Laits infantiles contaminés: "il ne faut pas avoir peur"
Face aux rappels massifs qui touchent de nombreux laits infantiles, une pédiatre appelle les parents à ne pas paniquer et explique comment réagir.

Ces dernières semaines, l'actualité internationale a été marquée par une vague de rappels de laits infantiles sans précédent. Nestlé, Danone… Les grands noms de l'industrie ont dû retirer des lots après la découverte d'une contamination à la céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus.
La Suisse aussi est touchée. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a récemment annoncé mener une enquête sur des liens possibles entre des aliments pour nourrissons contaminés et des symptômes apparus chez des bébés.
Malgré l'ampleur globale de la situation, et les rappels massifs qui touchent une soixantaine de pays, la docteure Valérie Dénervaud, pédiatre à la Tour-de-Trême et vice-présidente de la Société Suisse de Pédiatrie, rappelle que les risques restent limités pour les bébés. Elle donne quelques conseils aux parents.
Comment réagir en cas d'intoxication?
"Il ne faut vraiment pas avoir peur de cette intoxication", insiste la pédiatre fribourgeoise. "Les symptômes sont ceux d'une grippe intestinale: vomissements et diarrhées proportionnels à la quantité de lait ingéré. ça va durer jusqu'à quelques heures après l'arrêt du lait." Le principal risque pour l'enfant est la déshydratation.
La première chose à faire est donc de regarder si le lait fait partie des lots incriminés. Si c'est le cas, il faut arrêter immédiatement de le donner et chercher un autre lait. "Et comme pour toutes les gastro-entérites, l'idée est de compenser les pertes, c'est-à-dire de lui donner soit du liquide de réhydratation, soit l'autre lait en petite quantité."
La réaction du bébé va également dépendre de son âge. "Un bébé de 7-8 mois va moins réagir qu'un bébé d'un mois, vu que son poids est moins important. Les petits bébés auront plus vite tendance à se déshydrater", explique la docteure. En cas de doute, consulter rapidement son médecin reste la meilleure option.
La pédiatre insiste tout de même sur la faible incidence des cas symptomatiques. "De tous mes patients, je n'ai eu aucun cas."
Comment choisir le lait de son bébé?
Donner un lait artificiel à son bébé est parfois un choix, mais pour beaucoup de parents, c'est une obligation. "Une chose importante que les parents doivent se rappeler: ils ne commettent aucune faute en donnant du lait artificiel", insiste la pédiatre.
Face à la multiplicité des marques et aux inquiétudes légitimes des parents, Valérie Dénervaud rappelle que "tous les laits mis sur le marché ont une composition adaptée aux enfants, que ce soit au niveau des minéraux ou des nutriments."
"Le choix va se faire en fonction des convictions personnelles", ajoute-t-elle. "Est-ce qu'on veut un produit suisse? Est-ce qu'on veut un produit biologique? Est-ce qu'on veut un produit qui est peu coûteux? L'idée, c'est que la qualité, normalement, doit être la même pour tous les laits."
Elle nuance toutefois: "Les plus grandes marques ont plusieurs fournisseurs différents. Les plus petites, les circuits courts, présentent peut-être moins de risque de contamination, mais ce n'est pas une garantie non plus à 100 %."
Une seule entreprise derrière la contamination
La contamination qui touche les produits distribués dans plus d'une soixantaine de pays provient en effet d'une entreprise chinoise. Celle-ci produit une substance clé, l'acide arachidonique (ARA), utilisée dans les préparations pour nourrissons, notamment pour aider au développement cérébral. En Suisse, le veveysan Nestlé, le lucernois Hochdorf et les français Vitagermine et Danone ont procédé à des rappels progressifs de lots, comme ailleurs en Europe.
Mais comment peut-on arriver à des rappels touchant les quatre coins du monde et qui remontent tous à une seule entreprise? "C'est comme dans toutes les productions industrielles: plus on devient spécialisé dans la production d'une molécule, moins les coûts seront importants", répond la docteure Valérie Dénervaud. "Les fabricants de lait ont découvert cette contamination lors de leurs contrôles qualité."
C'est précisément ce système de contrôles internes qui a permis d'alerter les autorités. En Suisse, le directeur adjoint de l'OSAV, Michael Beer, a indiqué que des analyses en laboratoire étaient menées, selon le journal Blick. Quinze signalements de symptômes de maladie ont été recensés.
L'OSAV enquêtera également sur la responsabilité des entreprises. "S'il s'avère qu'elles ont tardé à réagir ou ont manqué à leurs obligations de vigilance, elles s'exposeront à des amendes et à des poursuites pénales", explique Michael Beer au Blick. L'Office de la sécurité alimentaire ne s'attend pas, pour l'instant, à d'autres rappels massifs.



