Indemnités chômage: un Fribourgeois témoigne
Trois mois sans indemnités, des documents jamais reçus, un dossier réinitialisé: Claudio Leitão raconte son expérience face au bug informatique qui frappe le SECO.

Depuis le début de l’année, de nombreux chômeurs suisses subissent les conséquences d’une panne informatique géante au Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Fribourg n'est pas épargné: Claudio Leitão s'est inscrit au chômage au début du mois de janvier, il attend toujours ses indemnités après plus de trois mois de procédure.
"J’ai envoyé tous mes documents - CV, salaires, formulaires - via la plateforme Job-Room mi-janvier", explique cet informaticien de 29 ans. Mais un mois et demi plus tard, il n'avait toujours pas de nouvelles. Il décide alors de se rendre physiquement à la caisse publique de chômage de Fribourg en mars. Et là, c'est le choc: il apprend que la plupart de ses documents n'ont jamais été transmis, "alors que j'ai la confirmation sur mon application que ceux-ci ont été téléversés". On lui explique que c'est un problème de la mise à jour du système informatique du SECO et que la caisse de chômage ne peut malheureusement rien y faire.
"Du coup, sur place, j'ai dû manuellement remplir les documents manquants", déplore Claudio Leitão. Autre coup dur pour le Giblousien: parce qu'il venait de retransmettre son dossier, la caisse de chômage lui indique que le processus a été réinitialisé dans le système. "Comme si je n’avais jamais été inscrit. J’étais à nouveau tout en bas de la liste. Pour moi c'est juste incompréhensible."
En tant qu'informaticien, Claudio Leitão a documenté les dysfonctionnements auxquels il a fait face. "Dès ma première inscription, j’ai eu des erreurs 500, des incohérences de dates dans les e-mails reçus. Un formulaire, que j’avais rempli en février, n’a jamais été validé, alors que j’ai la preuve de ma saisie."
À ce jour, le Fribourgeois n’a perçu aucune indemnité. Il vit sur ses économies, qu’il estime pouvoir tenir "un peu moins d’un an". Une chance, selon lui, que beaucoup n’ont pas. Il pointe aussi le manque d’information. "Le SECO annonce dans les médias que la situation s’améliore. Mais moi, personnellement, je n’ai reçu aucun message. Je n'ai pas été contacté par la caisse, on a l'impossibilité de pouvoir communiquer avec eux par mail et quand on essaye d'appeler, on reçoit juste la réponse automatique comme quoi leurs lignes sont surchargées."
Budgets mis à rude épreuve
Le Conseil d’État fribourgeois a reconnu mi-avril ne pas avoir de solution, malgré des discussions avec le SECO. Dans une réponse à deux députés, l'exécutif explique être incapable de donner le nombre de personnes au chômage touchées par le retard des versements d'indemnités, plusieurs caisses étant actives dans le canton, privées comme publiques.
Il rappelle cependant que les personnes concernées peuvent essayer de prendre contact avec leur caisse de chômage et avec les services sociaux, notamment pour des versements anticipés. En ce qui concerne la Caisse publique de chômage, le canton assure que "toutes les mesures organisationnelles possibles ont été prises afin de limiter autant que faire se peut l’impact de ces dysfonctionnements".
Caritas Fribourg confirme de son côté accompagner plusieurs chômeurs touchés par ces retards de paiement. "Le budget de nombreuses personnes est mis à rude épreuve", regrette Guillaume Haas, porte-parole de l'association. Outre les magasins de Bulle et Fribourg qui vendent des denrées à prix réduits, Caritas propose des consultations sociales. "Nous ne disposons malheureusement pas des moyens financiers pour avancer plusieurs mois de salaire, par contre, nous orientons ces personnes vers l'aide sociale, qui verse des avances sur les prestations", ajoute le porte-parole.
Traiter les dossiers en attente
Contacté, le SECO affirme de son côté que le système a atteint "la stabilité requise sur le plan technique". "La situation concernant les paiements s’est nettement améliorée ces dernières semaines", assure la porte-parole Françoise Tschanz. "Les enjeux actuels ne concernent plus la stabilité, mais la performance et le traitement progressif des dossiers en attente."
Quant à la question de tenir informées les personnes touchées par le bug, le SECO ajoute que les caisses de chômage restent les interlocuteurs principaux pour le traitement des dossiers. Le SECO met également à disposition des informations actualisées sur la situation générale, notamment via le site travail.swiss.

