Le Québecois Jean-Bruno Caron à la tête du Tremplin

Fort de 20 ans d'expérience dans le domaine des addictions, Jean-Daniel Caron, devient lundi le directeur de la fondation fribourgeoise.

Jean-Bruno Caron est actif depuis 20 ans en tant qu'intervenant de terrain, de planificateur ou de formateur dans le domaine des addictions. © La Télé

Pourquoi cette volonté de reprendre la direction du Tremplin?

J'avais comme projet de venir vivre en Suisse depuis longtemps, mais pas à n'importe quel prix — j'avais une situation très appréciable à Montréal. Déménager avec ma famille devait correspondre à mes valeurs et aux meilleures pratiques en matière de réduction des risques. Quand l'opportunité du Tremplin s'est présentée, j'y ai vu une fenêtre que je n'étais pas prêt à manquer.



La fondation a 41 ans d'existence. En quoi sa philosophie vous correspond-elle?

Ce qui m'a impressionné, c'est que la fondation offre plusieurs services complémentaires qui forment un tout cohérent. Les personnes toxico-dépendantes ont des profils très diversifiés, et le Tremplin est en mesure d'accompagner un même individu tout au long de son parcours. Quelqu'un qui utilise l'espace de consommation sécurisé peut aussi accéder à des services de travail social, manger sur place, être accompagné vers un retour en logement, voire une réintégration socioprofessionnelle. Ce modèle fait partie, selon moi, des meilleures pratiques.

Comment jugez-vous l'évolution de la problématique des addictions ?

C'est un phénomène qui existe partout — à Fribourg, en Suisse, en Amérique du Nord, en Europe. Les produits changent, les contextes de consommation évoluent. La pandémie a représenté un vrai tournant : beaucoup de déterminants de santé se sont détériorés, les situations socio-économiques aussi, et l'accès au logement est de plus en plus difficile. Tout cela a des effets manifestes sur ces populations.

Y a-t-il une crainte de voir arriver en Europe la crise des opioïdes venue d'Amérique du Nord?

Il y a effectivement des défis liés aux nouvelles drogues. Mais on ne peut pas se fixer uniquement sur le produit. Au Québec, le crack est présent depuis plus de 40 ans, les opioïdes depuis 15 à 20 ans — et pourtant, on n'a pas connu les mêmes ravages qu'aux États-Unis ou dans l'ouest du Canada. Des réponses existent. On peut créer des filets de sécurité quand on travaille ensemble. Les personnes toxicodépendantes sous-utilisent les services préventifs et sur-utilisent les urgences — la question, c'est comment les rejoindre avec des services accessibles et acceptables. Cela passe par un partenariat avec les pouvoirs publics, la police et les riverains.

Un mot sur la suite, avec le déménagement prévu à Pérolles en 2028?

Ce sera l'occasion de mettre tout cela en place concrètement, dans de nouveaux locaux, avec cette vision que je porte depuis le début.

La Télé - Camille Tissot
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