Kirthana Wickramasingam: une candidate discrète, mais cash

Conseillère communale à Bulle et députée au Grand Conseil, la socialiste de 42 ans veut insuffler plus de solidarité au Conseil d'État.

Kirthana Wickramasingam veut récupérer le troisième siège de la gauche au Conseil d'Etat. © RadioFr.

Pour sa campagne, elle a choisi de mettre la main à la pâte en préparant elle-même des bocaux de confiture aux pruneaux. Sur le couvercle: un autocollant de son visage pixellisé façon Andy Warhol, coupe de cheveux au carré et frange surplombant sa paire de lunettes. Kirthana Wickramasingam, qui se dit "timide" et avoue "n'avoir jamais couru après la lumière", est sous le feu des projecteurs depuis l'annonce de sa candidature au Conseil d'Etat, pour les élections cantonales du 8 novembre. 

Maman de trois enfants, la Gruérienne a grandi à La Tour-de-Trême. Elle a étudié l’histoire et les sciences des religions et enseigne à la Haute école de gestion. Par son papa, elle a aussi des origines sri-lankaises. 

Kirthana Wickramasingam habite aujourd'hui à Bulle, où elle a d'abord commencé par être conseillère générale durant dix ans, avant d'intégrer le Conseil communal en 2021 (où elle a d'ailleurs été très bien réélue le printemps dernier). Par contre, la même année, elle a raté sa réélection au Grand Conseil, avant d'être repêchée après le départ du socialiste Pierre Mauron. 

Une personnalité discrète et franche

Quand on interroge des députés sur sa personnalité politique, plusieurs répondent "discrète". Un défaut pour devenir conseillère d'Etat? "Je ne pense pas. Dans une fonction exécutive, ce n'est pas la flamboyance qui compte, mais le travail qu'on accomplit. C'est ma personnalité. J'écoute beaucoup et je m'exprime uniquement quand je pense que c'est nécessaire."

Dans son camp, on loue sa franchise. Saura-t-elle mettre son côté cash en veilleuse pour la collégialité? "Je le fais déjà au sein du conseil communal de la ville de Bulle. Je m'entends bien avec tout le monde. On peut tout à fait dire les choses honnêtement, sans être trop agressif."

La culture pour créer des liens

Passionnée de culture et de musique en particulier, Kirthana Wickramasingam a choisi un extrait de la chanson "L'important, c'est la rose" de Gilbert Bécaud, chanté dans les rues de Bulle par la maîtrise de Saint-Pierre-aux-Liens. Ses deux filles aînées suivent sa trace et en font partie. "Le chant choral a occupé une place très importante dans ma vie. Mais, malheureusement, je n'ai plus le temps de le faire aujourd'hui", regrette la candidate socialiste.Elle est attirée par les sons traditionnels, mais aussi plus modernes: elle a été membre du comité du centre socioculturel Ebullition, à Bulle. Une façon comme une autre pour Kirthana Wickramasingam de connaître des gens d'autres milieux, d'autres générations et de créer du lien. "Ce rôle de ciment social doit être reconnu et il ne faut pas négliger les investissements dans ce domaine."

Et les primes maladie, alors?

Une hausse des primes d'assurance maladie de 5,2% est annoncée pour le canton de Fribourg en 2027, soit 19 francs supplémentaires par mois.

RadioFr.: Quelle est la recette miracle du PS pour faire baisser les primes?

Kirthana Wickramasingam: Nous avons déposé une initiative il y a quelques années pour des primes abordables, pour limiter à 10% la part maximale. Le Conseil d'État a vraiment tardé à transmettre son contre-projet et propose un plafond à 10,5%. Ce sont 6500 personnes en moins qui pourraient bénéficier d'un soutien. 

Pourriez-vous abandonner votre initiative pour vous rallier au contre-projet du Conseil d'État? 

En l'état, non. Ça dépendra après des potentielles négociations, des discussions qu'il y aura autour du projet. Mais aujourd'hui, la priorité est vraiment ce 10%, qui peut soulager la classe moyenne. 

Où va-t-on trouver l'argent? Une hausse d'impôts, est-elle la seule solution?

Le Parti socialiste veut plutôt revoir le barème de l'impôt pour faire participer de manière plus conséquente les très hauts revenus. Mais évidemment que la part qui est financée par l'argent public, c'est une part qui est financée de manière plus équitable parce que les personnes qui gagnent le plus participent aussi de manière plus conséquente à cette répartition. C'est vraiment une redistribution, une manière plus équitable de répartir ces coûts, étant donné qu'ils ne cessent d'augmenter.

Comment allez-vous composer avec la droite qui est majoritaire au Grand Conseil et au Conseil d'État?

C'est justement une question de négociation politique. Je ne ferais pas de la politique si je n'étais pas convaincue que c'est possible. Je pense qu'on est vraiment dans une période où l'on doit discuter justement de cet équilibre entre la contribution fiscale et les prestations à la population. On doit trouver des solutions de financement pour l'action publique. 

Aujourd'hui, c'est l'UDC Philippe Demierre qui gère la santé dans le canton de Fribourg. Mais avant lui, la socialiste Anne-Claude Demierre l'a fait durant quinze ans. Est-ce que le PS n'est pas aussi en partie responsable des problèmes actuels?

Evidemment que non. Le PS a fait plein de propositions pour contrer la hausse des primes: initiative pour des primes abordables à 10%, analyse de la possibilité d'avoir une caisse publique comme dans d'autres cantons, motion pour le versement automatique des subsides d'assurance maladie... Le Conseil d'État est à majorité de droite. Alors on ne peut pas imputer cette responsabilité à la gauche. 

RadioFr. - Isabelle Taylor
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