’aise et ceux qui rencontrent le plus de difficultés.

Quelles mesures pouvez-vous prendre?

Nous travaillons déjà sur plusieurs mesures. Un renforcement précoce des apprentissages en lecture pour les élèves les plus fragiles est prévu dans les cantons francophones. A Fribourg, nous développons aussi davantage le co-enseignement, avec deux enseignant-e-s dans certaines classes. Cela permet notamment de varier les approches et d’accompagner plusieurs élèves qui ont des besoins plus ou moins similaires en même temps. De nouveaux moyens d’enseignement du français arrivent également en Suisse romande. En cohérence avec nos instructions cantonales, ils accordent une place équilibrée à la pratique régulière de l’écriture favorisant la vigilance orthographique, à la lecture ainsi qu’à l’expression orale et écrite.

Fribourg propose une entrée très progressive dans la scolarité. Les résultats confortent-ils ce modèle?

Oui, on peut le dire. Les élèves fribourgeois passent moins de temps à l’école au début de leur scolarité que dans d’autres cantons, et malgré cela les résultats sont bons. Nous tenons à cette entrée progressive, parce qu’elle permet une transition plus douce vers l’école et favorise la socialisation des enfants. C’est un modèle auquel nous croyons.

La CDIP suivra à nouveau ces mêmes élèves dans les prochaines années. Qu’espérez-vous observer?

J’espère surtout que les écarts entre élèves ne continueront pas à se creuser. Notre objectif est de mieux accompagner les enfants qui rencontrent le plus de difficultés, notamment en lecture. Ce suivi sera précieux, parce qu’il permettra pour la première fois d’observer l’évolution d’une même cohorte d’élèves sur plusieurs années. Nous verrons ainsi si les mesures mises en place portent leurs fruits. Mais aujourd’hui, il n’y a rien d’alarmant. Ces résultats sont plutôt encourageants et ils reflètent aussi le travail important des enseignants et des directions d’école.

Frapp - Alexia Nichele
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