Le miel pur bon marché, ça n'existe pas

Des enquêtes récentes mettent le doigt sur des produits importés falsifiés. Difficile toutefois de faire la différence gustativement.

Produire du miel en Suisse, ce sont des coûts de production importants pour des quantités faibles © Keystone

Rien de tel qu'une petite tartine de miel pour bien commencer la journée. Mais savez-vous vraiment ce que contient votre pot?

En 2025, l'émission de consommation Kassensturz de la télévision alémanique a mené une enquête sur les miels importés. Résultat: deux tiers des produits testés ne contenaient pas seulement du miel pur. Ils étaient allongés avec de l'eau sucrée, mélangés avec des variétés de miel meilleur marché ou encore traités avec des substances destinées à imiter le vrai miel.

Contactée par notre rédaction, la Fédération romande des consommateurs cite, elle, une vaste opération de contrôle au niveau européen réalisée en 2023. Constats: près de la moitié des miels testés étaient frauduleux. Elle mentionne aussi une autre campagne de tests réalisée en 2015 par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et les chimistes cantonaux. Ce document concluait qu'un quart des échantillons analysés n'étaient pas conformes.

Ne faites pas confiance à votre palais

Le miel est facile à contrefaire, souligne la FRC, il est aussi régulièrement l'objet de fraude. D'autant que les Suisses en sont friands. Ils en consomment environ 12'500 tonnes par an, mais les apiculteurs suisses n'en produisent que 3'500 tonnes. Le pays doit donc en importer et en grande quantité. 

Mais alors comment, en tant que consommateur, faire la différence? Eh bien ne comptez pas trop sur vos papilles, à moins d'avoir un palais très entraîné. Ni sur vos yeux, d'ailleurs. Visuellement, rien ne ressemble plus à un miel pur qu'un miel falsifié. 

Il n'y a qu'à lire l'étiquette, pensez-vous? Encore raté, en tout cas pour les miels importés. Selon la législation suisse, seul un pot contenant 100% de miel peut en porter la dénomination. Pour les miels étrangers, la provenance doit être indiquée. Mais la vague mention "Amérique latine" pour un pot contenant un mélange de plusieurs miels est tout à fait légale. Pas facile donc de savoir ce que l'on mange en réalité. 

Le prix du miel suisse atteint environ 20 à 30 francs le kilo, soit parfois 10 fois plus que certains miels asiatiques

Donc privilégiez les produits suisses! C'est le seul vrai conseil que la FRC peut donner en la matière. Alors oui, le miel helvétique est plus cher. "Son prix atteint environ 20 à 30 francs le kilo", précise David Aeschlimann, vice-président de la Fédération fribourgeoise d'apiculture. "Soit parfois 10 fois plus que certains miels asiatiques." Mais produire en Suisse est onéreux, entre coûts de formation, lutte contre les nuisibles comme le frelon asiatique par exemple et contrôles sanitaires. Et encore, souligne David Aeschlimann, les apiculteurs suisses vivent rarement de cette seule activité et ne comptent guère leurs heures.

Soyez aussi attentifs aux labels. Environ 20% des apiculteurs suisses portent le Label d'or. Ils s'engagent donc à suivre certains standards de qualité et sont soumis à des tests réguliers. 

Et pensez à votre santé! Consommer des miels qui ne sont en réalité que des pâtes sucrées à tartiner n'est pas dangereux en soi. Mais se priver des vertus du "vrai" miel, c'est dommage. Il contient en effet des enzymes, des vitamines et des substances actives bénéfiques. "Et puis", souligne encore David Aeschlimann, "consommer un miel réalisé avec des fleurs locales aide aussi à réduire le risque d'allergie à ces plantes." Quand on sait que, selon le Centre d'Allergie Suisse, environ 20% de la population est allergique à un pollen dans notre pays, ça fait réfléchir!

RadioFr. - Sarah Camporini
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