"Le plastique est partout, et on en a besoin"

Interview avec le directeur de Swiss Polymers Cluster, une structure qui œuvre depuis 20 ans dans l'innovation pour les matières plastiques.

La plastique a de nombreuses applications. © La Télé

La Télé: Depuis l'époque d'Elmer Food Beats et leur chanson "Le plastique, c'est fantastique", les points de vue ont beaucoup changé. Le plastique n'est plus le bienvenu dans la vie quotidienne. Pourtant, il peut être un levier de compétitivité et de durabilité pour l'industrie suisse. C'est dans ce sens que Swiss Polymers Cluster, basé à Fribourg, œuvre depuis 20 ans. Raphaël Hatem, vous êtes le directeur de cette structure. Le plastique, c'est fantastique ou pas?

Je ne sais pas si on peut dire qu'il est fantastique, mais en tout cas, il est partout et aujourd'hui, on en a besoin. Il existe de nombreuses applications, qu'elles soient médicales, alimentaires ou encore dans le domaine du sport. Ce qui pose problème actuellement, c'est plutôt le cycle de vie.

Justement, vous le dites, le plastique, on parle plus volontiers de polymère à l'heure actuelle, est présent un peu partout, et même dans des fleurons de l'industrie.

Par exemple, quand vous prenez votre stylo Caran d'Ache, le stylo iconique, c'est évidemment en plastique. Donc aujourd'hui, on cherche à innover et à savoir comment on peut remplacer ce plastique par des matières biosourcées.

Comment innover?

Il y a plein de moyens d'innover. Il y a, par exemple, tout ce qui est jumeau numérique: comment on crée des processus de fabrication pour changer de matière et aller vers des matériaux recyclés.

Les polymères ont un rôle dans les secteurs économiques. Quelle importance finalement?

Ils ont un rôle primordial car, aujourd'hui, il y a plus de 800 entreprises présentes en Suisse dans le domaine du plastique. C'est vraiment un domaine dans lequel il y a beaucoup d'innovation.

Est-ce que ces polymères, parfois appelés polymères de haute performance, sont souvent ignorés?

Oui, et ils sont très compétitifs et nous permettent de faire des choses magnifiques. On peut voir des alliages utilisés dans l'aérospatial et dans différents domaines. Cela nous permet vraiment d'aller de l'avant et de faire grandir le canton de Fribourg.

Alors, c'est dans ce sens que Suisse Polymers Cluster a vu le jour, ça fait déjà 20 ans. Et vous avez, au fil des années, développé un écosystème autour avec pas mal de partenaires un peu partout en Suisse romande.

Suisse Polymers Cluster est né en 2005 sous l'impulsion de Jacques Bersier, à la Haute École d'Ingénierie et d'Architecture de Fribourg. C'était important pour lui de créer des ponts entre l'industrie et le monde académique. On est aujourd'hui plus de 110 membres et on crée des opportunités de business pour ces entreprises. On innove aussi avec des projets collaboratifs, des consortiums d'entreprises, pour monter en compétences et dans tout ce qui est circulaire.

On développe quelle stratégie quand on évolue dans le monde des polymères?

L'idée, c'est vraiment de se demander comment innover le plastique de demain, comment développer les matériaux biosourcés et imaginer les nouveaux processus. On parle d'IA, d'Industrie 4.0, ce sont des thématiques très porteuses aujourd'hui.

Vous présentez ces projets, vous parlez de plastique durable, écologique. On vous rit parfois au nez?

On ne me rit pas au nez, mais on ne me croit pas (rires). Pourtant, il y a vraiment des solutions qui se font aujourd'hui. Je crois fondamentalement que c'est en travaillant ensemble et en étant soudés qu'on peut les trouver. Ce n'est pas en faisant ce qu'on appelle du "plastique bashing" qu'on avance.

Il y a bien évidemment des événements qui ont lieu dans ce monde. Le prochain, qui va avoir lieu à Fribourg au mois de mars, s'appelle Bioket. C'est quoi comme événement?

Le salon Bioket, du 17 au 19 mars, est le salon de la bioéconomie. On veut promouvoir cette industrie qui relie la circularité et les matériaux à l'industrie. C'est vraiment l'alliance de ces deux pôles qui va permettre d'ouvrir de nouvelles startups et entreprises, en particulier pour le canton de Fribourg. Ces deux pôles de compétences peuvent vraiment créer des pépites.

La Télé - Gaël Longchamp
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